Giovanni Villani (Florence, 1280 – 1348) : membre important de la classe dirigeante florentine de la première moitié du XIVe siècle. « De manière tout à fait classique à Florence, sa vie se partage entre activités commerciale et politique. Associé de plusieurs grandes compagnies bancaires, il occupe à plusieurs reprises les magistratures principales de la cité, avant de connaître une relative disgrâce dans les années 1330, et de mourir de la peste en 1348. [1]Solal Abélès, « Le récit de fondation de Colle val d’Elsa dans la Nuova Cronica de Giovanni Villani : une mythographie de la domination ? ». dans Dominique KHALIFA (dir.), Les historiens croient-ils aux mythes ?, Paris. Éditions de la Sorbonne (Coll. Homme et société, 53), 2016, pp. 49-64. Mise en ligne : https://books.openedition.org/psorbonne/56323?lang=fr#bodyftn6. » Sa Nuova Cronica, récit historique de la ville de Florence et des événements contemporains, rédigée à partir des années 1320 jusqu’à sa mort et dont une première version commence déjà à circuler de son vivant, connaît rapidement une très ample diffusion, qu’attestent les 111 manuscrits encore conservés aujourd’hui, la Nuova Cronica a été conçue au cours de la première décennie du XIVe siècle [2]La chronique a été l’objet d’au moins deux rédactions, l’une terminée avant la très violente inondation de 1333, la seconde brutalement interrompue par la mort de l’auteur, emporté par la peste en 1348 : Louis Green, Chronicle into History. An Essay on the Interpretation of History in Florentine Fourteenth-Century Chronicles, Cambridge, University Press, 1972, p. 164-169 ; … Poursuivre, à la suite de suggestions issues de lectures de Virgile, Salluste, Lucain, Tite-Live et d’un voyage à Rome pour le Jubilé de 1300, ainsi que l’écrit Villani lui-même [3]« E trovandomi io in quello benedetto pellegrinaggio nella santa città di Roma, veggendo le grandi e antiche cose di quella, e leggendo le storie e grandi fatti de Romani, scritti per Virgilio, e per Sallustio, e Lucano, e Tito Livio, e Valerio, e Paolo Orosio, e altri maestri d’istorie, li quali cosi le piccole cose come le grandi, delle geste e fatti de’ Romani scrissono, e … Poursuivre.
En douze livres, Villani raconte l’histoire de Florence depuis l’Antiquité jusqu’aux années 1440. Les six premiers livres, qui partant de l’Antiquité, mènent le lecteur jusqu’à l’année 1265, ont un caractère légendaire et fabuleux et trouvent leur principale raison d’être dans une revendication, non dépourvue d’orgueil, des origines romaines de Florence. Les six derniers, consacrés aux événements de la période 1265-1348, sont les plus nouveaux et les plus intéressants, aussi bien par la richesse des informations qu’ils contiennent que par la tendance de l’auteur à saisir les liens entre les faits historiques et à les expliquez dans leur dynamique et leurs relations de cause à effet. Cette rationalisation est un autre signe de la modernité de Giovanni Villani : il en tire une capacité d’observation et de documentation des faits – entre autres, également, à travers l’analyse et la transcription de documents officiels et de textes d’archives – qui n’est pas affectée par les paramètres moralistes de l’époque. Même dans le portrait de Dante du livre IX, les éléments polémiques, bien que non dissimulés (Dante était lié aux Blancs, tandis que Villani, comme déjà mentionné, était plus proche des Noirs), sont laissés en marge, pour ne rendre compte que des données d’information et de la satisfaction de pouvoir inclure un si grand poète parmi les Florentins.
