Il piombo di Magliano

Il disco o piombo di Magliano (Le disque ou plomb de Magliano), Ve-IVe s. av. J.-C. (autour de 450 av. J.-C.)

Plomb, 8 cm dans la plus grande longueur.

Inscriptions [1]« Les inscriptions en spirale centripètes (écrites senistrorsus [de droite à gauche]) sur les deux faces du plomb sont ici divisées en textes distincts rendus selon les noms des dieux (en caractères gras) au début des phrases (*). » (**)(*) « J’utilise la translittération de Rix * (ET AV 4.1.). Au lieu de sa lettre δ, j’utilise la lettre ś. » Note de … Poursuivre :

  • (face A, entre la ligne incisée en spirale) : 1. « cauθas . tuθiu . avils . LXXX . ez . χimθm . casθialθ. lacθ. hevn . avil . nes ´l . man : murinaś ie . falzaθi ⁝ » ; 2. « aiseras . in . ecs. mene . mlaθce . marni . tuθi . tiu . χimθm . casuθalθ. lacθ⁝ » ; 3. « mariśl . menitla . afrs . cialaθ. χimθm . avilsχ. eca . cepen . tuθiu . θux. iχu tevr . heśni . mulveni . eθ. zuci . am . ar. » [2]Transcription de L. Bouke van der Meer. (*)

    (*) L. Bouke van der MEER, op. cit., p. 325.
  • (face B, sans ligne en spirale) : 1. « mlaχuan/ra/ calusc . ecnia /IV/. avil . mi menicac . marca lurcac . eθ . tuθiu . nesl . man . rivaχ . leś cem . tnucasi . » 2. « śuris eisteis . evitiuras . mulsle mlaχ ilaχe » ; 3 tins . lursθ. tev huvi θun » ; 4. « lursθ sal afrs . naces. » [3]Transcription de L. Bouke van der MEER, op. cit., p. 325.

Provenance : Découvert fortuitement à Magliano in Toscana (Grosseto) en 1882 [4]« Magliano in Toscana est aujourd’hui un village situé à 8 km au nord-ouest de l’antique Marsiliana. La plaque de plomb a été découverte le 22 février 1882, juste sous la surface d’un champ, à environ 2 km au sud-est de Magliano, près du ruisseau Fosso Patrignone et à l’ouest de l’ancienne église et du monastère de Santa Maria in Borraccia — … Poursuivre.

Florence, Museo Archeologico Nazionale.

Cette plaque de plomb [5]Il ne subsiste que quelques rares témoignages écrits en langue étrusque sur des plaques métalliques. pèse 191 grammes et présente une forme courbe rappelant celle d’une lentille. Son « diamètre » mesure 7 cm à son point le plus étroit et 8 cm à son point le plus large. La création de cette plaque est datée d’environ 450 av. J.-C. Elle a été découverte en février 1882 dans un champ situé à 2 km au sud-est de Magliano, dans la vallée de l’Albegna. [6]Søren Peter CORTSEN, « Der Inhalt der Bleiplatte von Magliano », dans Glotta. Nr. 27, 1939, pp. 271–276 ; L. BONFANTE, Reading the Past, Etruscan University of California Press, 1990, p. 28 ; L. Bouke van der MEER, op. cit., pp. 323-341. Depuis lors, la forme singulière et le message énigmatique de cet objet étonnant, l’un des témoins les plus exceptionnels de la civilisation perdue des Étrusques, n’ont cessé d’intriguer les archéologues. Façonné au milieu du Ve siècle av. J.-C., il parle de rituels, de divinités du monde souterrain et d’une conception de l’au-delà que les Étrusques exprimaient avec une dévotion méticuleuse.

La disposition du texte est tout aussi inhabituelle que la forme et la texture du disque. Comptant plus de 70 mots, il se distingue nettement des milliers de brèves inscriptions funéraires étrusques et figure parmi les plus longs rédigés dans cette langue [7]Il constitue la cinquième inscription étrusque la plus longue connue à ce jour, surpassée uniquement par le Livre de lin de la momie de Zagreb, la Tuile de Capoue, la Tablette de Cortone et le Cippe de Pérouse.. Il est inscrit sur les deux faces, lisible de droite à gauche, selon l’usage courant des textes étrusques. Sa disposition est également inhabituelle : il s’enroule en spirale vers l’intérieur et se lit dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, de l’extérieur vers le centre. La plupart des mots sont séparés par un point médian. [8]L. Bouke van der MEER, op. cit., pp. 323-341.

Contrairement à une inscription classique (lisible selon une ligne droite), le texte de la plaque de plomb de Magliano est disposé en spirale, et s’enroule du bord extérieur vers le centre sur chacune des deux faces. L’inscription, rédigée en langue étrusque, se lit de droite à gauche — comme c’était l’usage dans cette culture — et les mots sont séparés par un système de points (interponctions), ce qui facilite l’identification du vocabulaire par les spécialistes. Cette disposition rappelle fortement une autre énigme historique : le disque de Phaistos [9]Le disque de Phaistos est un disque en terre cuite provenant de l’île de Crète (Grèce) — datant probablement du Minoen moyen ou récent (Âge du bronze, IIe millénaire av. J.-C.) — qui porte un texte rédigé dans une écriture et une langue inconnues. Sa fonction ainsi que son lieu de fabrication d’origine font l’objet de débats. Il est actuellement exposé au musée … Poursuivre découvert en Crète.

