Via Francigena

Route de commerce et voie de communication de première importance, la Via Francigena [1]Via Francigena (parfois également « Iter Francorum ») signifie « Voie des Français », à l’instar du « Camino francés », qui conduisait les pèlerins sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle., connue depuis l’Antiquité sous le nom de Via Romea (voir Romaine), reliait, au Moyen Âge, le nord de l’Europe à Rome et, au-delà, pouvait conduire vers les ports du sud d’où les pèlerins qui en avaient les moyens pouvaient s’embarquer jusqu’à Jérusalem.

La route traversait la Toscane du Nord au sud, selon un trajet qui pouvait comporter des voies secondaires permettant d’atteindre un site propice à une halte sûre, ou encore pour recevoir des soins.
Le pays siennois, dans sa forme actuelle, comportait neuf étapes : Abbadia San Salvatore, Castiglione d’Orcia, San Quirico d’Orcia, Torrenieri, Ponte d’Arbia, Sienne, Abbadia a Isola (Monteriggioni), Pieve d’Elsa (Colle di Val d’Elsa), San Gimignano.

A Sienne, la via Francigena, « principale ressource de la ville, dont tout l’habitat était traversé par cette artère importante, le long de laquelle s’alignaient les agents de change équipés pour échanger de l’argent avec les étrangers en transit, de sorte que le nom de Via de’ Banchi demeure [2]Voir : Banchi di Sopra et Banchi di Sotto.. Toujours dans la section urbaine de la route, s’alignaient, depuis les origines médiévales, les castellari, forteresses-résidences des magnats, en commençant par les cinq plus importants. En pénétrant à l’intérieur des murs par la Porta Camollia, face à Florence, la plus belle de Toscane, comme l’écrivaient les fonctionnaires de l’Ornato, et en poursuivant vers le centre, on rencontrait les bâtiments des Malavolti et des Salimbeni, puis l’élégant Palais Tolomei.
Près du Campo, au point appelé Croce del Travaglio, on tournait en direction de la Porta Romana, laissant à droite les hautes maisons des Saracini, pour longer les nombreuses résidences des Piccolomini.
Celles-ci, avec les tours des époux, par exemple la tour Cauli [3]La tour Cauli est visible depuis le 13 de la via San Martino., occupaient un espace considérable depuis le Terzo di San Martino jusqu’à la Porta Romana ouverte vers la campagne, comme pour indiquer la route qui conduira Enea Silvio Piccolomini au trône de Pierre. Pendant des siècles et des siècles, Malavolti, Salimbeni, Tolomei, Saracini, Piccolomini ont été les seigneurs de la voie romaine. » [4]Petra PERTICI, Siena quattrocentesca. Gli anni del Pellegrinaio nell’ospedale di Santa Maria della Scala, préf. R. Fubini, Sienne, Protagon, 2012.

En 990, Sigéric, archévêque anglais de Canterbury, emprunta la Via Francigena pour aller à Rome y recevoir le pallium. L’enjeu était sans doute suffisamment important pour lui pour qu’il mentionne, dans un manuscrit aujourd’hui conservé à la British Library, les étapes parcourues lors de son voyage de retour de Rome à Canterbury :

No de l’étapeNom de l’étapeLieu actuel
IUrbs RomaRome
IIIohannis VIIIILa Storta
IIIBacaneValle di Baccano (Campagnano di Roma)
IVSuteriaSutri
VFurcariVetralla
VISce ValentineBullicame (Viterbe)
VIISce FlavianeMontefiascone
VIIISca CristinaBolsena
IXAquapendenteAcquapendente
XSce Petir in PailPodere Voltole (Abbadia San Salvatore)
XIAbriculaLe Briccole (Castiglione d’Orcia)
XIISce QuiricSan Quirico d’Orcia
XIIITurreinerTorrenieri (Montalcino)
XIVArbiaPonte d’Arbia (Monteroni d’Arbia)
XVSeocineSienne
XVIBurgenoveAbbadia a Isola (Monteriggioni)
XVIIAelsePieve d’Elsa (Colle di Val d’Elsa)
XVIIISce Martin in FosseMolino d’Aiano (Colle di Val d’Elsa)
XIXSce GemianeSan Gimignano
XXSce Maria GlanGambassi Terme
XXISce Peter CurrantCoiano (Castelfiorentino)
XXIISce DionisiiBorgo Santo Genesio
XXIIIArne BlancaFucecchio
XXIIIAqua NigraPonte a Cappiano
XXVForcriPorcari
XXVILucaLucques
XXVIICampmaiorCamaiore
XXVIIILunaLuni (Ortonovo)
XXIXSce StephaneSanto Stefano di Magra
XXXAguillaAulla
XXXIPuntremel.Pontremoli
XXXIISce BenedicteMontelungo (Pontremoli)
XXXIIISce ModeranneBerceto
XXXIVPhilemangenurFelegara (Medesano) ou Fornoue
XXXVMetaneMedesano
XXXVISce DomnineFidenza
XXXVIIFloricumFiorenzuola d’Arda
XXXVIIIPlacentiaPlaisance
XXXIXSce AndreaCorte Sant’Andrea (Senna Lodigiana)
XLSce CristineSanta Cristina e Bissone
XLIPamphicaPavie
XLIITremelTromello
XLIIIVercelVerceil
XLIVSca AgathSanthià
XLVEveriIvrée
XLVIPubleiPont-Saint-Martin
XLVIIAgustaAoste
XLVIIISce RemeiSaint-Rhémy-en-Bosses
XLIXPetrecastelBourg-Saint-Pierre
LUrsioresOrsières
LISce MauriciSaint-Maurice
LIIBurbuleiVouvry
LIIIVivaecVevey
LIVLosannaLausanne
LVUrbaOrbe
LVIAntifernChapelle Saint-Maurice (Jougne)
LVIIPunterlinPontarlier
LVIIINosNods
LIXBysiceonBesançon
LXCusceiCussey-sur-l’Ognon
LXISefuiSeveux
LXIIGrenantGrenant
LXIIIOismaHumes ou Saints-Geosmes
LXIVBlæcuileBlessonville
LXVBarBar-sur-Aube
LXVIBreoneBrienne-la-Vieille
LXVIIDomaniantDonnement
LXVIIIFuntaineFontaine
LXIXCaðelunsChâlons-en-Champagne
LXXRemsReims
LXXICorbuneiCorbeny
LXXIIMundloðuinLaon
LXXIIIMartinwaeðSeraucourt-le-Grand ?
LXXIVDuinDoingt
LXXVAðeratsArras
LXXVIBruwaeiBruay
LXXVIITeranburhThérouanne
LXXVIIIGisneGuînes
LXXIX
LXXXSumeranSombre, près de Wissant