« Première grande histoire de Florence en langue vulgaire, la Nuova cronica s’inscrit dans un long siècle d’historiographie florentine : des premiers textes au début du XIIIe siècle, œuvres de clercs ou de juges, rédigées en latin puis traduites, aux premières chroniques originales en langue vulgaire, composées au tournant du nouveau siècle. Lorsqu’il prend la plume, Villani s’appuie donc sur une tradition déjà riche, qu’il ambitionne toutefois de renouveler. Par son ampleur, la Nuova cronica constitue en effet le premier monument de cette historiographie en langue vulgaire : il s’agit, avec la Commedia de Dante qui lui est contemporaine, de l’œuvre vernaculaire la plus imposante jusque-là composée à Florence. Or, choisir le vulgaire, ce n’est pas seulement ériger ce parler au rang de langue de la culture ; c’est aussi choisir de s’adresser à un autre public que celui, lettré, auquel on avait autrefois réservé les chroniques latines. D’emblée, Villani se révèle conscient de la légitimité nouvelle du parler toscan, tout autant que des potentialités ainsi offertes dans la diffusion des savoirs et des idées : la Nuova cronica n’est pas qu’une œuvre vulgaire, c’est surtout une œuvre de vulgarisation. [4]Jérémie Rabiot, « Fatta fedelmente volgarizzare ». Documents traduits et insérés dans la Nuova cronica de Giovanni Villani (Florence, XIVe siècle) », Médiévales, 75 (2018), pp. 49-66. Mise en ligne : https://doi.org/10.4000/medievales.9095 »
La relation entre le poème de Dante et les chroniques florentines, en particulier la Nuova Cronica, demeure un aspect essentiel du problème complexe des sources historiques de la Divine Comédie. Résoudre le problème de cette relation permettrait d’« évaluer plus correctement l’originalité de Dante dans le cadre de la pensée politique contemporaine » et de « mieux comprendre son attitude à l’égard de la tradition historiographique et pouvoir définir plus clairement sa propre influence sur les chroniqueurs contemporains. […] La question aux multiples facettes est la suivante : partout où la tradition historiographique ne nous offre pas de précédent pour les références historiques ou légendaires de Dante, devons-nous supposer qu’il a tiré ses informations d’une source écrite aujourd’hui perdue ou inconnue de nous ? Dans quelle mesure de telles références peuvent-elles être considérées comme appartenant à une tradition orale existant à l’époque de Dante ? Encore une fois : partout où il existe une analogie spécifique de traitement entre la Comédie de Dante et les premiers livres de la Chronique de Giovanni Villani, laquelle des trois hypothèses suivantes pouvons-nous supposer comme valable : (a) que Villani dépend de Dante ; (b) que Dante pourrait s’appuyer au moins sur le premier livre de Villani ; (c) que les deux peuvent dépendre d’une source commune ? Si ce dernier cas est le cas, la source commune de Dante et Villani pourrait-elle être identifiée avec la soi-disant Storia fiorentina de Malispini, prétendument écrite au XIIIe siècle ? [5]Giovanni AQUILECCHIA, « Dante and the Florentine Croniclers », A lecture delivered in the John Rylands Library on Wednesday the 10th of march 1965, John Rylands University Library of Manchester, 1965, p. 31. »
Notes
| 1↑ | Solal Abélès, « Le récit de fondation de Colle val d’Elsa dans la Nuova Cronica de Giovanni Villani : une mythographie de la domination ? ». dans Dominique KHALIFA (dir.), Les historiens croient-ils aux mythes ?, Paris. Éditions de la Sorbonne (Coll. Homme et société, 53), 2016, pp. 49-64. Mise en ligne : https://books.openedition.org/psorbonne/56323?lang=fr#bodyftn6. |
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| 2↑ | La chronique a été l’objet d’au moins deux rédactions, l’une terminée avant la très violente inondation de 1333, la seconde brutalement interrompue par la mort de l’auteur, emporté par la peste en 1348 : Louis Green, Chronicle into History. An Essay on the Interpretation of History in Florentine Fourteenth-Century Chronicles, Cambridge, University Press, 1972, p. 164-169 ; Giuseppe Porta, « L’ultima parte della Nuova Cronica di Giovanni Villani », Studi di filologia italiana, 41, 1983, p. 17-36. |
| 3↑ | « E trovandomi io in quello benedetto pellegrinaggio nella santa città di Roma, veggendo le grandi e antiche cose di quella, e leggendo le storie e grandi fatti de Romani, scritti per Virgilio, e per Sallustio, e Lucano, e Tito Livio, e Valerio, e Paolo Orosio, e altri maestri d’istorie, li quali cosi le piccole cose come le grandi, delle geste e fatti de’ Romani scrissono, e eziandio degli strani dell’universo mondo, per dare memoria e esemplo a quelli che sono a venire, presi lo stile e forma da loro, tutto sì come discepolo non fossi degno a tanta opera fare. » (« Et me trouvant en ce pèlerinage béni vers la ville sainte de Rome, voyant ses grandes et anciennes choses, et lisant les histoires et les grands faits des Romains, écrits par Virgile, et par Salluste, et Lucain, et Tite-Live, et Valerius, et Paolo Orosius, et d’autres maîtres de l’histoire, qui ont écrit sur les faits et les actes des Romains, ainsi que sur les choses étranges du monde, pour donner mémoire et exemple à ceux qui doivent venir, j’ai pris le style et l’un forme à partir d’eux, tout cela parce qu’en tant que disciple, je n’étais pas digne de tant de travail. ») Giovanni Villani, Cronica, VII, 36. |
| 4↑ | Jérémie Rabiot, « Fatta fedelmente volgarizzare ». Documents traduits et insérés dans la Nuova cronica de Giovanni Villani (Florence, XIVe siècle) », Médiévales, 75 (2018), pp. 49-66. Mise en ligne : https://doi.org/10.4000/medievales.9095 |
| 5↑ | Giovanni AQUILECCHIA, « Dante and the Florentine Croniclers », A lecture delivered in the John Rylands Library on Wednesday the 10th of march 1965, John Rylands University Library of Manchester, 1965, p. 31. |
