Irénée de Lyon (v. 140 – v. 200) : théologien, deuxième évêque de l’Église de Lyon, et désormais docteur de l’Église universelle par arrêté du pape François signé le 21 janvier 2022. Il est un témoin majeur de la littérature chrétienne anti hérétique. Dans l’Adversus haereses (Contre les hérésies), il pose ainsi quelques principes fondateurs qui ont abouti à définir ce que l’on appelle le Tétramorphe : « […] puisqu’il existe quatre régions du monde dans lequel nous sommes et quatre vents principaux, et puisque, d’autre part, […], il est naturel qu’elle ait quatre colonnes qui soufflent de toutes parts l’incorruptibilité et rendent la vie aux hommes. D’où il appert que le Verbe, Artisan de l’univers, qui siège sur les Chérubins et maintient toutes choses, lorsqu’il s’est manifesté aux hommes, nous a donné un Évangile à quadruple forme, encore que maintenu par un unique Esprit. C’est ainsi que David, implorant sa venue, disait : “Toi qui sièges sur les Chérubins, montre-toi.” Car les Chérubins ont une quadruple figure, et leurs figures sont les images de l’activité du Fils de Dieu. “Le premier de ces vivants, est-il dit, est semblable à un lion”, ce qui caractérise la puissance, la prééminence et la royauté du Fils de Dieu ; “le second est semblable à un jeune taureau”, ce qui manifeste sa fonction de sacrificateur et de prêtre ; “le troisième a un visage pareil à celui d’un homme”, ce qui évoque clairement sa venue humaine ; “le quatrième est semblable à un aigle qui vole”, ce qui indique le don de l’Esprit volant sur L’Église. Les Évangiles seront donc eux aussi en accord avec ces vivants sur lesquels siège le Christ Jésus. Ainsi l’Évangile selon Jean raconte sa génération prééminente, puissante et glorieuse, qu’il tient du Père, en disant : “Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu”, et : “Toutes choses ont été faites par son entremise et sans lui rien n’a été fait”. C’est pourquoi aussi cet Évangile est rempli de toute espèce de hardiesse : tel est en effet son aspect. L’Évangile selon Luc, étant de caractère sacerdotal, commence par le prêtre Zacharie offrant à Dieu le sacrifice de l’encens, car déjà était préparé le Veau gras qui serait immolé pour le recouvrement du fils cadet. Quant à Matthieu, il raconte sa génération humaine, en disant : “Livre de la génération de Jésus-Christ, fils de David, fils d’Abraham”, et encore : “La génération du Christ arriva ainsi”. Cet Évangile est donc bien à forme humaine, et c’est pourquoi, tout au long de celui-ci, le Seigneur demeure un homme d’humilité et de douceur. Marc enfin commence par l’Esprit prophétique survenant d’en haut sur les hommes, en disant : “Commencement de l’Évangile, selon qu’il est écrit dans le prophète Isaïe”. Il montre ainsi une image ailée de l’Évangile, et c’est pourquoi il annonce son message en raccourci et par touches rapides, car tel est le caractère prophétique. Les mêmes traits se retrouvent aussi dans le Verbe de Dieu lui-même : aux patriarches qui existèrent avant Moïse il parlait selon sa divinité et sa gloire ; aux hommes qui vécurent sous la Loi il assignait une fonction sacerdotale et ministérielle ; ensuite, pour nous, il se fit homme ; enfin, il envoya le don de l’Esprit céleste sur toute la terre, nous abritant ainsi sous ses propres ailes. En somme, telle se présente l’activité du Fils de Dieu, telle aussi la forme des vivants, et telle la forme de ces vivants, tel aussi le caractère de l’Évangile : quadruple forme des vivants, quadruple forme de l’Évangile, quadruple forme de l’activité du Seigneur. Et c’est pourquoi quatre alliances furent données à l’humanité. » Irénée, Adversus haereses III, 11, 8-9.))
