Pseudo-Apollodore

Pseudonyme donné à l’auteur anonyme d’un célèbre ouvrage élaboré entre le IIe et le IIIe s. ap. J.‑C., intitulé la Bibliothèque [1]PSEUDO-APOLLODORE, Βιβλιοθήκη (Bibliothèque) : il s’agît d’un très riche condensé de mythologie grecque, depuis les origines de l’Univers jusqu’à la guerre de Troie. Il fut longtemps considéré comme l’ouvrage d’Apollodore d’Athènes, selon l’attribution de Photios (*), avant que les chercheurs modernes n’aient rejeté cette … Poursuivre, et attribué de manière erronée à Apollodore d’Athènes (IIe s. av. J.‑C.) par le patriarche Photios  [2]Photios ou Photius (Constantinople, v. 820 – …, v. 895) : théologien byzantin, patriarche de Constantinople (858-867 et 877-886).. Ce n’est qu’au XIXe s. que cette erreur a été reconnue, grâce au fait notamment que la Bibliothèque cite Castor de Rhodes, un historien grec de la fin du Ier s. av. J.‑C. Faute d’avoir identifié le véritable auteur de cette œuvre, celui-ci est dorénavant dénommé le pseudo-Apollodore en référence à cette ancienne attribution.

« Mais pourquoi la Bibliothèque a-t-elle été attribuée au grand érudit du IIe siècle av. J.-C. ? A cette question, on peut apporter des réponses vraisemblables. Tout d’abord le Grammairien [3]Apollodore d’Athènes, dit le Grammairien. était très célèbre à l’époque romaine et il a été beaucoup cité et utilisé, par les curieux (comme Macrobe [4]Flavius Macrobius Ambrosius Theodosius ou Macrobe (Vème siècle après J.-C.) : philosophe latin. Il est l’auteur des Saturnales, banquet littéraire consacré à de multiples sujets, notamment religieux et littéraires, du Commentaire au Songe de Scipion et d’un traité sur le verbe en latin et en grec. ou Athénée [5]Athénée de Naucratis (Naucratis [Égypte], v. 170) : érudit et grammairien grec dont la date et le lieu de la mort restent inconnus. Il est l’auteur des Deipnosophistes, une compilation d’anecdotes et de citations d’auteurs antiques dont les œuvres souvent perdues, portant sur l’univers culinaire, matériel et social du banquet (sumposion), ce qui en … Poursuivre), les savants (comme Pline ou Strabon) et les apologistes chrétiens, avant de l’être par les érudits byzantins, de Stéphane de Byzance [6]Stephanus Byzantinus, Étienne de Byzance ou Stéphane de Byzance : écrivain byzantin du VIe siècle, auteur d’un lexique géographique, les Ethniques, dédié à l’empereur Justinien vers 528–535. jusqu’à Tzetzès [7]Jean Tzétzès (Constantinople, v. 1110 – …, peu après 1180) : grammairien et poète byzantin.. Ensuite, le Grammairien avait réuni une somme considérable d’informations, sur les dieux et leurs cultes, dans son traité Sur les dieux en vingt-quatre livres, sur une foule de pays, dans son Commentaire du Catalogue des vaisseaux. Il avait, semble-t-il, le goût de l’anecdote « biographique », historique ou mythologique, et le goût des recherches étymologiques. Tout cela créait un tissu de ressemblances extérieures qui a pu faciliter la confusion du Mythographe avec le Grammairien. Enfin il est tout à fait possible (en dehors d’une homonymie accidentelle) que l’auteur de la Bibliothèque ait délibérément attribué son ouvrage, par une supercherie intéressée, au célèbre disciple de Panaitios [8]Panaetius ou Panaitios de Rhodes (Rhodes, v. 185 av. J.-C. – Athènes, v. 112 av. J.-C.) : philosophe stoïcien., d’Aristarque [9]Aristarque de Samos (Samos, v. 310 av. J.-C. – …, v. 230 av. J.-C.) : astronome et mathématicien grec, il a cherché à déterminer rationnellement les distances relatives de la Terre, du Soleil et de la Lune, malgré des mesures inexactes. Il a surtout proposé un modèle héliocentrique où la Terre tourne sur elle-même et décrit une orbite circulaire autour du Soleil. Ce … Poursuivre et d’Eratosthène [10]Ératosthène de Cyrène (Cyrène, v. 276 – Alexandrie, v. 194 av. J.-C.) : astronome, mathématicien, géographe et philosophe grec, il fut directeur de la célèbre bibliothèque d’Alexandrie en Égypte, considérée comme l’une des 7 merveilles du monde. Il est le premier à calculer la circonférence de la Terre et à déterminer les dimensions du Soleil et de la Lune, ainsi que … Poursuivre […] » [11]Jean-Claude CARRIÈRE et Bertrand MASSONIE, La Bibliothèque d’Apollodore, traduite, annotée et commentée, Besançon, Université de Franche-Comté (Annales littéraires de l’Université de Besançon, 443), 1991, pp. 7-8..

