
Paolo Uccello (Pratovecchio [Arezzo], 1397- Florence, 1475)
Miracolo dell’ostia profanata (Miracle de l’hostie profanée), 1467-1468
Tempéra et or sur panneau, 43 x 351 cm.
Provenance : église de Santa Maria di Pian di Mercato della Confraternita del Corpus Domini di Urbino.
Urbino, Galleria Nazionale delle Marche.
Les scènes du Miracle de l’hostie profanée, peintes par Paolo Uccello entre 1467 et 1468, comme en témoignent les paiements reçus par le peintre alors qu’il séjourne à Urbino avec son fils Donato, constituent la prédelle d’un grand retable représentant la Communion des Apôtres qui aurait dû être exécuté par le peintre florentin mais qui le fut en dernier lieu par Juste de Gand entre 1473 et 1474. Les six compartiments de la prédelle racontent un événement qui eut lieu en 1290 à Paris, très précisément dans l’actuelle rue des Archives, à l’emplacement du cloître des Billettes [1]L’événement légendaire raconté au 14ème siècle par Giovanni Villani n’est pas exempt d’arrières pensées, aussi bien vis-à-vis des banquiers juifs (c’est, en effet, au milieu du XVe siècle que certains ordres monastiques créent les Monti di Pietà, institutions financières à but non lucratif destinées à les supplanter en organisant elles-mêmes la gestion de prêts … Poursuivre. La narration se déroule au rythme des épisodes suivants : une femme vend une hostie consacrée à un usurier juif (fig. 1) ; en présence de sa famille, l’usurier, après avoir placé l’hostie dans l’âtre comme s’il s’agissait de la cuisiner, assiste à une hémorragie miraculeuse si abondante qu’elle alerte les gens d’arme et suscite leur intervention (fig. 2) ; une procession est effectuée vers l’autel où l’on célèbre une messe de reconsécration de l’hostie (fig. 3) ; la femme est pendue (fig. 4) ; le Juif et sa famille sont brûlés sur un bûcher (fig. 5) ; les anges et les démons se disputent l’âme de la femme (fig. 6).
Cette sombre histoire donne lieu à une narration dont l’atmosphère étrange – si étrange qu’elle approche le féerique – créée par les scènes au décor habilement cloisonné des intérieurs et les paysages entièrement privés de perspective faute d’une lumière naturelle [2]Ou encore, faute d’une véritable sensation de l’espace sur le plan de la représentation, qui est pourtant le propre de la perspective pour laquelle, on le sait par Vasari, Paolo Uccello a manifesté sa vie durant une passion si singulière qu’elle lui aurait valu cette remarque de Donatello, examinant quelque une de ses études : « Eh Paulo, cotesta tua prospettiva ti fa lasciare il … Poursuivre, dans l’air raréfié de paysages nocturnes dont l’étrangeté est soulignée par les couleurs vives où prévaut, en particulier, le vermillon improbable des vêtements aussi bien que des architectures.
Le retable du Corpus Domini

Notes
| 1↑ | L’événement légendaire raconté au 14ème siècle par Giovanni Villani n’est pas exempt d’arrières pensées, aussi bien vis-à-vis des banquiers juifs (c’est, en effet, au milieu du XVe siècle que certains ordres monastiques créent les Monti di Pietà, institutions financières à but non lucratif destinées à les supplanter en organisant elles-mêmes la gestion de prêts financiers aux particuliers), qu’en vue de la promotion d’un dogme, celui de la transsubstantiation, dont la nouveauté relative pouvait susciter des résistances dans l’esprit de certains croyants. |
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| 2↑ | Ou encore, faute d’une véritable sensation de l’espace sur le plan de la représentation, qui est pourtant le propre de la perspective pour laquelle, on le sait par Vasari, Paolo Uccello a manifesté sa vie durant une passion si singulière qu’elle lui aurait valu cette remarque de Donatello, examinant quelque une de ses études : « Eh Paulo, cotesta tua prospettiva ti fa lasciare il certo per l’incerto » (Eh, Paolo, cette perspective te fait abandonner le certain pour l’incertain), lui signifiant ainsi que les figures perdaient de leur corporéité et le paysage de leur naturel, accédant ainsi à une forme de dérive vers l’abstraction. Paradoxalement, cette remarque formulée sous la forme d’un reproche désigne l’une des caractéristiques essentielles de l’art de Paolo Uccello qui vaut aujourd’hui encore à l’artiste une place à part, et une forme de modernité avant la lettre. |







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