Domenico Beccafumi, « Ratto di Europa »

Domenico Beccafumi (Valdibiena [Montaperti (Sovicille)], entre 1484 et 1486 – Sienne, 1551)

Ratto di Europa (Le rapt d’Europe), v. 1520-1525. 

Huile sur toile, 80 x 193 cm.

Provenance : auparavant Collection Guarini del Taja, Sienne.

Localisation inconnue.

Le thème du Rapt d’Europe, emprunté à la mythologie grecque, est rare à Sienne. Selon la plupart des récits, Europe est la fille des souverains de Tyr en Phénicie, l’actuel Liban. D’une grande beauté, elle est convoitée par Zeus. Ovide raconte que le roi des dieux se travestit en taureau blanc pour l’approcher sur une plage où elle a l’habitude de jouer avec des amies [1]« Son père l’attire à l’écart et, sans lui avouer l’objet de son amour : « Fidèle ministre de mes ordres, mon fils », dit-il, « sans t’attarder, redescends vite à ton allure coutumière ; cette terre, vers la gauche, qui lève ses regards vers ta mère, – les gens du lieu l’appellent le pays de Sidon -, va vers elle, et conduis près du bord de la mer … Poursuivre). Quand Europe s’approche pour le caresser le taureau se couche, l’invitant à monter sur son dos. C’est ainsi que Zeus kidnappe Europe et s’enfuit en traversant la mer jusqu’en Crète.

Considérée comme autographe par Sanminiatelli [2]Donato SANMINIATELLI, Domenico Beccafumi, Milan, Bramante Editrice, 1967, p. 76, n. 3., l’œuvre révèle aujourd’hui aux yeux des spécialistes une autre main que celle de Beccafumi qui demeure à identifier. Le fait qu’elle n’ait pas été retenue pour la grande exposition monographique de 1990 (Sienne, Santa Maria della Scala et église de sant’Agostino) « confirme l’erreur d’atttibution de Sanminiatelli » [3]Piero TORRITI, Beccafumi. L’opera completa, Milan, Electa, 1998, p. 355, n. A21..

Notes

Notes
1 « Son père l’attire à l’écart et, sans lui avouer l’objet de son amour : « Fidèle ministre de mes ordres, mon fils », dit-il, « sans t’attarder, redescends vite à ton allure coutumière ; cette terre, vers la gauche, qui lève ses regards vers ta mère, – les gens du lieu l’appellent le pays de Sidon -, va vers elle, et conduis près du bord de la mer le troupeau royal que tu vois paître au loin l’herbe de la montagne. » Il dit, et déjà les bêtes chassées de la montagne, selon les ordres, gagnent le rivage, où la fille du grand roi avait l’habitude de venir jouer avec ses jeunes compagnes Tyriennes. La majesté et l’amour ne s’accordent guère, et n’habitent pas le même lieu. Après avoir abandonné son noble sceptre, l’illustre père et maître des dieux, à la droite armée de la foudre à triple pointe, et qui d’un signe de tête ébranle le monde, revêt l’apparence d’un taureau, et, mêlé aux génisses, mugit et se promène, magnifique, dans l’herbe tendre. Oui, il a la blancheur de la neige qui n’a pas été piétinée par des pieds aux pas lourds et que n’a pas fondue l’humide Auster. Les muscles de son cou ressortent, son fanon pend sur ses épaules ; ses cornes sont petites, certes, mais on pourrait dire qu’elles sont façonnées à la main et plus diaphanes qu’une perle pure. Son front n’est pas menaçant, et son regard pas redoutable ; sa face respire la paix. La fille d’Agénor est pleine d’admiration, parce qu’il est si beau, parce qu’il n’est ni menaçant ni combatif. Mais, si doux soit-il, elle craint tout d’abord de le toucher. Bientôt elle s’en approche et tend des fleurs vers son mufle éclatant. L’amant s’en réjouit, et, en attendant que vienne le plaisir espéré, il lui baise les mains ; il a du mal déjà, du mal à différer le reste. Tantôt il joue et bondit dans l’herbe verdoyante, tantôt laisse son flanc de neige reposer sur le sable jaune. Quand la crainte peu à peu a disparu, il offre à la jeune fille sa poitrine à caresser ou ses cornes à entraver de fraîches guirlandes. La jeune princesse, ignorant sur qui elle s’appuyait, osa même s’installer sur le dos du taureau. Alors, insensiblement, le dieu s’éloigne de la terre ferme et du rivage, posant ses pas dans les ondes du bord, en une marche trompeuse, puis il s’éloigne davantage, emportant sa proie au large des mers. La fille est épouvantée et, emportée, elle regarde derrière elle le rivage délaissé ; de sa main droite elle tient une corne de l’animal, et pose l’autre sur son dos ; son vêtement s’agite et ondule au vent. »
OVIDE, Métamorphoses, II, 836-865.
2 Donato SANMINIATELLI, Domenico Beccafumi, Milan, Bramante Editrice, 1967, p. 76, n. 3.
3 Piero TORRITI, Beccafumi. L’opera completa, Milan, Electa, 1998, p. 355, n. A21.

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