Nanni di Banco, « I Santi Quattro coronati »

Nanni di Banco (Florence, entre 1380 et 1390 – 1421)

I Santi Quattro coronati (Les Quatre saints couronnés),

Marbre, 203 cm.

Provenance : In situ.

Florence, Orsanmichele.

Se faisant l’écho d’une curieuse anecdote aux allures de légende, Vasari affirme que Nanni di Banco [1]Giovanni di Antonio di Banco, detto Nanni di Banco (Florence, entre 1380 et 1390 – 1421 [*]) : sculpteur [**]. Son père, Antonio di Banco, semble avoir été un entrepreneur important, fournisseur de matériaux, plutôt que sculpteur ; il devint en 1411, sans doute pour ses qualités d’expert, chef de la Fabrique de la cathédrale. Nanni di Banco réagit au … Poursuivre, désespéré d’avoir mal conçu son groupe sculpté, aurait reçu l’aide de Donatello pour remédier à son erreur : « [Sur la façade de l’oratoire d’Orsanmichele, à Florence], une niche abrite quatre saints de marbre que Nanni fit pour la Corporation des forgerons, menuisiers et maçons. On raconte que les quatre statues en ronde bosse une fois terminées, et la niche maçonnée, on ne put y faire entrer, et à grand mal, que trois des statues, car Nanni en avait fait certaines les bras ouverts. Désespéré, celui-ci pria Donatello de lui donner un conseil pour réparer son erreur et son imprévoyance. Donatello dit, en riant de l’aventure : « Si tu m’invites à dîner avec tous mes jeunes apprentis, je me charge de faire entrer les saints dans la niche sans aucune peine. » Nanni promit bien volontiers, et Donato l’envoya à Prato pour quelques jours prendre des mesures et régler quelques affaires. Après son départ, Donato se mit au travail avec tous ses élèves et ses aides ; il arrondit ici une épaule, là un bras, et réussit à placer toutes les statues en mettant la main de l’une sur l’épaule de l’autre. Ainsi Donato répara judicieusement la bévue de Nanni en groupant ces figures qui sont toujours en place et présentent tous les signes d’une union fraternelle. Si on ignore cette anecdote, il est impossible de se rendre compte de l’erreur. A son retour, Nanni trouva tout corrigé et remis en ordre grâce au bon jugement de Donato ; il lui rendit mille grâces et, de bon cœur, lui offrit à dîner, ainsi qu’à tous ses compagnons [2]« Dicesi che, avendoli finiti tutti tondi e spiccati l’un da l’altro e murata la nicchia, che a mala fatica non ve ne entravano dentro se non tre, avendo egli nelle attitudini loro ad alcuni aperte le braccia, perché disperato e mal contento andò a trovar Donato, e contandoli la disgrazia e poca acortezza sua, rise Donato di questo caso e disse : “Se tu mi paghi una … Poursuivre. »

Quoi qu’il en soit, en parvenant à installer quatre personnages dans une niche prévue initialement pour n’en accueillir qu’un seul, Nanni di Banco surmonte une difficulté bien réelle et, ce faisant, donne une véritable marque de virtuosité. Il y parvient en réduisant légèrement les dimensions de l’ensemble, en composant le groupe selon une disposition semi-circulaire propre à intégrer harmonieusement l’espace semi-cylindrique de la niche, et en jouant sur les gestes discrets et les échanges de regards entre les personnages, comme s’ils étaient réunis lors d’une véritable conversation. Cette composition novatrice n’a été sans influencer l’art de l’époque : le cercle formé par les apôtres autour du Christ dans Le tribut de Pierre, peint à fresque par Masaccio dans la chapelle Brancacci, en est l’exemple le plus significatif.

Les statues étaient constituées originellement de trois blocs de marbre seulement. Les deux figures de droite sont sculptées dans un seul bloc et caractérisées par une plus grande sophistication des poses ainsi qu’un naturalisme plus accentué dans la gestuelle des personnages. Le volume plastique des corps est accentué par les lourdes draperies tout droit venues de l’Antiquité romaine, selon une mode née dans la première décennie du XVe siècle à Florence. Les personnages sont eux-mêmes imprégnés d’une forte composante antique, qui caractérise les poses solennelles ainsi que la volumétrie des têtes et des corps inspirés des portraits impériaux romains.

Comparée aux œuvres contemporaines de Donatello [3]Voir, par exemple, le San Giorgio un peu plus tardif, que l’on peut également admirer dans une niche d’Orsanmichele., les statues de Nanni di Banco se distinguent par leur caractère statique et solennel, dépourvu de l’énergie contenue dans les figures sculptées par Donatello, qui fut son ami. Avec leur noble austérité, les saints de Nanni di Banco expriment la dignité retrouvée de l’individu à travers la leçon des Anciens couronnant le sévère idéal civil de l’humanisme florentin du XIVe siècle [4]Pierluigi De Vecchi et Elda CerchiariI tempi dell’arte, vol. 2, Milan, Bompiani, 1999, p. 31..

