Apelle

Apelle de Cos, « connu essentiellement par des textes de Pline l’Ancien et de Lucien, […] se vit attribuer, à la Renaissance, une place d’honneur parmi les maîtres de l’art. Comment expliquer le paradoxe de cette fascination, purement intellectuelle, pour un peintre dont on ne possède plus aucun tableau ? Comprendre l’engouement pour la figure d’Apelle chez les humanistes et les artistes de la Renaissance, c’est s’interroger sur le peu de chose que l’on sait du plus grand peintre de la Grèce.

« La mosaïque d’anecdotes rapportées sur Apelle ne suffit pas en effet à composer une biographie : quelques pages de Pline, un texte de Lucien, des notations éparses chez Plutarque et les historiens d’Alexandre. D’autant que bon nombre des récits que rapporte Pline l’Ancien au livre XXXV de son Histoire naturelle [1]« Apelle avait de l’aménité dans les manières, ce qui le rendit particulièrement agréable à Alexandre le Grand : ce prince venait souvent dans l’atelier, et […] il avait défendu, par un décret, à tout autre artiste de le peindre. Un jour, dans l’atelier, Alexandre parlant beaucoup peinture sans s’y connaître, l’artiste l’engagea doucement au … Poursuivre, la plus importante de ces sources, correspondent à des lieux communs parfois attribués, par d’autres auteurs, à d’autres artistes, Zeuxis notamment. En traçant le portrait d’Apelle, c’est plutôt un catalogue des figures littéraires de l’’artiste’ que dresse Pline. C’est ainsi sans doute qu’il fut lu, plus que comme un document sur la carrière du peintre préféré d’Alexandre le Grand.

« Peu importe, dès lors, que le véritable peintre grec qui a porté le nom d’Apelle soit effectivement né à Cos en 332 avant J.-C., comme on le déduit de Pline et d’Ovide, ou à Colophon, comme l’affirme Suidas (Souda), qu’il ait été l’élève de son père, le peintre Pythéas d’Éphore à Éphèse ou de Pamphile d’Amphipolis. Synthèse des écoles de la Grèce, il allie la légèreté de l’école ionienne et l’esprit rigoureux des peintres de Sicyone [2]Sicyone : cité du Péloponnèse, à l’ouest de Corinthe. En ce sens, il incarne donc l’artiste complet. Archétype du peintre, il constitue à la Renaissance une figure d’autant plus efficace qu’il ne peut être assimilé à aucun motif plastique conservé, qu’il n’est réductible à aucun catalogue. Il occupe pour Pline, au Panthéon des peintres, la place du maître qui ‘surpasse les artistes présents et à venir’, topos rhétorique que Vasari devait appliquer à Michel-Ange. Dans les textes concernant Apelle, les humanistes trouvent ainsi la quasi-totalité du répertoire des figures qui servent à l’éloge d’un peintre. » [3]Adrien GOETZ, « APELLE (IVe s. av. J.-C.) », Encyclopedia Universalis.

Notes

Notes
1 « Apelle avait de l’aménité dans les manières, ce qui le rendit particulièrement agréable à Alexandre le Grand : ce prince venait souvent dans l’atelier, et […] il avait défendu, par un décret, à tout autre artiste de le peindre. Un jour, dans l’atelier, Alexandre parlant beaucoup peinture sans s’y connaître, l’artiste l’engagea doucement au silence, disant qu’il prêtait à rire aux garçons qui broyaient les couleurs ; tant ses talents l’autorisaient auprès d’un prince d’ailleurs irascible. 

« Au reste, Alexandre donna une marque très mémorable de la considération qu’il avait pour ce peintre : il l’avait chargé de peindre nue, par admiration de la beauté, la plus chérie de ses concubines, nommée Pancaste ; l’artiste à l’œuvre devint amoureux ; Alexandre, s’en étant aperçu, la lui donna: roi grand par le courage, plus grand encore par l’empire sur soi-même, et à qui une telle action ne fait pas moins d’honneur qu’une victoire ; en effet, il se vainquit lui-même. Non seulement il sacrifia en faveur de l’artiste ses plaisirs, mais encore ses affections, sans égard même pour les sentiments que dut éprouver sa favorite en passant des bras d’un roi dans ceux d’un peintre. Il en est qui pensent qu’elle lui servit de modèle pour la Vénus Anadyomène. » Pline l’AncienHistoire naturelle, XXXV, 36, 23-24 (trad. Émile Littré, Paris, Dubochet-Le Chevalier, 1850).

2 Sicyone : cité du Péloponnèse, à l’ouest de Corinthe
3 Adrien GOETZ, « APELLE (IVe s. av. J.-C.) », Encyclopedia Universalis.

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