Signification des inscriptions

Que dit ce texte ? Les épigraphistes ont établi qu’il s’agit, très probablement, d’une dédicace, un recueil d’instructions sacrées précisant quels dieux doivent être honorés, en quels lieux, à quelle fréquence et par qui. Il s’agit, en somme, d’un calendrier rituel ou d’une série de prescriptions visant à apaiser des divinités — dont beaucoup sont liées au monde souterrain, au royaume des morts. Le chercheur L. Bouke van der Meer [10]Lammert Bouke Van der Meer (né à Leeuwarden [Frise] en 1945) : archéologue et étruscologue néerlandais, spécialiste de la religion étrusque, membre de l’Istituto Nazionale di Studi Etruschi ed Italici et rédacteur de la revue archéologique  BABesch. a mené un travail minutieux pour en percer le sens. D’après ses recherches, le texte est parsemé de théonymes [11]Un théonyme (gr. Θεός (theos), « dieu », attaché à ὄνομα (onoma), « nom » ) est un nom propre d’une divinité. « La théonymie, étude des noms propres divins, est une branche de l’onomastique qui étudie l’étymologie, l’histoire et l’usage des noms propres. La théonymie … Poursuivre, c’est-à-dire de noms de divinités.

Face A, les dédicaces s’adressent à des figures telles que Cautha, divinité solaire ou infernale ; à Maris Menita (que l’on peut interpréter comme « Maris le Créateur » ou « le Façonneur ») ; ainsi qu’aux ancêtres, désignés par le terme afrs — un mot que les linguistes rattachent à ap (« père ») et qui signifierait donc « les pères » ou « les aïeux ».

Face B. La liste des théonymes s’enrichit des mentions de Thanr et de Calus, de Śuri et de Tinin (peut-être une forme de Tinia, divinité principale du panthéon étrusque, équivalent du Jupiter romain), que le texte situe dans « la zone de Lur », probablement une enceinte ou un sanctuaire évoqué de manière mystérieuse.

Ce texte est un véritable manuel d’instructions. Il précise le lieu où doivent être accomplies les offrandes ou les sacrifices. On y trouve des termes tels que casthia, lac, fal-za ou chim, que les spécialistes interprètent comme des locatifs, c’est-à-dire qu’ils désignent un lieu. Le terme Lacth, par exemple, figure également sur une autre tablette rituelle étrusque importante : la Tabula Capuana. Van der Meer suggère que ce mot pourrait être apparenté au terme italique laku-, signifiant « bassin » ou « lac ». Cela indique-t-il que les rituels devaient être accomplis au bord d’un lac, d’un étang ou d’un cours d’eau ? Le mot casthia, qui précède lacth dans l’inscription, pourrait, selon cette hypothèse, désigner un ruisseau ou une rivière.

FACE A

Le disque ou plomb de Magliano, face A.
Le disque ou plomb de Magliano, face A. Dessin Carl Pauli [12]Carolis PAULI, Corpus Inscriptionem Etruscarum. Barth, Leipzig, 1923, pp. 134-138..

« cauthas . tuthiu . avils /LXXX/ ez . chimthm . casthialth . lacth . hevn . avil . neśl . man . murinaśie . falzathi ⁝aiseras . in . ecs . mene . mlacthe marni . tuthi . tiu . chimthm . casthialth . lacth ⁝mariśl menitla . afrs . cialath . chimth . avilsch . eca . cepen . tuthiu . thuch . ichu tevr . heśni . mulveni . eth . zuci . am . ar. »

« Pour Cautha, le prêtre du village, [désigné] annuellement, consacrera 80 ez. De plus, des dédicaces [doivent être faites] au lieu d’offrande (chim-th- selon Rix [13]Helmut RIX, Etruskische Texte: editio minor I-II, Tübingen, G. Narr, 1991. ; van der Meer traduit par “lieu d’abattage” ; ou “à l’autel” ?), au [ruisseau] Casthia, [là où il se jette] dans le lac, [pendant la période d’]Hev, chaque année. [Une dédicace doit également être faite] dans l’alcôve sacrée (? littéralement “dans le petit lieu saint” fal-za-thi), c’est-à-dire le mémorial (man) pour le défunt (neśl) de [la famille] Murina.
Pour les dieux qui [sont les esprits protecteurs ?] de ce lieu, la magistrature (marni) [et] le(s) [prêtre(s) du] village doivent faire (mene) [une offrande ?] et [en] prendre soin chaque mois (?mlach-the, littéralement “(le) faire beau”), tous les mois (tiu) ; de plus, [des offrandes doivent être faites ?] au lieu d’offrande, au [ruisseau] Casthia, [là où il se jette] dans le lac.
Pour Maris Menita (= « le Créateur »), pour les ancêtres, ce prêtre du village (avil-s-ch eca cepen tuthiu, littéralement “et de l’année ce prêtre du village”) [déjà mentionné], [nommé] chaque année, doit [encore] faire une offrande dans la ciala [et], de plus, au lieu d’offrande, à la maison ichu (thuch). Vous qui êtes responsables de ces rituels, heś-(= “veillez à” ?) [et] consacrez-les ! Voici l’annonce : “Soyez [présents] et accomplissez les dédicaces (ar)”. » [14]L. Bouke van der MEER, op. cit., p. 337.