Le rôle de protecteurs des sculpteurs et des architectes joué par les quatre saints est illustré dans le bas-relief situé à la base du tabernacle. Chacun d’eux y est représenté effectuant ses travaux : construction d’un mur pour l’un, menuiserie, calcul de mesures architecturales ou sculpture pour les autres [5]« Sous les quatre saints, la niche est ornée d’un demi-relief de marbre représentant un sculpteur taillant avec habileté un putto et un maçon construisant un mur avec ses deux aides ; ces personnages sont bien disposés et attentifs à la tâche. » Giorgio VASARI, op. cit., p. 77..

Notes

Notes
1 Giovanni di Antonio di Banco, detto Nanni di Banco (Florence, entre 1380 et 1390 – 1421 [*]) : sculpteur [**]. Son père, Antonio di Banco, semble avoir été un entrepreneur important, fournisseur de matériaux, plutôt que sculpteur ; il devint en 1411, sans doute pour ses qualités d’expert, chef de la Fabrique de la cathédrale.
Nanni di Banco réagit au style du gothique tardif en orientant ses recherches vers l’antique dont il reprend les voies calmes et solennelles, plus statiques que les œuvres contemporaines de Donatello qui se caractérisent, au contraire, par une énergie et une vitalité contenues mais parfaitement visibles [***].

[*] Qu’il soit né vers 1390 (il est immatriculé en 1405 à la corporation des « Maestri di Pietra ») ou vers 1370, comme le suggère Wundram, p. 10, Nanni ne peut pas avoir été l’élève de Donatello, avec qui il est en concurrence pour les grandes commandes de la cathédrale et d’Orsanmichele.

[**] Dans la 1re édition de l’ouvrage de Vasari, la Vie de Nanni di Banco commence ainsi : « A notre époque trop délicate, tout le monde estime très inconvenant qu’une personne aisée, pouvant vivre sans travailler, s’adonne aux sciences ou aux beaux-arts, qui apportent la gloire aux vivants et aux morts, comme si la valeur ne convenait qu’aux pauvres ou à ceux qui ne sont pas bien nés. Cette opinion est profondément erronée, et chacun doit l’avoir en abomination, car la valeur est plus honorable et plus belle lorsqu’elle est jointe à la richesse et à la noblesse, plutôt qu’à la pauvreté et à la roture. On le voit avec évidence en ces saints et heureux temps où les rois et les princes philosophaient savamment ; plus près de nous, le Florentin Nanni le montre assez clairement. » Giorgio VASARI, Le Vite de’ più eccellenti pittori, scultori e architetti coll’aggiunta de’ vivi e de’ morti, dall’anno 1550 a 1567 [1568] (traduction française sous la direction d’André Chastel, Les vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes, vol. 4, Paris, Berger-Levraut, 1981-1989, p. 65).

[***] Pierluigi De Vecchi et Elda CerchiariI tempi dell’arte, vol. 2, Milan, Bompiani, 1999, p. 32.

2 « Dicesi che, avendoli finiti tutti tondi e spiccati l’un da l’altro e murata la nicchia, che a mala fatica non ve ne entravano dentro se non tre, avendo egli nelle attitudini loro ad alcuni aperte le braccia, perché disperato e mal contento andò a trovar Donato, e contandoli la disgrazia e poca acortezza sua, rise Donato di questo caso e disse : “Se tu mi paghi una cena con tutti i miei giovani di bottega, mi dà il core di farli entrar nella nicchia senza fastidio nessuno”. E così convenutosi, lo mandò a Prato a pigliare alcune misure, dove aveva d’andare esso Donato. E così Nanni partito e Donato preso i discepoli andatosene al lavoro, scantonò a quelle statue a chi le spalle et a chi le braccia talmente, che facendo luogo l’una all’altra, le accostò insieme, facendo apparire una mano sopra le spalle di una di loro. E le commesse così unite, che co’ ‘l savio giudizio suo ricoperse lo errore di Nanni di maniera che, murate ancora in quel luogo, mostrano indizii manifestissimi di concordia e di fratellanza; e chi non sa la cosa, non si accorge di quello errore. Nanni trovato nel suo ritorno che Donato aveva corretto il tutto e rimediato ad ogni disordine, gli rendette grazie infinite, et a lui insieme con suoi creati pagò la cena, la quale lietamente e con grandissime risa fu da loro finita. » Giorgio VASARI, Le vite de’ più eccellenti pittori, scultori, e architetti [1568], Gaetano MILANESI (éd.), Florence, G. C. Sansoni, 1878-1882 (d’après la traduction française réalisée sous la direction d’André Chastel, Les vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes, Paris, Berger-Levraut, 1981-1989, p. 75.
3 Voir, par exemple, le San Giorgio un peu plus tardif, que l’on peut également admirer dans une niche d’Orsanmichele.
4 Pierluigi De Vecchi et Elda CerchiariI tempi dell’arte, vol. 2, Milan, Bompiani, 1999, p. 31.
5 « Sous les quatre saints, la niche est ornée d’un demi-relief de marbre représentant un sculpteur taillant avec habileté un putto et un maçon construisant un mur avec ses deux aides ; ces personnages sont bien disposés et attentifs à la tâche. » Giorgio VASARI, op. cit., p. 77.

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