L’historien Simon Claude Mimouni [1]Simon Claude Mimouni (né à Bône [Algérie], en 1949) : historien, spécialiste de l’histoire du judaïsme et du christianisme dans l’Antiquité. Il est directeur d’études émérite à la section des Sciences religieuses de l’École pratique des hautes études (Paris). pose la question de la fratrie de Jésus-Christ dans des termes en apparence parfaitement clairs : « L’existence de frères et sœurs de Jésus est explicitement affirmée dans la documentation canonique comme dans la documentation apocryphe. Il en est aussi question dans la documentation patristique » [2]Simon Claude MIMOUNI, « Les traditions patristiques sur la famille de Jésus : Retour sur un problème doctrinal du IVe siècle », Studia Patristica, LXIII (2013), p. 209., tout en tempérant rapidement l’évidence : « Observons toutefois que les passages de Lc 2, 7 et de Mt 1, 24-25 ne sont cependant pas décisifs pour apporter la preuve de l’existence de frères et sœurs biologiques de Jésus : les évangélistes y veulent surtout préserver la conception et la naissance virginales de Jésus, la nature des relations entre Marie et Joseph après la naissance de Jésus ne paraissant guère les intéresser. Toutefois, si l’on considère ces passages dans le contexte de l’utilisation répétée du mot « frère » et de l’association constante de ces derniers avec la mère de Jésus, on peut penser que les évangélistes n’ont rien tenté pour dissuader leurs lecteurs de croire à l’existence de frères et de sœurs de Jésus. Ainsi, pour Luc et Matthieu, la charge de la preuve reste du côté de ceux qui nient l’interprétation première des textes : ce que ne manqueront pas d’ailleurs de faire les auteurs chrétiens postérieurs. » [3]Simon C. MIMOUNI, « Les traditions patristiques sur la famille de Jésus : Retour sur un problème doctrinal du IVe siècle », op. cit., p. 210.
De fait, les Évangiles évoquent à diverses reprises les « frères » de Jésus et donnent également leurs noms : Jacques [4]L’historien juif Flavius Josèphe, vers la fin du Ier siècle de notre ère, mentionne également « le frère de Jésus, appelé Christ, dont le nom était Jacques » (Antiquités, XX, 200), et nous apprend en outre que le grand prêtre de Jérusalem a fait comparaître ce Jacques devant le sanhédrin, qui l’a condamné à mort., Joset [5]Joseph (du grec Ἰωσὴφ chez Matthieu), nommé Ἰωσῆτος (Joset), dans l’évangile selon Marc, est cité parmi les frères de Jésus dans plusieurs passages des Évangiles (Mt 13, 56 ; Mc 6, 3)., Jude [6]Jude ou Judas (Ἰούδα) figure également dans le Nouveau Testament comme l’un des quatre « frères » de Jésus dont les noms sont donnés. Il est mentionné avec trois autres « frères » dans les évangiles selon Matthieu (Mt 13,55) et selon Marc (Mc 6,3). La tradition chrétienne considère Jude comme … Poursuivre, et Simon (ou Siméon [7]Simon (en grec ancien : Σίμων, Símōn) est l’un des frères de Jésus cités dans l’Évangile selon Marc (Mc 6,3) et selon Matthieu (Mt 13,55), au même titre que Jacques, Joset et Jude.), ainsi que des « sœurs », qui ne sont pas nommées [8]Mc 6, 3 ; Mt 13, 56.. Le débat exégétique demeure ouvert chez les chrétiens quant à la nature de cette fraternité. notamment du fait des divergences au sujet des liens de parenté entre les « frères du Seigneur » et Jésus. En effet, la tradition catholique estime qu’ils sont des cousins germains de Jésus, les orthodoxes des demi-frères issus d’un précédent mariage de Joseph, et les protestants y voient en général des frères au sens biologique.
Le Protévangile de Jacques, apocryphe datant de 150 après J.-C., et source influente pour la doctrine chrétienne concernant Marie, mentionne la virginité de cette dernière non seulement avant la naissance de Jésus, mais pendant et après la naissance. Il mentionne que Joseph était veuf, avec des enfants, au moment où Marie est confiée à ses soins et fait également référence au fait que les « frères de Jésus » seraient les fils de Joseph par un mariage antérieur.
