Giovanni ou Pietro da Rimini, « Fragment d’une Crucifixion »

Giovanni da Rimini (Rimini, documenté entre 1292 et 1338)) ou Pietro da Rimini (Rimini, … – 1345) attr.

Fragment d’une Crucifixion, début du XIVe s.

Fresque.

Inscriptions :

  • (sous l’image du crâne) : « O Adam sub pedibus te facit esse cibus [1]« Ô Adam, la nourriture sous tes pieds te fait être [comprendre : vivre] ». »

Provenance : In situ.

Villa Verucchio, Église de Santa Croce.

Ce fragment de fresque attribué à Giovanni da Rimini ou à Pietro da Rimini est réapparu en octobre 2023 sur une paroi de l’abside de l’église de Santa Croce, à Villa Verucchio. Il constituait à l’origine la partie basse d’une grande Crucifixion aujourd’hui perdue. Ce fragment représente un crâne humain dont l’image est accompagnée de plusieurs inscriptions latines, comme autant de fines lignes d’écriture. Initialement figuré au pied de la croix, ce crâne renversé semble avoir été oublié à même le sol, sur la terre rocailleuse du Golgotha que viennent irriguer, en se faufilant dans les interstices de la roche, de minces rigoles dont la couleur pâle évoque précisément celle du sang mêlé d’eau versé sous le coup venu de la lance du centurion [2]Seul l’Évangile selon Jean décrit, avec une cruelle précision, ce détail lors de l’agonie du Christ : « […] un des soldats lui transperça le côté avec une lance et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau. » (Jn 19, 31-34).. Après s’être écoulé le long du montant de la croix, le sang du Christ a prolongé plus profondément son parcours descendant avant de parvenir entre les mâchoires du mort, comme pour le nourrir et le ressusciter, ainsi que l’explicite la formule latine (« O Adam sub pedibus te facit esse cibus » [3]Voir note 1.), dont le texte semble l’écho du contenu christologique de la première épître de saint Paul aux Corinthiens [4]« Mais maintenant, Christ est ressuscité des morts, il est les prémices de ceux qui sont morts. Car, puisque la mort est venue par un homme, c’est aussi par un homme qu’est venue la résurrection des morts. Et comme tous meurent en Adam, de même aussi tous revivront en Christ, mais chacun en son rang. Christ comme prémices, puis ceux qui appartiennent à Christ, lors de son … Poursuivre. Dans sa remarquable concision, la formule tracée à même la surface picturale explicite ni plus ni moins que le sens eucharistique de la Crucifixion : au yeux des Chrétiens, la valeur salvatrice du sacrifice du Christ se vérifie à travers le sang répandu sub pedibus, sous ses pieds, en ayant le pouvoir d’atteindre les sombres demeures de l’au-delà souterrain, lieu où résident les morts, de libérer Adam en le ressuscitant et, outre celui qui fut l’ancêtre de l’humanité, chacun des individus qui en composent l’ensemble.

Notes

Notes
1 « Ô Adam, la nourriture sous tes pieds te fait être [comprendre : vivre] ».
2 Seul l’Évangile selon Jean décrit, avec une cruelle précision, ce détail lors de l’agonie du Christ : « […] un des soldats lui transperça le côté avec une lance et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau. » (Jn 19, 31-34).
3 Voir note 1.
4 « Mais maintenant, Christ est ressuscité des morts, il est les prémices de ceux qui sont morts. Car, puisque la mort est venue par un homme, c’est aussi par un homme qu’est venue la résurrection des morts. Et comme tous meurent en Adam, de même aussi tous revivront en Christ, mais chacun en son rang. Christ comme prémices, puis ceux qui appartiennent à Christ, lors de son avènement. Ensuite viendra la fin, quand il remettra le royaume à celui qui est Dieu et Père, après avoir détruit toute domination, toute autorité et toute puissance. Car il faut qu’il règne jusqu’à ce qu’il ait mis tous les ennemis sous ses pieds. Le dernier ennemi qui sera détruit, c’est la mort. Dieu, en effet, a tout mis sous ses pieds. » (I Cor 15, 20-26).

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