L’archevêque franchit ensuite la Manche pour rejoindre Canterbury, mais cette étape n’est pas mentionnée dans son manuscrit. Un siècle et demi plus tard, en 1154, l’abbé islandais Nikulas de Munkathvera [5]Nikulas de Munkathvera, ou Nikulás Bergþórsson de son nom en langue islandaise (…, début du XIIe siècle – 1165) : religieux, abbé du monastère bénédictin de Munkaþverá situé dans le nord de l’Islande. suivit le trajet emprunté par Sigéric à partir du col du Grand-Saint-Bernard pour se rendre à Rome, avant de poursuivre vers Nazareth et Jérusalem.

L’infrastructure de cet itinéraire, également utilisé pour les déplacements militaires et les échanges commerciaux, connut un fort développement. Comme sur le Camino francés en Espagne, des villes et des bourgs se déployèrent. La ville de Sienne, par exemple, doit sa croissance à la Via Francigena, si bien que l’historien Ernesto Sestan la qualifie de « ville née de la route ».

Les lieux où les pèlerins étaient accueillis se multiplièrent. En Italie, la route fut jalonnée de mansiones où faire étape. Les ordres monastiques (tels les chevaliers d’Altopascio) et chevaleresques (chevaliers du Temple, chevaliers de l’Hôpital de Saint-Jean-de-Jérusalem) se mirent par ailleurs au service du pèlerin en lui prodiguant l’hospitalité.

La fréquentation de la route s’accrut encore à partir de 1300. [6]Cette année-là, le premier jubilé romain fut en effet proclamé par le pape Boniface VIII. Désormais, tous les pèlerins qui, durant une année jubilaire, visiteraient les basiliques romaines consacrées à saint Pierre et à saint Paul bénéficieraient d’une indulgence plénière, à condition de recevoir les sacrements de la communion et de la confession.. A partir du XIVe siècle, cependant, plusieurs événements allaient ralentir la progression du pèlerinage.

Pour l’année jubilaire de 1350, le roi Philippe de Valois interdit à ses sujets de se rendre à Rome. En 1399, Charles VI réitéra cette interdiction. Les périodes de guerres et d’épidémies, ainsi que les conséquences de la Réforme, diminuèrent également le flot des pélerins. En 1550, ils n’étaient plus que 50 000 à venir des pays du nord pour recevoir la bénédiction papale. [7]Vingt-cinq ans plus tard, le pèlerinage allait connaître un nouvel essor, dû en partie aux déclarations du Concile de Trente. On recensa plus de 400 000 pèlerins en 1575 et 700 000 en 1650. A partir de la fin du XVIIe siècle, les critiques contre la pratique du pèlerinage n’épargnèrent pas le voyage romain. Dès lors, ce sont surtout des pèlerins italiens qui effectueront le voyage de Rome.

Notes

Notes
1 Via Francigena (parfois également « Iter Francorum ») signifie « Voie des Français », à l’instar du « Camino francés », qui conduisait les pèlerins sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle.
2 Voir : Banchi di Sopra et Banchi di Sotto.
3 La tour Cauli est visible depuis le 13 de la via San Martino.
4 Petra PERTICI, Siena quattrocentesca. Gli anni del Pellegrinaio nell’ospedale di Santa Maria della Scala, préf. R. Fubini, Sienne, Protagon, 2012.
5 Nikulas de Munkathvera, ou Nikulás Bergþórsson de son nom en langue islandaise (…, début du XIIe siècle – 1165) : religieux, abbé du monastère bénédictin de Munkaþverá situé dans le nord de l’Islande.
6 Cette année-là, le premier jubilé romain fut en effet proclamé par le pape Boniface VIII. Désormais, tous les pèlerins qui, durant une année jubilaire, visiteraient les basiliques romaines consacrées à saint Pierre et à saint Paul bénéficieraient d’une indulgence plénière, à condition de recevoir les sacrements de la communion et de la confession.
7 Vingt-cinq ans plus tard, le pèlerinage allait connaître un nouvel essor, dû en partie aux déclarations du Concile de Trente. On recensa plus de 400 000 pèlerins en 1575 et 700 000 en 1650.

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