Origène, dans son Commentaire sur saint Matthieu (vers l’an 248), mentionne expressément la croyance en la virginité perpétuelle de Marie. Comme le souligne Luigi Gambero, « Non seulement Origène n’a aucun doute, mais il semble directement impliquer que c’est une vérité déjà reconnue comme partie intégrante du dépôt de la foi » [9]Luigi GAMBERO, Maria nel pensiero dei Padri della Chiesa, Cinisello Balsamo (Milan), San Paolo Edizioni, 1991, p. 75. [10]Le Fidei depositum ou Depositum fidei (dépôt de la foi) est pour l’Église catholique l’ensemble des enseignements professés par Jésus-Christ et transmis par ses apôtres. Il réunit les vérités contenues dans la Révélation et représente la quintessence de la foi chrétienne. Ses fondements sont la Bible et … Poursuivre.
C’est à partir de la seconde moitié du IIe siècle, et surtout au cours de la seconde moitié du IVe siècle, que la question des « frères et sœurs » a été comprise de trois manières différentes qualifiées, en théologie, de théories helvidienne [11]Selon Helvidius et de nombreux penseurs des premiers siècles du christianisme, comme Tertullien, les proches de Jésus étaient les enfants de Joseph et de Marie., épiphanienne [12]Vers 380, s’appuyant sur le Protévangile de Jacques, célèbre apocryphe que l’on date ordinairement de la fin du IIe siècle, l’évêque Épiphane de Salamine suggère que les frères de Jésus pourraient n’être que des demi-frères, issus d’un premier mariage de Joseph. et hiéronymienne [13]Jérôme de Stridon conclut que les « frères de Jésus » étaient ses cousins, fils de la sœur de la vierge Marie, que Jérôme identifie avec Marie, femme de Cléophas..
La thèse soutenue par Helvidius [14]Les seules sources d’informations concernant Helvidius proviennent du Contre Helvidius, ouvrage dans lequel les indications données par Jérôme, son auteur, ne permettent pas de savoir s’il était laïc ou clerc (« […] et solus in uniuerso mundo sibi et laicus et sacerdos » : « seul dans le monde entier à se prendre à la fois pour laïc et prêtre » … Poursuivre, et réfutée par Jérôme de Stridon, est que ceux qui sont appelés « frères du Seigneur » seraient des enfants nés de Marie et de Joseph après Jésus. [15]Régis COURTRAY, « Jésus, fils unique de Marie ? La réponse de Jérôme dans le Contre Helvidius », dans Régis BURNET, Régis COURTRAY, Jérôme LAGOUANÈRE et Maguelone RENARD, Du Jésus des Écritures au Christ des théologiens. Les Pères de l’Église, lecteurs de la vie de Jésus, Cahier de Biblia Patristica (24), pp. 31-58, 2023, … Poursuivre [16]Helvidius avait en effet noté, à la suite d’autres, que le Nouveau Testament fait régulièrement mention de « frères du Seigneur ». Sans citer littéralement Helvidius, Jérôme résume sa pensée, de manière apparemment fidèle (il indique en effet, en Adversus Helvidium 12 : « Si nous avons repris ces passages, c’est pour éviter qu’il ne se mette à calomnier et ne proclame que … Poursuivre ; son adversaire dressait une liste de textes où apparaît l’expression « ses frères » ou « frères du Seigneur », en suivant l’ordre des livres néotestamentaires ; il signalait ainsi Mt 12, 46 ; Jn 2, 12 ; Jn 7, 3-5 ; Mc 6, 2-3 et Mt 13, 54-56, qui mentionnent les noms de ces frères, ainsi que l’existence de sœurs (« Sa mère ne s’appelle-t-elle pas Marie et ses frères Jacques, Joseph, Simon et Jude et ses sœurs ne sont-elles pas toutes chez nous ? ») ; Ac 1, 14 ; Ga 1, 19, qui parle de « Jacques, frère du Seigneur » ; 1 Co 9, 4-5. Helvidius semble avoir soulevé lui-même une objection possible : le nom des quatre frères de Jésus mentionnés dans les Évangiles se trouve en effet non dans la bouche des apôtres mais dans celle de Juifs [17]Helvidius note en effet que les Juifs s’étaient déjà trompés sur Joseph, en le considérant comme le véritable père du Christ ; ils auraient donc pu faire la même erreur en attribuant à Jésus de véritables frères qui n’en étaient pas vraiment. qui sont frappés de stupeur devant l’enseignement et les