D’après Praxitèle, « Apollon Sauroctone »

D’après Praxitèle (v. 395 av. J.-C. – v. 326 av. J.-C.)

Apollon sauroctone [1]Sauroctone : « tueur de lézards »., copie romaine (2e quart Ie s. ap. J.-C.) d’après un original grec du IVe s. av. J.-C.

Marbre, h. 250 cm.

Provenance :

Paris, Musée du Louvre, Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines.

L’Apollon « tueur de lézard » est sans doute le type statuaire attribué à Praxitèle le mieux connu par les sources littéraires et numismatiques après l’Aphrodite de Cnide [2]Une vingtaine de répliques romaines en marbre et en bronze, parmi lesquelles celles de Paris et d’Olympie. . Son sujet singulier permet une identification et une attribution à Praxitèle assurées, même si sa signification, sa fonction et sa localisation originelle nous restent inconnues. « La description par Pline de la statue de Praxitèle [est] plus explicite qu’à l’habitude (« Fecit et pubertem Apollinem subrepenti lacertæ cominus sagitta insidiantem, quem sauroctonon vocant. » [3]Pline, Histoire naturelle (XXXIV, 69-70. « [Praxitèle a réalisé en bronze] un Apollon dans l’âge de la puberté qui, une flèche à la main, guette un lézard rampant vers lui : on l’appelle le sauroctone ». (*) (*) Trad. d’après Marion Muller-Dufeu, La Sculpture grecque. Sources littéraires et épigraphiques, Paris, Éditions de l’École nationale supérieure des … Poursuivre), mais elle suscita beaucoup de controverses. Winckelmann prétendait que « puberem » (adulte) devait être une erreur pour « impuberem » [4]Johann Joachim Winckelmann, éd Fea, Histoire de l’art chez les anciens : avec des notes historiques et critiques de différens auteurs, II, Paris, Chez Gide, Libraire, Quai Malaquais, N. 1920, près la rue des Sts Pères, 1793-1794, pp. 222-224.. Plus importante, la question de savoir si la phrase « quem sauroctonon vocant » s’appliquait à la statue ou au dieu lui-même. La première hypothèse, qui paraissait confirmée par une amusante épigramme de Martial [5]« Épargnez le lézard, garçon traître, qui rampe vers vous ; il désire périr de vos mains. » MARTIAL, Épigrammes, XIV, 172., suggérait que l’œuvre n’était qu’une fantaisie légère. » [6]Francis HASKELL et Nicholas PENNY, Taste and the Antique. The Lure of Classical Sculpture, 1500–1900, 1981 (trad. François Lissarague, Pour l’amour de l’antique. La Statuaire gréco-romaine et le goût européen, Paris, Hachette, coll. « Bibliothèque d’archéologie », 1988, n. 79, p. 177-179.

La figure masculine debout, nue, jeune s’intéresse à un lézard grimpant sur un arbre. Fortement hanché, le buste basculant vers la gauche, le bras gauche dressé vers l’avant, Apollon s’appuie contre l’arbre tandis que son geste le fait pivoter. L’agencement de sa coiffure est très sophistiqué.

Plusieurs controverses agitent la communauté scientifique : s’agit-il d’un adolescent (selon les propos de Pline) ou d’un enfant (selon le poète Martial). D’autre part, deux types semblent se distinguer, l’un où l’Apollon est situé à proximité du tronc comme dans le modèle du Vatican, l’autre où il en est plus éloigné comme dans celui du Louvre : si l’on se base sur les monnaies, le type original serait celui du Louvre ; en revanche, l’appui nécessaire à la stabilité de l’œuvre désigne le modèle du Vatican proche du tronc comme le plus ancien. Si l’on confronte tous les types de l’Apollon Sauroctone, il en résulte que les auteurs des répliques ont peu à peu mêlé le type statuaire du Sauroctone avec ceux des Erotes (Eros) praxitéliens avec de nombreuses variantes dans la représentation du lézard lui-même, sans que prédomine un schéma particulier.

