« Mos Teutonicus »

La première référence à la mos Teutonicus, ou « coutume teutone », se trouve chez le chroniqueur Boncompagno da Signa [1]Boncompagno da Signa (Signa [Toscane], v. 1170 – Florence, ap. 1240) : maître de rhétorique (ars dictaminis) à l’Université de Bologne, puis à l’Université de Padoue. Au début du XIIIe siècle, il est l’un des premiers auteurs d’Europe occidentale à écrire en italien, sa langue vernaculaire. Il passe sa carrière à voyager … Poursuivre au début du XIIIe siècle. Elle qualifie une pratique couramment utilisée lors des croisades par les chevaliers germaniques, jugée plus adaptée que l’embaumement pour rapatrier le corps des défunts sur de longues distances. [2]Les chevaliers voulaient être enterrés dans leur patrie et non en territoire musulman. La mort de croisés en terre infidèle posant la question du traitement des corps, « deux pratiques eurent cours pour séparer les ossements, destinés à être transportés, des parties périssables, ensevelies en revanche à proximité du lieu de décès. Dans certains cas, le cadavre était immédiatement ébouillanté : cette pratique est bien documentée, notamment à travers les interdictions canoniques dont elle fut l’objet (qui restèrent apparemment sans grand effet [3]Voir la « fameuse décrétale de Boniface VII, Detestande feritatis, qui donne également une description du processus ». (*)

(*) Haude MORVAN. Sous les pas des frères, Paris-Rome, Publications de l’École française de Rome, 2021, « Chapitre 1. Hic habetis hospicium in eternum. Les sépultures à l’épreuve du temps. », pp. 9-34, note 48.
), mais aussi par la description qu’en fit Boncompagno da Signa dans le premier quart du XIIIe siècle, qualifiant celle-ci de coutume ‘germanique’ [4]La transcription, ci-après, du passage sur la coutume consistant à séparer le cadavre en l’ébouillantant est basée sur le manuscrit du Boncompagnus (*) conservé au Vatican (Archivio del Capitolo di San Pietro, H.13, fol. 45r) : Teutonici autem eviscerant corpora excellentium virorum, qui moriuntur in provinciis alienis, et reliqua membra tamdiu faciunt in caldariis decoqui, … Poursuivre. Dans certains cas, le cadavre était enterré provisoirement en attendant l’accomplissement naturel du processus de décomposition.  La technique qualifiée de mos Teutonicus ne se développe réellement, en France, qu’à partir de la mort de Louis IX, survenue à Carthage le 25 août 1270, des suites de la dysenterie. [5]Selon la coutume française, le corps du roi, dut alors être rapatrié jusqu’à la basilique Saint-Denis, près de Paris, pour y être inhumé.

Notes

Notes
1 Boncompagno da Signa (Signa [Toscane], v. 1170 – Florence, ap. 1240) : maître de rhétorique (ars dictaminis) à l’Université de Bologne, puis à l’Université de Padoue. Au début du XIIIe siècle, il est l’un des premiers auteurs d’Europe occidentale à écrire en italien, sa langue vernaculaire. Il passe sa carrière à voyager entre Ancône, Venise et Bologne, et s’est également rendu en France, en Allemagne et à Jérusalem. « Les œuvres de Boncompagno da Signa sont intéressantes pour leur style particulier et personnel, ainsi que pour la richesse des anecdotes rapportées et les nombreuses allusions à des personnages et des faits contemporains. » (*) 

(*) « Boncompagno da Signa », Enciclopedia Treccani, en ligne sur treccani.it

2 Les chevaliers voulaient être enterrés dans leur patrie et non en territoire musulman.
3 Voir la « fameuse décrétale de Boniface VII, Detestande feritatis, qui donne également une description du processus ». (*)

(*) Haude MORVAN. Sous les pas des frères, Paris-Rome, Publications de l’École française de Rome, 2021, « Chapitre 1. Hic habetis hospicium in eternum. Les sépultures à l’épreuve du temps. », pp. 9-34, note 48.

4 La transcription, ci-après, du passage sur la coutume consistant à séparer le cadavre en l’ébouillantant est basée sur le manuscrit du Boncompagnus (*) conservé au Vatican (Archivio del Capitolo di San Pietro, H.13, fol. 45r) : Teutonici autem eviscerant corpora excellentium virorum, qui moriuntur in provinciis alienis, et reliqua membra tamdiu faciunt in caldariis decoqui, donec tota caro, nervi et cartilagines ab ossibus separantur, et postmodum eadem ossa, in odorifero vino lota et aspersa pigmentis, ad patriam suam deportant. (« Les Teutons aussi éviscèrent les corps des personnes les plus importantes, mortes dans des provinces étrangères, et ils font cuire tous les membres dans des chaudières assez longtemps pour que toute la chair, les nerfs et les cartilages se séparent des os, et ensuite ces mêmes os, lavés dans du vin aromatique et aspergés de pigments, sont rapportés dans sa patrie. » (**)

(*) Le Boncompagnus ou Rhetorica antiqua est une œuvre en six parties de Boncompagno da Signa qui fut couronnée de laurier à Bologne en 1215.
(**) Haude MORVAN, op. cit, pp. 9-34.

5 Selon la coutume française, le corps du roi, dut alors être rapatrié jusqu’à la basilique Saint-Denis, près de Paris, pour y être inhumé.

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