miracles de Jésus, dont ils connaissent pourtant bien les proches ; il répond cependant que leur témoignage est confirmé par les évangélistes Matthieu, Marc et Luc, qui mentionnent à leur tour les noms de Jacques et Joseph, dont la mère, Marie, était présente au moment de la crucifixion (Mt 27, 55-56 : « Marie mère de Jacques et de Joseph » ; Mc 15, 40 : « Marie mère de Jacques le Mineur et de Joseph [ou Joset21] » ; Lc 24, 10 : « Marie mère de Jacques »). Helvidius reconnaissait dans ces Jacques et Joseph les mêmes frères que ceux mentionnés par les Juifs, qui étaient donc appelés ici « fils de Marie » ; Jérôme cite la conclusion de son adversaire : Voici, dit-il, Jacques et Joseph, les fils de Marie, les mêmes que ceux que les Juifs ont appelés « frères » ; voici Marie, mère de Jacques le Mineur et de Joset […], comme Marc l’indique dans un autre passage encore : « Or Marie de Magdala et Marie mère de Jacques et de Joset virent où on le plaçait et, quand le sabbat fut passé, elles achetèrent des aromates et vinrent au tombeau » (Mc 15, 47-16, 1.2b). Or, selon Helvidius, cette « Marie » ne peut être que la mère de Jésus, qui, sinon, aurait été absente de ce moment essentiel ; d’ailleurs, l’Évangile de Jean ne précise-t-il pas que Marie se trouvait au pied de la croix de Jésus lorsque ce dernier la confie à Jean (Jn 19, 25-27) ? Helvidius en concluait que Jacques et Joseph étaient fils de Marie, la mère de Jésus, et donc frères véritables de Jésus ; à ceux-ci, il fallait encore ajouter Simon et Jude, ainsi que les sœurs mentionnées en Marc et Matthieu.)). L’Église catholique, à la suite de Jérôme [18]L’interprétation catholique est celle de saint Jérôme : les mots « frère » et « sœur » ne doivent pas, dans le cas présent, être pris en leur sens grec classique mais comme traduisant les termes de sources originales araméennes (des recueils de paroles transmises dans les premiers temps de l’Église compilées par les évangélistes). Or en araméen comme en hébreu le … Poursuivre, conclut que les « frères de Jésus » étaient les cousins de Jésus (enfants de la sœur de la vierge Marie, que Jérôme identifie avec Marie, femme de Cléopas), tandis que l’Église orthodoxe orientale, à la suite d’Eusèbe de Césarée et d’Épiphane de Chypre, affirme qu’ils étaient les enfants de Joseph issus d’un mariage antérieur à celui avec Marie [19]The Oxford Dictionary of the Christian Church, New York, Oxford University Press, 2005. [20]Les anglicans, les luthériens et les méthodistes sont d’accord avec ce point de vue..
Pour conclure avec Régis Courtray, « ce qui est certain, c’est que cette question est toujours en débat et qu’elle conduit à des clivages qui relèvent souvent « des appartenances confessionnelles [21]L’expression est de Simon Claude MIMOUNI, Jacques le Juste, Paris, Bayard, 2015, p. 162 ; voir également sur cette question les p. 144-147 et, du même auteur : « Les traditions patristiques sur la famille de Jésus : retour sur un problème doctrinal du IVe siècle », dans Studia Patristica LXIII (2013), p. 215-217. ». La position hiéronymienne (les frères et sœurs de Jésus sont ses cousins et cousines) fut généralement acceptée dans l’Église latine, où elle devint la doctrine officielle catholique ; dans cette tradition, on identifie Jacques frère du Seigneur et Jacques fils d’Alphée, connu sous le nom de saint Jacques le Mineur […]. La position d’Épiphane (il s’agit de demi-frères et demi-sœurs de Jésus, nés d’un premier mariage de Joseph) est aujourd’hui la position dominante au sein des Églises orthodoxes, grecque et russe. Ces deux premières explications entendent sauvegarder la virginité de Marie. Les exégètes protestants quant à eux (auxquels il faut ajouter quelques catholiques) admettent généralement la théorie d’Helvidius (pour qui il s’agit de véritables frères et sœurs de Jésus, nés de l’union de Marie et Joseph) – toutefois, Luther et Calvin n’ont jamais supposé que Jésus eût de vrais frères et sœurs.