Le contexte de la création est encore plus obscur : pour qui et pour où cette œuvre fut-elle créée ? L’origine des monnaies ne nous renseigne guère : sur celles d’Apollonia en Mysie, l’Apollon qui figure n’est pas un sauroctone ; pour celles de Nicopolis, il faut savoir que la ville a été fondée beaucoup plus tard sous Trajan. L’iconographie même du tueur de lézard associée à Apollon n’est attestée dans aucun texte ce qui n’empêche pas les interprétations les plus fantaisistes.

Le rajeunissement des types divins et l’ambiguïté sexuelle seraient caractéristiques de Praxitèle et de son temps. Cet Apollon serait l’écho masculin des recherches du maître athénien sur la nudité des corps comme l’est la Vénus de Cnide pour le type féminin, entre la fidélité au type polyclétéen du Satyre verseur (v. 370) et la figure plus souple en appui de l’Hermès d’Olympie (v. 340).

Réplique du type de l’« Apollon Sauroctone ». Rome, Musées du Vatican.
« Satyre verseur », copie Borghèse. Musée du Louvre.
« Hermès portant Dionysos enfant » ou « Hermès d’Olympie ». Olympie, Musée archéologique.

Certains auteurs ont rejeté son attribution à Praxitèle et parlent même d’un pastiche d’œuvre grecque créé pour la clientèle romaine du Ier siècle avant J.-C. par un certain Pasitélès. Cependant une telle création paraît possible au IVe siècle : des reliefs votifs attestent que les sculpteurs grecs étudiaient des attitudes équivalentes, intégrant des arbres dans leur composition ; la vision privilégiée de face, le goût des contours clairs et la composition fermée, … tout ceci rend plausible une attribution à Praxitèle. [7]Alain Pasquier et Jean-Luc Martinez (dir.), Praxitèle (cat. d’exp., Paris, Musée du Louvre, 23 mars-18 juin 2007), Paris, Musée du Louvre – Somogy Editions d’Art, coll. « catalogue », 2007, pp. 130-201 : Alain Pasquier, « Les Aphrodites de Praxitèle. »

Notes

Notes
1 Sauroctone : « tueur de lézards ».
2 Une vingtaine de répliques romaines en marbre et en bronze, parmi lesquelles celles de Paris et d’Olympie.
3 Pline, Histoire naturelle (XXXIV, 69-70. « [Praxitèle a réalisé en bronze] un Apollon dans l’âge de la puberté qui, une flèche à la main, guette un lézard rampant vers lui : on l’appelle le sauroctone ». (*)

(*) Trad. d’après Marion Muller-DufeuLa Sculpture grecque. Sources littéraires et épigraphiques, Paris, Éditions de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts, coll. « Beaux-Arts histoire », 2002, n. 1406, p. 487.
4 Johann Joachim Winckelmann, éd Fea, Histoire de l’art chez les anciens : avec des notes historiques et critiques de différens auteurs, II, Paris, Chez Gide, Libraire, Quai Malaquais, N. 1920, près la rue des Sts Pères, 1793-1794, pp. 222-224.
5 « Épargnez le lézard, garçon traître, qui rampe vers vous ; il désire périr de vos mains. » MARTIAL, Épigrammes, XIV, 172.
6 Francis HASKELL et Nicholas PENNY, Taste and the Antique. The Lure of Classical Sculpture, 1500–1900, 1981 (trad. François Lissarague, Pour l’amour de l’antique. La Statuaire gréco-romaine et le goût européen, Paris, Hachette, coll. « Bibliothèque d’archéologie », 1988, n. 79, p. 177-179.
7 Alain Pasquier et Jean-Luc Martinez (dir.), Praxitèle (cat. d’exp., Paris, Musée du Louvre, 23 mars-18 juin 2007), Paris, Musée du Louvre – Somogy Editions d’Art, coll. « catalogue », 2007, pp. 130-201 : Alain Pasquier, « Les Aphrodites de Praxitèle. »

En savoir plus sur Guide artistique de la Province de Sienne

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture