Le 7 avril 1167, dans le monastère bénédictin de Pontida, près de Bergame, les ambassadeurs de cinq villes du nord de l’Italie prêtèrent, selon la tradition, le serment de combattre ensemble le pouvoir grandissant de l’empereur Frédéric Ier de Hohenstaffen, dit Barberousse. Cette date marque la naissance de l’alliance militaire que fut la première Ligue Lombarde. [1]Selon la tradition, les municipalités fondatrices de la Ligue Lombarde furent Milan, Lodi, Ferrare, Piacenza et Parme. Une quinzaine d’années plus tôt, les luttes entre les Communes avaient fourni à Frédéric Barberousse un prétexte pour descendre avec ses armées en Italie et tenter d’en prendre le contrôle. L’empereur franchit alors les Alpes à plusieurs reprises, en 1154, puis en 1158, de nouveau en 1163 et, enfin, en 1166. À chaque fois, il se montra plus agressif envers l’autonomie accordée aux Communes par ses prédécesseurs. Cet état de fait dura jusqu’à ce que les Municipalités elles-mêmes comprennent qu’il valait mieux mettre de côté les intérêts locaux et les anciennes rivalités, pour s’allier contre un empereur désormais perçu comme un ennemi.
Le serment de Pontida n’apparaît pas dans les documents de l’époque. Il n’est mentionné pour la première fois qu’en 1505, trois siècles et demi après la date traditionnelle du 7 avril 1167. [2]Giorgio D’ILARIO, Egidio GIANAZZA, Augusto MARINONI (dir.), Legnano e la battaglia, Legnano, Edizioni Landoni, 1976, pp. 53-54.. C’est cette mention tardive qui justifie le doute observé chez les historiens.
Certaines sources contemporaines mentionnent le fait que les communes de la Ligue lombarde signèrent plusieurs pactes pour contrer l’hégémonie de Barberousse en s’entraidant. La plupart de ces écrits évoquent l’événement de manière assez vague, sans en décrire les détails : ni les lieux ni les dates précises de la signature des pactes d’alliance ne sont mentionnées [3]Giorgio D’ILARIO, Egidio GIANAZZA, Augusto MARINONI (dir.), Legnano e la battaglia, op. cit., p. 53. Dans la Cronaca Piacentina, à propos de l’accord conclu pour la reconstruction de Milan [4]Après le siège de Milan survenu entre le 30 mai 1161 et le 28 février 1162, qui vit s’opposer l’armée de l’empereur Frédéric Barberousse et les milices de la Commune, ce dernier, pressé par les villes lombardes qui lui étaient alliées, décida de raser la ville jusqu’au sol. Le 26 mars, Barberousse, nouveau Néron, se rendit à Milan pour assister à l’incendie et au … Poursuivre, on peut lire : « […] L’an du Seigneur 1167. Toutes les villes de la Lombardie et de la Marche [d’Ancône], excepté Pavie, sont convenues de reconstruire Milan, qui avait été détruite par l’empereur Frédéric. […] » [5]« […] Anno Domini 1167. Omnes civitates Lombardie et Marchie iuraverunt concorditer rehedificare Medionalum destructum a Federico imperatore, excepta Papia. » Cronaca Piacentina, citée dans Giorgio D’ILARIO, Egidio GIANAZZA, Augusto MARINONI (dir.), Legnano e la battaglia, op. cit., p. 56.
Les sources historiques les plus précises de l’époque font état d’au moins trois serments entre les communes de la Ligue lombarde : le premier, signé entre fin février et début mars 1167 entre Bergame, Brescia, Crémone et Mantoue, et connu sous le nom de « serment des Bergamasques » ; le second, également signé par Milan en mars 1167, qui réunissait les quatre villes du serment précédemment mentionné ; le troisième, également signé par Lodi en mai de la même année, qui fait partie de la coalition formée par Bergame, Brescia, Crémone, Mantoue et Milan. [6]Ibid. p. 54.
Étant donné donné qu’au moins deux serments antérieurs sont cités dans les documents historiques, on peut considérer que le serment de Pontida, même s’il a effectivement été signé à la date du 7 avril 1167, ne fut pas historiquement le pacte instituant la Ligue Lombarde.
Notes
| 1↑ | Selon la tradition, les municipalités fondatrices de la Ligue Lombarde furent Milan, Lodi, Ferrare, Piacenza et Parme. |
|---|---|
| 2↑ | Giorgio D’ILARIO, Egidio GIANAZZA, Augusto MARINONI (dir.), Legnano e la battaglia, Legnano, Edizioni Landoni, 1976, pp. 53-54. |
| 3↑ | Giorgio D’ILARIO, Egidio GIANAZZA, Augusto MARINONI (dir.), Legnano e la battaglia, op. cit., p. 53. |
| 4↑ | Après le siège de Milan survenu entre le 30 mai 1161 et le 28 février 1162, qui vit s’opposer l’armée de l’empereur Frédéric Barberousse et les milices de la Commune, ce dernier, pressé par les villes lombardes qui lui étaient alliées, décida de raser la ville jusqu’au sol. Le 26 mars, Barberousse, nouveau Néron, se rendit à Milan pour assister à l’incendie et au saccage de la ville, exécuté avec ordre et précision par les soldats des villes rivales : les habitants de Crémone détruisirent le quartier de Porta Romana, les habitants de Lodi celui de Porta Orientale, les habitants de Pavie celui de Porta Ticinese, les habitants de Côme celui de Porta Comacina, les habitants de Novare celui de Porta Vercellina, tandis que Porta Nuova fut dévastée par les partisans du comte de Seprio et de Martesana. Seuls les lieux sacrés ont été épargnés par la destruction. ((Giorgio Giulini, Memorie spettanti alla storia, al governo e alla descrizione della città e campagna di Milano ne’ secoli bassi, vol. 3, Milan, 1854, pp. 592-597. |
| 5↑ | « […] Anno Domini 1167. Omnes civitates Lombardie et Marchie iuraverunt concorditer rehedificare Medionalum destructum a Federico imperatore, excepta Papia. » Cronaca Piacentina, citée dans Giorgio D’ILARIO, Egidio GIANAZZA, Augusto MARINONI (dir.), Legnano e la battaglia, op. cit., p. 56. |
| 6↑ | Ibid. p. 54. |