« Si ce sujet est toujours sous tension, c’est en réalité que, sous la question des frères et sœurs de Jésus, ce n’est pas seulement la virginité de Marie qui est en cause, mais aussi et surtout la personne de Jésus. Ce lien entre Marie et Jésus est d’ailleurs bien mis en évidence par Jérôme dès le début de son traité, où il sollicite l’aide du Seigneur Jésus « pour qu’il protège de tout soupçon d’union charnelle l’hospitalité du sein sacré, dont il fut l’habitant dix mois durant [22]Adversus Helvidium, 2 (185 A). ». [23]Régis COURTRAY, « Jésus, fils unique de Marie ? La réponse de Jérôme dans le Contre Helvidius », op. cit., p. 58.
Notes
| 1↑ | Simon Claude Mimouni (né à Bône [Algérie], en 1949) : historien, spécialiste de l’histoire du judaïsme et du christianisme dans l’Antiquité. Il est directeur d’études émérite à la section des Sciences religieuses de l’École pratique des hautes études (Paris). |
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| 2↑ | Simon Claude MIMOUNI, « Les traditions patristiques sur la famille de Jésus : Retour sur un problème doctrinal du IVe siècle », Studia Patristica, LXIII (2013), p. 209. |
| 3↑ | Simon C. MIMOUNI, « Les traditions patristiques sur la famille de Jésus : Retour sur un problème doctrinal du IVe siècle », op. cit., p. 210. |
| 4↑ | L’historien juif Flavius Josèphe, vers la fin du Ier siècle de notre ère, mentionne également « le frère de Jésus, appelé Christ, dont le nom était Jacques » (Antiquités, XX, 200), et nous apprend en outre que le grand prêtre de Jérusalem a fait comparaître ce Jacques devant le sanhédrin, qui l’a condamné à mort. |
| 5↑ | Joseph (du grec Ἰωσὴφ chez Matthieu), nommé Ἰωσῆτος (Joset), dans l’évangile selon Marc, est cité parmi les frères de Jésus dans plusieurs passages des Évangiles (Mt 13, 56 ; Mc 6, 3). |
| 6↑ | Jude ou Judas (Ἰούδα) figure également dans le Nouveau Testament comme l’un des quatre « frères » de Jésus dont les noms sont donnés. Il est mentionné avec trois autres « frères » dans les évangiles selon Matthieu (Mt 13,55) et selon Marc (Mc 6,3). La tradition chrétienne considère Jude comme l’auteur de l’épître de Jude, mais cette affirmation est contestée. Le personnage demeure difficile à cerner, car les différentes traditions ne sont pas d’accord sur son identité. |
| 7↑ | Simon (en grec ancien : Σίμων, Símōn) est l’un des frères de Jésus cités dans l’Évangile selon Marc (Mc 6,3) et selon Matthieu (Mt 13,55), au même titre que Jacques, Joset et Jude. |
| 8↑ | Mc 6, 3 ; Mt 13, 56. |
| 9↑ | Luigi GAMBERO, Maria nel pensiero dei Padri della Chiesa, Cinisello Balsamo (Milan), San Paolo Edizioni, 1991, p. 75. |
| 10↑ | Le Fidei depositum ou Depositum fidei (dépôt de la foi) est pour l’Église catholique l’ensemble des enseignements professés par Jésus-Christ et transmis par ses apôtres. Il réunit les vérités contenues dans la Révélation et représente la quintessence de la foi chrétienne. Ses fondements sont la Bible et la tradition. |
| 11↑ | Selon Helvidius et de nombreux penseurs des premiers siècles du christianisme, comme Tertullien, les proches de Jésus étaient les enfants de Joseph et de Marie. |
| 12↑ | Vers 380, s’appuyant sur le Protévangile de Jacques, célèbre apocryphe que l’on date ordinairement de la fin du IIe siècle, l’évêque Épiphane de Salamine suggère que les frères de Jésus pourraient n’être que des demi-frères, issus d’un premier mariage de Joseph. |
| 13↑ | Jérôme de Stridon conclut que les « frères de Jésus » étaient ses cousins, fils de la sœur de la vierge Marie, que Jérôme identifie avec Marie, femme de Cléophas. |
