Giorgio Vasari

Giorgio Vasari (Arezzo, 1511 – 1574), peintre, architecte et « pionnier » de l’histoire de l’art de l’ère moderne.

« Vasari donne, comme certaines figures fortes de la Renaissance, l’impression d’avoir vécu plusieurs existences à la fois. Il est le fondateur de l’histoire de l’art ; son ouvrage extraordinaire et novateur de 1550, les Vite [1], a connu un succès tellement retentissant qu’une seconde édition a été nécessaire en 1568, mais on ne voit pas que Vasari ait jamais sacrifié à l’érudition une seule commande. Son activité de peintre, d’architecte, puis, après 1553, de ‘directeur des Beaux-Arts’ du grand-duché de Toscane, a été soutenue, ambitieuse et brillante. Interprète insurpassable d’une grande époque, il est aussi l’artiste officiel type : sous ces deux aspects, il est intimement lié à l’’âge des académies’ qui clôt la Renaissance. »

https://www.universalis.fr/encyclopedie/giorgio-vasari/, consulté le 18 février 2020.

« George Vasari naquit à Arezzo d’une famille d’artistes. Michel-Ange et André del Sarto lui enseignèrent le dessin. Guillaume de Marcillat et Rosso, l’art de peindre. Mais sa principale école fut Rome, où il fut conduit par Hippolyte, cardinal de Médicis, dont il s‘était acquis la faveur. Ce cardinal le présenta ensuite à sa famille ; il devint à Florence le directeur des arts et y fut comblé d’honneurs et de richesses. À Rome il dessina beaucoup d’après Michel-Ange. Raphaël et l’antique et se forma un style à peu près pareil à celui qui a été décrit au commencement de ce livre, à l’exemple des grands artistes de ce temps, il s’appliqua l’architecture et y acquit du talent. Comme eux, il put élever un palais, l’orner de peintures à fresque et à l’huile, d’ornements de tous les genres et le livrer enfin prêt à être habité au souverain qui l’avait désiré. Vasari acquit de la réputation et remplit de ses ouvrages toute l’Italie, depuis Naples jusqu’à Venise et Alexandrie. Accrédité par ses nombreux travaux, aidé de l’estime et de l’amitié de Michel-Ange dont il fut le flatteur assidu, il fut invité par Côme 1er à passer à sa Cour. Il arriva à Florence en 1553, amenant avec lui les nombreux élèves par lesquels il se faisait aider. Il arrivait dans un moment opportun pour sa gloire, quand les artistes que nous avons nommés étaient ou morts, ou dans une vieillesse avancée. Il présida à tous les grands travaux qu’ordonna Côme 1er. Le bâtiment appelé degli Uffizi fut élevé sur ses dessins, et il a en Italie une réputation méritée. Il orna de peintures le vieux palais. Une voûte de ce bâtiment représente le couronnement de Charles-Quint par Clément VII. C’est un de ses meilleurs ouvrages. S’il n’était resté de lui que le petit nombre de ceux qu’il fit avec application, il aurait mérité quelque réputation et occuperait un rang distingué parmi les hommes médiocres qui, â force de travail, ont fait quelque chose en peinture. Ce serait un Marmontel, un Laharpe.
Mais il a donné prise à la critique, en laissant une quantité énorme de mauvais ouvrages, peints avec une extrême rapidité par lui ou par ses élèves et qui, d’ailleurs, étant travaillés avec peu de couleurs et nullement empâtés, ont été cruellement maltraités par le temps. Ces méthodes expéditives du premier peintre de la cour de Florence et les raisonnements par lesquels il cherche à les justifier, dans un ouvrage qui a été longtemps le manuel des artistes, ont été une des principales causes de la décadence de l’art en Toscane.

Les hommes de lettres de la cour de Florence avec lesquels il vivait, Annibal Caro, Paul Jove, d’autres encore et parmi eux le cardinal Farnèse, l’engagèrent à rassembler des notes sur tous les artistes connus alors, en commençant par Cimabue. Le projet était qu’il donnerait tous les faits relatifs aux peintres et tous les jugements sur leurs ouvrages à Paul Jove, qui les mettrait en ordre, et leur donnerait les grâces du style. Mais quand il lut son travail à ses amis ils furent plus satisfaits de son style qu’ils ne s’y attendaient et trouvèrent que puisqu’il savait rendre sa pensée, il était plus à même que Paul Jove d’employer les termes de l’art d’une manière judicieuse. Il resta donc chargé de tout ce travail. En 1547, il le porta tout terminé à Rimini et pendant qu’il y peignait dans le couvent des Olivetains, le père Factani, abbé du monastère, corrigeait le manuscrit et le faisait transcrire par ses moines. Peu après l’ouvrage fut envoyé à Annibal Caro qui le trouva fort bien et qui seulement désira un peu plus de naturel dans le style. Ce défaut fut corrigé et ce livre célèbre parut enfin en 1550 à Florence en 2 vol. in-4°, sous le titre de Vies des Peintres, Sculpteurs et Architectes les plus illustres.

Mais Vasari, malgré les flots de louanges dont il inonda son livre, sentit le danger d’écrire une histoire presque contemporaine. Ce qui fait maintenant le mérite de son ouvrage, les anecdotes qu’on y trouve sur quelques peintres, blessèrent beaucoup d’amours-propres. Il entreprit une seconde édition de son histoire, adoucit tout ce qui pouvait offenser, entreprit un nouveau voyage en Italie, pour revoir les ouvrages qu’il jugeait, et enfin fit paraître cette seconde édition en 1568. On y trouve de très beaux morceaux de philosophie et de morale chrétienne que lui avaient fournis ses amis, mais aussi beaucoup d’erreurs de noms et de dates. Erreurs très excusables aux yeux de ceux qui connaissent par expérience, le vague de ce qu’on appelle la tradition, qui savent que le même nom en Italie change de prononciation et d’orthographe à chaque porte, mais qui ont produit des commentaires inexcusables, pleins d’un bavardage, d’une minutie et d’une partialité énormes. »

STENDHAL, Écoles de peinture italiennes (tome II). Paris, Le Divan, 1932.

[1] Les Vite de’ più eccellenti architetti, pittori, et scultori italiani (« Vies des plus illustres architectes, peintres et sculpteurs italiens »), constituent une source essentielle d’informations sur l’art et les artistes de la Renaissance italienne.