
Raffaello Sanzio, dit Raphaël (Urbino, 1483 – Rome, 1520)
Madonna del cardellino (Vierge au chardonneret), v. 1506.
Huile sur panneau, 107 x 77 cm.
Provenance : anciennes collections médicéennes.
Florence, Gallerie degli Uffizi. 1890.1447.
Peinte alors que Raphaël, alors âgé de vingt ans, se trouve sous l’influence évidente de Léonard de Vinci [1]Raphaël emprunte à Léonard la composition fluide et de forme pyramidale montrant les protagonistes liés par une gestuelle et des échanges de regards, tout comme le terrain sombre, parsemé de plantes botaniques sélectionnées avec soin, le rendu atmosphérique du paysage en arrière-plan se perdant dans les vapeurs du lointain ainsi que les visages de saint Jean et du Christ enfants par … Poursuivre et, plus discrètement, de Michel-Ange, qu’il a découverts lors de son séjour florentin, la Vierge Marie est représentée assise sur un rocher, tenant de la main gauche un livre ouvert [2]C’est de la présence de ce livre que provient l’épithète Sedes Sapientiae par lequel Marie est parfois désignée. Voir : « Titres mariaux »., et observant tendrement l’Enfant Jésus au regard pensif jouer avec le jeune saint Jean. Celui-ci est vêtu d’un étrange linge attaché à la ceinture par une corde, rappelant les peaux de bêtes qu’il portera lorsqu’il sera devenu prophète et baptiste du Christ. Ce dernier porte lui aussi une ceinture mais celle-ci est transparente et ne cache nullement la nudité de l’Enfant. D’une certaine manière, elle la désigne davantage qu’elle ne la cache. Le titre, enfin, donné au tableau renvoie au nom de l’oiseau – un chardonneret – que Jean, à gauche, tend à l’Enfant-Jésus. Dans l’iconographie de cette scène, le chardonneret, à l’instar du rouge-gorge, symbolise le sacrifice de Jésus, mort sur la croix [3]Selon une légende, les chardonnerets, les pinsons et les rouges-gorges ont un pelage tacheté de rouge parce qu’ils ont essayé d’enlever les épines du front du Christ lors de son martyre et se sont blessés.. Autant dire que cette charmante scène de maternité comporte une référence à peine voilée à la destinée terrestre qui doit être celle du Dieu incarné.
La peinture a été exécutée vers 1506 pour le riche marchand Lorenzo di Bartolomeo Nasi, à l’occasion de son mariage avec Sandra di Matteo Canigiani. Elle fut gravement endommagée en 1547, à l’occasion d’un glissement de terrain qui provoqua l’écroulement du palais où elle était conservée. Ainsi que le rapporte Vasari, « une fois les fragments retrouvés parmi les décombres, Battista, fils de Lorenzo et grand amoureux d’art, les fit rassembler de la meilleure manière possible » [4]« Ritrovati i pezzi fra i calcinacci della rovina furono da Battista, figlio di Lorenzo, amorevolissimo dell’arte, fatti rimettere insieme in quel miglior modo che si potesse. (*) » (*) Giorgio VASARI, Le Vite de’ più eccellenti pittori, scultori e architetti coll’aggiunta de’ vivi e de’ morti, dall’anno 1550 a 1567 [1568], Florence, Sansoni, … Poursuivre, sans doute par Ridolfo del Ghirlandaio qui avait été l’élève de Raphaël lui-même. Elle a par la suite été intégrée dans les collections médicéennes par l’entremise du cardinal Giovan Carlo de’ Medici.
Notes
| 1↑ | Raphaël emprunte à Léonard la composition fluide et de forme pyramidale montrant les protagonistes liés par une gestuelle et des échanges de regards, tout comme le terrain sombre, parsemé de plantes botaniques sélectionnées avec soin, le rendu atmosphérique du paysage en arrière-plan se perdant dans les vapeurs du lointain ainsi que les visages de saint Jean et du Christ enfants par le sfumato, enfin, qui les enveloppe, et par les traits physiques et corporels issus du studio dal vero (étude sur nature). |
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| 2↑ | C’est de la présence de ce livre que provient l’épithète Sedes Sapientiae par lequel Marie est parfois désignée. Voir : « Titres mariaux ». |
| 3↑ | Selon une légende, les chardonnerets, les pinsons et les rouges-gorges ont un pelage tacheté de rouge parce qu’ils ont essayé d’enlever les épines du front du Christ lors de son martyre et se sont blessés. |
| 4↑ | « Ritrovati i pezzi fra i calcinacci della rovina furono da Battista, figlio di Lorenzo, amorevolissimo dell’arte, fatti rimettere insieme in quel miglior modo che si potesse. (*) »
(*) Giorgio VASARI, Le Vite de’ più eccellenti pittori, scultori e architetti coll’aggiunta de’ vivi e de’ morti, dall’anno 1550 a 1567 [1568], Florence, Sansoni, 1878-1882. |

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