| 14↑ | Les seules sources d’informations concernant Helvidius proviennent du Contre Helvidius, ouvrage dans lequel les indications données par Jérôme, son auteur, ne permettent pas de savoir s’il était laïc ou clerc (« […] et solus in uniuerso mundo sibi et laicus et sacerdos » : « seul dans le monde entier à se prendre à la fois pour laïc et prêtre » [Adversus Helvidium, 1 193 A]), et de Gennade de Marseille, qui ne donne pas plus de détails (« Helvidius, disciple d’Auxentius, imitateur de Symmaque, écrivit bien avec le zèle de la religion, mais point selon la science, un livre où manque la netteté du langage, comme celle de la vraie raison, et dans lequel il s’est tellement efforcé de plier à sa perversité le sens des saintes Ecritures, qu’il a voulu établir par leurs témoignages que, après la naissance du Seigneur, la bienheureuse Marie, qui enfanta vierge, s’unit à Joseph, son époux, et en eut des enfants, qui furent appelés frères du Seigneur. Jérôme réfutant cette perverse doctrine, publia contre lui un petit livre suffisamment appuyé sur les preuves des Ecritures. » GENNADIUS MASSILENSIS, De viris illustribus, 33 – TU 14.1, p. 73). |
| 15↑ | Régis COURTRAY, « Jésus, fils unique de Marie ? La réponse de Jérôme dans le Contre Helvidius », dans Régis BURNET, Régis COURTRAY, Jérôme LAGOUANÈRE et Maguelone RENARD, Du Jésus des Écritures au Christ des théologiens. Les Pères de l’Église, lecteurs de la vie de Jésus, Cahier de Biblia Patristica (24), pp. 31-58, 2023, https://www.brepolsonline.net/docserver/fulltext/10.1484/M.CBP-EB.5.128381/M.CBP-EB.5.133880.pdf?expires=1780048556&id=id&accname=guest&checksum=AB68C1BC3B1C3BBB17216DC87509CBBF. |
| 16↑ | Helvidius avait en effet noté, à la suite d’autres, que le Nouveau Testament fait régulièrement mention de « frères du Seigneur ». Sans citer littéralement Helvidius, Jérôme résume sa pensée, de manière apparemment fidèle (il indique en effet, en Adversus Helvidium 12 : « Si nous avons repris ces passages, c’est pour éviter qu’il ne se mette à calomnier et ne proclame que nous avons supprimé ce qui joue en sa faveur et que nous avons démoli sa pensée non par les témoignages des Écritures mais par une discussion hasardeuse » (194 C-195 A). |
| 17↑ | Helvidius note en effet que les Juifs s’étaient déjà trompés sur Joseph, en le considérant comme le véritable père du Christ ; ils auraient donc pu faire la même erreur en attribuant à Jésus de véritables frères qui n’en étaient pas vraiment. |
| 18↑ | L’interprétation catholique est celle de saint Jérôme : les mots « frère » et « sœur » ne doivent pas, dans le cas présent, être pris en leur sens grec classique mais comme traduisant les termes de sources originales araméennes (des recueils de paroles transmises dans les premiers temps de l’Église compilées par les évangélistes). Or en araméen comme en hébreu le terme ach (« frère ») que les traducteurs anciens de la Septante ont ordinairement rendu par adelphoi en grec, désigne aussi bien les frères que les cousins ou les parents, selon la mode orientale, et jusqu’au sens métaphorique, comme les cinquante « frères/serviteurs » des prophètes d’Élisée (*) ou la « sœur » bien-aimée du Cantique des Cantiques (**).
(*) « Je dors mais mon cœur veille… |
| 19↑ | The Oxford Dictionary of the Christian Church, New York, Oxford University Press, 2005. |
| 20↑ | Les anglicans, les luthériens et les méthodistes sont d’accord avec ce point de vue. |
| 21↑ | L’expression est de Simon Claude MIMOUNI, Jacques le Juste, Paris, Bayard, 2015, p. 162 ; voir également sur cette question les p. 144-147 et, du même auteur : « Les traditions patristiques sur la famille de Jésus : retour sur un problème doctrinal du IVe siècle », dans Studia Patristica LXIII (2013), p. 215-217. |
| 22↑ | Adversus Helvidium, 2 (185 A). |
| 23↑ | Régis COURTRAY, « Jésus, fils unique de Marie ? La réponse de Jérôme dans le Contre Helvidius », op. cit., p. 58. |
