Daniele da Volterra

Daniele Ricciarelli, plus connu sous le nom de Daniele da Volterra (Volterra, 1509 – Rome, 1566) : peintre et sculpteur florentin de la Renaissance tardive, connu notamment pour sa participation à l’œuvre de Michel-Ange, dont il fut l’élève et l’ami. Plusieurs des œuvres importantes de lui se basent sur des dessins de Michel-Ange.

Après la mort de celui-ci, et à l’issue du concile de Trente, c’est Daniele da Volterra qui, à la demande de Charles Borromée, fut chargé de dissimuler sous des repeints la nudité, dorénavant jugée obscène, des personnages du Jugement dernier [1]Cette tâche lui valu le surnom comique dont il fut affublé : Il Braghettone (littéralement : le « faiseur de culottes ».. L’intervention de l’artiste fut néanmoins relativement discrète : elle se limita à l’ajout de pans de tissus fluides sur certaines figures, en utilisant la technique de la tempéra à sec afin de ne pas affecter l’œuvre de manière irréparable [2]Cette intervention sauva le Jugement dernier de la fureur destructrice du clergé post-tridentin car beaucoup de ses membres auraient voulu détruire complètement l’un des héritages les plus significatifs de l’art universel.. Le travail pudibond imposé à Daniele fut interrompu à la mort de Pie IV [3]Giovanni Angelo Medici di Marignano (Milan, 1499 – Rome, 1565) : pape de 1559 à 1565 sous le nom de Pie IV (Pio IV). Son nom est associé à la clôture du concile de Trente, à l’occasion duquel il publie une première bulle, Benedictus Deus, le 26 janvier 1564, afin de confirmer l’œuvre du concile, appelant notamment les autorités temporelles à en appliquer les canons. … Poursuivre, l’échafaudage utilisé pour effectuer cette tâche ayant été retiré à la hâte en vue de préparer l’élection du nouveau pape. Cependant, les deux figures de saint Blaise et sainte Catherine d’Alexandrie étaient au centre des critiques les plus scandalisées de l’époque en raison de leur attitude relative [4]Représentée au jour du Jugement dernier, sainte Catherine était peinte dans sa nudité biblique, tout comme saint Blaise, que l’on pouvait voir accroupi derrière elle, dans une attitude à travers laquelle certains voulurent voir une relation obscène, pour tout dire, une scène de copulation., laquelle, pour la tartuferie ambiante, pouvait évoquer un acte de copulation. Une lettre du père Gian Andrea Gilio [5]Giovanni Andrea Gilio (Fabriano, … – 1584) : prêtre actif au cours de la seconde moitié du XVIe siècle. On se souvient de lui pour son œuvre littéraire, en particulier pour l’ouvrage Due Dialogi. Rédigé peu après la fin du concile de Trente, l’année de la mort de Michel-Ange, cet ouvrage est l’un des premiers traités d’histoire de l’art à refléter … Poursuivre adressée au pape Paul III [6]Alessandro Farnese (Canino, 1468 – Rome, 1549) : créé cardinal par Alexandre VI Borgia en 1493, il est élu pape le 13 octobre 1534 sous le nom de Paul III. Il initie la Contre-Réforme avec le concile de Trente qu’il convoque en 1545. Son pontificat connaît les premières guerres de Religion avec les campagnes militaires de l’empereur Charles Quint contre les … Poursuivre permet de comprendre le ton des commentaires les concernant : « Per meglio fare le persone ridere, l’ha fatta chinare [santa Caterina] dinanzi a san Biagio con atto poco onesto, il quale, standole sopra coi pettini, par che gli minacci che stia fissa, et ella si rivolta a lui in guisa che dice ”che farai?” o simil cosa. » [7]« Pour mieux faire rire les gens, il [Michel-Ange] la fit [sainte Catherine] se pencher devant saint Blaise dans une attitude peu honnête, lequel Blaise, se tenant au-dessus d’elle avec ses peignes, semble la menacer en la regardant fixement, et elle se tourne vers lui de manière à dire ‘que vas-tu faire ?’ ou quelque chose de semblable. » Le couple de figures fut traité différemment lors de cette intervention par ailleurs relativement respectueuse de l’œuvre de Michel-Ange. Pour couper court aux interprétations sulfureuses, il ne suffit pourtant pas de recouvrir ces deux nus de vêtements, il fallait encore modifier la position des personnages. Aussi, l’intonaco fut refait en différents endroits pour permettre de repeindre à fresque la sainte vêtue d’une robe (sa tête, ses bras ainsi que l’énorme roue de son martyre furent épargnés), et de rhabiller saint Blaise, que l’on ne voit dorénavant plus penché vers Catherine, comme on peut le voir dans la copie du Jugement dernier peinte par Marcello Venusti [8]Marcello Venusti, Copia del Giudizio universale di Michelangelo, 1549. Naples, Museo nazionale di Capodimonte., mais tournant très dévotement son regard vers le Christ Juge.

