
La tour de l’ancienne IDIT, dite « tour des tomates »
Strada Cassia sud. Isola d’Arbia (Sienne)
Se rendre sur place :
Au détour de la via Cassia reliant Sienne à Rome, isolée parmi les collines qui bordent les lointains au-delà d’Isola d’Arbia, et d’où émerge majestueusement le Monte Amiata, la tour apparaît aux voyageurs venant de quitter la ville en direction de Rome comme un totem incongru ou grotesque, tant la profondeur de l’emprunte qu’elle laisse dans le paysage panoramique est profonde. Vestige d’une architecture industrielle parmi les plus discutées du siècle dernier, visible depuis n’importe quel point de vue depuis le sud de Sienne, la Torre dell’Isola [1]Torre dell’Isola : tour d’Isola (Île) d’Arbia., plus connue sous la dénomination sarcastique de « Torre dei pomodori » (Tour des tomates), est parfois également qualifiée d’ « ecomostro della Val d’Arbia » [2]« Éco-monstre du Val d’Arbia. ». L’édifice, qui n’est autre qu’un immense silo hors d’échelle [3]D’une hauteur de soixante-quinze mètres pour un diamètre de seize mètres, ce silo a été construit en 1959. semblant sorti du néant est la partie la plus visible d’une usine agroalimentaire désaffectée depuis longtemps mais dont le nom trône encore en grandes lettres bleues, à l’angle d’une façade décrépite, sous la forme d’un acronyme : IDIT [4]I.D.I.T. : Industria di Disidratazione Isola Tressa ou Industrie de Déshydratation d’Isola Tressa.L’installation était destinée à la lyophilisation de produits agricoles, principalement des tomates, selon un traitement inventé par un chimiste allemand, grâce auquel effectuer la transformation du fruit naturel en un produit sec possible à conserver durablement. Le processus de … Poursuivre, témoigne encore de l’euphorie liée au boom économique qui régna au début des années soixante, rêve éveillé dont elle demeure le symbole.
La présence encombrante de la tour IDIT, fantôme d’un établissement qui devait être à la pointe de la modernité industrielle, conserve en elle une partie de l’imaginaire collectif d’une époque rendue confiante par la croyance en un progrès alors jugé à portée de main. Cet emballement conduisit à sacrifier sans trop d’états d’âme un paysage incomparable en même temps qu’une culture paysanne parmi les plus anciennes et les plus enracinées. Programmée sur le passage de la via Cassia et de la ligne de chemin de fer Sienne-Grossetto afin de faciliter le transport des marchandises produites sur le site, la construction commença en 1959 et s’acheva en un temps record pour l’époque. L’entreprise IDIT fut inaugurée en 1961. Tout alla très vite, trop vite puisque, dès 1966, après deux petites années d’un fonctionnement cahin-caha, l’entreprise fit faillite et mit définitivement fin à ses activités sans que la production ait jamais atteint sa pleine capacité [5]Dans le projet initial, l’usine était censée réaliser toutes les phases de transformation industrielle de tomates provenant de cultures intensives créées dans la région, ; le produit pulvérisé sur place aurait ensuite été acheminé vers les marchés grâce à la voie ferrée adjacente, permettant ainsi de faire d’importantes économies sur les coûts de transport. Au lieu de … Poursuivre.

Elle entama tout aussi rapidement un processus de dégradations inévitables, souvent volontaires, qui finirent par la dépouiller de l’intégralité de son fragile revêtement initial de verre pour ne conserver que l’essentiel de sa structure de fer et de ciment. Ce qui subsiste d’une tour qui devait être un motif de fierté demeure avant tout comme le symbole d’un désastre. Soixante ans plus tard, cette étonnante structure, témoin de l’utopie d’une époque, fait partie, vaille que vaille, du patrimoine paysager. Le doute subsiste quant au devenir d’une friche industrielle devenue périlleuse. Laissée à l’abandon depuis des années, l’ancienne usine, qui appartient désormais à une entreprise privée, s’effondre littéralement dans tous les secteurs où se déroulait l’activité ouvrière mais conserve intacte la partie de sa structure réalisée dans un béton que les spécialistes jugent de belle qualité. Faute de financement, il n’existe actuellement aucun projet, ni de restauration ni même de démolition de l’ensemble. L’exposition de photographies intitulée L’industria della polvere, organisée au musée de Santa Maria della Scala en 2021-2022 aurait pu rouvrir le débat autour de cette « Tour des Tomates » [6]En 2021, l’architecte Giovanni Mezzedemi, auteur d’une thèse consacrée à l’ensemble architectural, a présenté à la Commune de Sienne, qui l’a à son tour soumis à la Région de Toscane, un projet de réhabilitation visant à en faire, de manière somme toute assez conformiste, un centre d’art contemporain avec restaurant panoramique au sommet de la tour.. Pour l’heure, elle fait partie, pour le meilleur ou pour le pire, du patrimoine visuel des habitants de la région comme des centaines de milliers de visiteurs qui traversent chaque année cette dernière en empruntant la Via Francigena.
Notes
| 1↑ | Torre dell’Isola : tour d’Isola (Île) d’Arbia. |
|---|---|
| 2↑ | « Éco-monstre du Val d’Arbia. » |
| 3↑ | D’une hauteur de soixante-quinze mètres pour un diamètre de seize mètres, ce silo a été construit en 1959. |
| 4↑ | I.D.I.T. : Industria di Disidratazione Isola Tressa ou Industrie de Déshydratation d’Isola Tressa. L’installation était destinée à la lyophilisation de produits agricoles, principalement des tomates, selon un traitement inventé par un chimiste allemand, grâce auquel effectuer la transformation du fruit naturel en un produit sec possible à conserver durablement. Le processus de déshydratation devait être réalisé grâce à de l’air sec et chaud injecté à la base de la tour, accompagné de la chute simultanée de la pulpe de tomate pulvérisée dans le vide du silo, avant d’être récupérée au fond sous forme de poudre. Un procédé aussi prometteur aurait certainement plu à Boris Vian. La hauteur de la tour, hélas, se révéla trop basse de cinquante mètres pour obtenir le résultat espéré. |
| 5↑ | Dans le projet initial, l’usine était censée réaliser toutes les phases de transformation industrielle de tomates provenant de cultures intensives créées dans la région, ; le produit pulvérisé sur place aurait ensuite été acheminé vers les marchés grâce à la voie ferrée adjacente, permettant ainsi de faire d’importantes économies sur les coûts de transport. Au lieu de cela, la création des plantations n’ayant jamais eu lieu, on fut contraint d’acheminer la précieuse pulpe depuis la Campanie. |
| 6↑ | En 2021, l’architecte Giovanni Mezzedemi, auteur d’une thèse consacrée à l’ensemble architectural, a présenté à la Commune de Sienne, qui l’a à son tour soumis à la Région de Toscane, un projet de réhabilitation visant à en faire, de manière somme toute assez conformiste, un centre d’art contemporain avec restaurant panoramique au sommet de la tour. |







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