Notes

Notes
1↑ PSEUDO-APOLLODORE, Βιβλιοθήκη (Bibliothèque) : il s’agît d’un très riche condensé de mythologie grecque, depuis les origines de l’Univers jusqu’à la guerre de Troie. Il fut longtemps considéré comme l’ouvrage d’Apollodore d’Athènes, selon l’attribution de Photios (*), avant que les chercheurs modernes n’aient rejeté cette attribution et dénommé son auteur le ‘Pseudo-Apollodore’. Il est composé de trois livres, et d’un résumé (probablement ajouté plus tard).
Dans l’antiquité déjà, il était délicat de se repérer parmi les multiples récits relatifs à la vie des dieux et héros de la mythologie grecs, et les non-moins nombreuses sources où ils étaient évoqués. La Bibliothèque est un ouvrage composé par un mythographe qui s’était donné pour mission de référencer et d’organiser les nombreuses histoires mythologiques dont il avait connaissance. Autre intérêt de cette œuvre, elle mentionne quelques travaux de référence aujourd’hui disparus, telles que l’Histoire mythologique de Phérécyde d’Athènes (Ve s. av. J.‑C.) ou les Sujets de tragédie d’Asclepiades de Tragilos (IVe s. av. J.‑C.). De nombreux héros mythiques grecs et leurs actes y sont référencés, ce qui fait de la Bibliothèque une œuvre indispensable à la connaissance de la mythologie grecque.

(*) PHOTIOS, Bibliothèque (a), Codex 186, 52.
(a) La Bibliothèque (Βιβλιοθήκη) de Photios est un ouvrage d’érudition commencé vers 843. Il s’agit d’une collection de deux-cent quatre-vingt notices portant sur des œuvres (et leurs auteurs, tous grecs), allant du Ve s. av. J.‑C., au IXe s. ap. J.‑C. Chacune de ces notices porte un compte-rendu de lecture plus ou moins développé ; certains codices ne comportent que quelques lignes, tandis que d’autres proposent des analyses littéraires complètes, ainsi que des résumés très détaillés de plusieurs pages. De nombreux auteurs et travaux antiques ne sont connus que par l’intermédiaire de la Bibliothèque de Photios (Bibliothèque, Codex 186, 52), ce qui fait de ce recueil une œuvre majeure d’histoire littéraire et une source unique concernant bien des sujets.

2↑ Photios ou Photius (Constantinople, v. 820 – …, v. 895) : théologien byzantin, patriarche de Constantinople (858-867 et 877-886).
3↑ Apollodore d’Athènes, dit le Grammairien.
4↑ Flavius Macrobius Ambrosius Theodosius ou Macrobe (Vème siècle après J.-C.) : philosophe latin. Il est l’auteur des Saturnales, banquet littéraire consacré à de multiples sujets, notamment religieux et littéraires, du Commentaire au Songe de Scipion et d’un traité sur le verbe en latin et en grec.
5↑ Athénée de Naucratis (Naucratis [Égypte], v. 170) : érudit et grammairien grec dont la date et le lieu de la mort restent inconnus. Il est l’auteur des Deipnosophistes, une compilation d’anecdotes et de citations d’auteurs antiques dont les œuvres souvent perdues, portant sur l’univers culinaire, matériel et social du banquet (sumposion), ce qui en fait une source de premier plan (*).

(*) Pierre-Emmanuel DOUZAT, Marie-Laurence DESCLOS, Silvia MILANEZI et Jean-Francois PRADEAU, Guide de poche des auteurs grecs et latins, Clamecy, Les belles lettres, 2011, pp. 56-57.

6↑ Stephanus Byzantinus, Étienne de Byzance ou Stéphane de Byzance : écrivain byzantin du VIe siècle, auteur d’un lexique géographique, les Ethniques, dédié à l’empereur Justinien vers 528–535.
7↑ Jean Tzétzès (Constantinople, v. 1110 – …, peu après 1180) : grammairien et poète byzantin.
8↑ Panaetius ou Panaitios de Rhodes (Rhodes, v. 185 av. J.-C. – Athènes, v. 112 av. J.-C.) : philosophe stoïcien.
9↑ Aristarque de Samos (Samos, v. 310 av. J.-C. – …, v. 230 av. J.-C.) : astronome et mathématicien grec, il a cherché à déterminer rationnellement les distances relatives de la Terre, du Soleil et de la Lune, malgré des mesures inexactes. Il a surtout proposé un modèle héliocentrique où la Terre tourne sur elle-même et décrit une orbite circulaire autour du Soleil. Ce modèle déplace le centre du système de la Terre vers le Soleil et fait de notre planète un astre en mouvement.
10↑ Ératosthène de Cyrène (Cyrène, v. 276 – Alexandrie, v. 194 av. J.-C.) : astronome, mathématicien, géographe et philosophe grec, il fut directeur de la célèbre bibliothèque d’Alexandrie en Égypte, considérée comme l’une des 7 merveilles du monde. Il est le premier à calculer la circonférence de la Terre et à déterminer les dimensions du Soleil et de la Lune, ainsi que leur distance par rapport à la Terre.
11↑ Jean-Claude CARRIÈRE et Bertrand MASSONIE, La Bibliothèque d’Apollodore, traduite, annotée et commentée, Besançon, Université de Franche-Comté (Annales littéraires de l’Université de Besançon, 443), 1991, pp. 7-8.

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