Notes

Notes
1 Cette tâche lui valu le surnom comique dont il fut affublé : Il Braghettone (littéralement : le « faiseur de culottes ».
2 Cette intervention sauva le Jugement dernier de la fureur destructrice du clergé post-tridentin car beaucoup de ses membres auraient voulu détruire complètement l’un des héritages les plus significatifs de l’art universel.
3 Giovanni Angelo Medici di Marignano (Milan, 1499 – Rome, 1565) : pape de 1559 à 1565 sous le nom de Pie IV (Pio IV). Son nom est associé à la clôture du concile de Trente, à l’occasion duquel il publie une première bulle, Benedictus Deus, le 26 janvier 1564, afin de confirmer l’œuvre du concile, appelant notamment les autorités temporelles à en appliquer les canons. Celle-ci est suivie par la bulle Injunctum nobis du 13 novembre 1564, qui impose désormais la Professio fidei tridentina (« profession de foi tridentine ») à tous les clercs, supérieurs d’ordre et professeurs d’université.
4 Représentée au jour du Jugement dernier, sainte Catherine était peinte dans sa nudité biblique, tout comme saint Blaise, que l’on pouvait voir accroupi derrière elle, dans une attitude à travers laquelle certains voulurent voir une relation obscène, pour tout dire, une scène de copulation.
5 Giovanni Andrea Gilio (Fabriano, … – 1584) : prêtre actif au cours de la seconde moitié du XVIe siècle. On se souvient de lui pour son œuvre littéraire, en particulier pour l’ouvrage Due Dialogi. Rédigé peu après la fin du concile de Trente, l’année de la mort de Michel-Ange, cet ouvrage est l’un des premiers traités d’histoire de l’art à refléter véritablement l’esprit du Concile sur ce point.
L’attention particulière que les érudits portaient aux détails des peintures religieuses transparaît dans les propos de l’auteur au sujet du Jugement dernier de Michel-Ange. Non seulement Gilio reconnaît le mérite de Michel-Ange, mais il le loue avec enthousiasme. Michel-Ange, écrit-il, a rendu à la peinture sa gloire d’antan. Quant au Jugement, « il a démontré ce dont l’art est capable ». Il admet par ailleurs que, selon des critères purement artistiques, Michel-Ange est incomparable. Toutefois, Gilio va plus loin en introduisant un critère supérieur qui, selon lui, met l’artiste en défaut : celui-ci y a peint des anges sans ailes ; on y voit aussi des figures dont les vêtements sont agités par le vent, alors que le jour du Jugement est celui où, selon les Écritures, vents et tempêtes cesseront. Les anges sonnant de la trompette sont tous rassemblés, alors qu’il est écrit qu’ils furent envoyés aux quatre coins de la terre. Parmi les morts qui sortent de terre, on trouve des squelettes mêlés à des corps charnels, alors que la Bible stipule que la Résurrection générale se produira instantanément. Gilio reproche également au peintre d’avoir représenté le Christ debout plutôt qu’assis sur son trône de gloire. L’un des interlocuteurs de Gilio justifie le choix de Michel-Ange par une interprétation symbolique, mais sa défense s’écarte du propos principal, résumé dans une phrase qui cristallise le sens même du dialogue : « On pourrait accepter votre avis si l’on souhaitait donner une portée allégorique et mystique au texte évangélique ; mais il convient de privilégier le sens littéral chaque fois que cela est possible, en s’attachant autant que faire se peut à la lettre du texte. » E. Steinmann, Rudolf Wittkower, Michelangelo-Bibliographie, Leipzig, 1927, n. 827 ; P. Barocchi (ed.), Scritti d’arte del Cinquecento, Turin, 1978, IV, pp. 425-428 ; Federico ZERI, Pitturae Controriforma, Turin, 1979, pp. 30-32.
6 Alessandro Farnese (Canino, 1468 – Rome, 1549) : créé cardinal par Alexandre VI Borgia en 1493, il est élu pape le 13 octobre 1534 sous le nom de Paul III. Il initie la Contre-Réforme avec le concile de Trente qu’il convoque en 1545. Son pontificat connaît les premières guerres de Religion avec les campagnes militaires de l’empereur Charles Quint contre les protestants en Allemagne. Paul III est un mécène important d’artistes parmi lesquels, en premier lieu, Michel-Ange. C’est sur des plans conçus par ce dernier qu’il fit construire à Rome le Palazzo Farnese, l’un des plus beaux de la ville, devenu siège de l’ambassade de France en Italie depuis le règne de Louis XIV.
7 « Pour mieux faire rire les gens, il [Michel-Ange] la fit [sainte Catherine] se pencher devant saint Blaise dans une attitude peu honnête, lequel Blaise, se tenant au-dessus d’elle avec ses peignes, semble la menacer en la regardant fixement, et elle se tourne vers lui de manière à dire ‘que vas-tu faire ?’ ou quelque chose de semblable. »
8 Marcello Venusti, Copia del Giudizio universale di Michelangelo, 1549. Naples, Museo nazionale di Capodimonte.

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