FACE B

Le disque ou plomb de Magliano, face B.
Le disque ou plomb de Magliano, face B. Dessin Carl Pauli [15]Carolis PAULI, Corpus Inscriptionem Etruscarum. Barth, Leipzig, 1923, pp. 134-138..

« mlach thanra calusc . ecnia . iv avil . mi menicac . marca lurcac . eth . tuthiu . nesl . man . rivach . leścem . tnucasi . śuris . eis teis . evi tiuras . mulsle mlach ilache tins . lursth . tev huvi thun lursth sas afrs . naces »

« Ô belles [divinités] de Thanr et de Calus, l’ecni doit être accompli (?) [tous] les quatre ans ; je [suis la plaque de plomb] du [dieu] Maris le Créateur et de Lur. Voici [les instructions] pour le [prêtre du] village, pour [honorer] le défunt (nesl).
Le monument [du défunt] rivax (= “doit être “commémoré” ?), de plus, dans le lesca au nom de (ou “par” ou “pendant” [la période de]”) Tnuca.
Pour le dieu Suri, [accomplissez] ces [rituels] aux ides (? ev-) de chaque mois (? tiuras, litteralement “des mois”), [avec] du vin de miel [? muls-le], [comme il] (? mlach, littéralement “beau”) se doit, pendant la fête.
Pour Tin, dans la région de Lur, vous qui supervisez les rituels devez offrir (huvi ?) un premier-né (thu-n, littéralement “une première chose”).
Dans la région de Lur, [faites une dédicace] aux ancêtres bien-aimés eux-mêmes (sa-s afr-s nace-s, littéralement “soi pour les ancêtres bien-aimés”). [16]L. Bouke van der MEER, op. cit., p. 337.

Notes

Notes
1 « Les inscriptions en spirale centripètes (écrites senistrorsus [de droite à gauche]) sur les deux faces du plomb sont ici divisées en textes distincts rendus selon les noms des dieux (en caractères gras) au début des phrases (*). » (**)

(*) « J’utilise la translittération de Rix * (ET AV 4.1.). Au lieu de sa lettre δ, j’utilise la lettre ś. » Note de l’auteur.
(**) L. Bouke van der MEER, « The Lead Plaque of Magliano », dans Cristina CHIARAMONTE TRERÉ, Giovanna BAGNASCO GIANNI, Federica CHIESA (dir,), Interpretando l’antico. Scritti di archeologia offerti a Maria Bonghi Jovino. Milan, Monduzzi Editoriale Cisalpino, 2013 (Quaderni di Acme 134), p. 325.

* Helmut Rix (Amberg [Bavière], 1926 – Colmar, 2004) : linguiste allemand, spécialiste des langues de l’Italie ancienne, professeur au Sprachwissenschaftliches Seminar de l’université Albert-Ludwigs de Fribourg-en-Brisgau (Allemagne). On lui doit la notion de Vornamengentile (typologie des cognomina étrusques) et il a établi une typologie des cognomina a étrusques.
a Les cognomina constituaient généralement le troisième nom des tria nomina traditionnels du citoyen romain.
2 Transcription de L. Bouke van der Meer. (*)

(*) L. Bouke van der MEER, op. cit., p. 325.
3 Transcription de L. Bouke van der MEER, op. cit., p. 325.
4 « Magliano in Toscana est aujourd’hui un village situé à 8 km au nord-ouest de l’antique Marsiliana. La plaque de plomb a été découverte le 22 février 1882, juste sous la surface d’un champ, à environ 2 km au sud-est de Magliano, près du ruisseau Fosso Patrignone et à l’ouest de l’ancienne église et du monastère de Santa Maria in Borraccia — édifices construits vers 1300 (sinon plus tôt), notamment à partir de blocs de travertin de remploi. Ces deux bâtiments ont été transformés en une construction rurale au XIXe siècle. À l’ouest de Santa Maria, près du Fosso Patrignone, se trouve une nécropole étrusque à tombes à chambre, datant des VIIe et VIe siècles av. J.-C. Toutefois, le lieu de découverte et le matériau ne suffisent pas à prouver que la plaque de plomb provenait d’une tombe. Le plomb était utilisé non seulement pour des objets funéraires, mais aussi pour des tablettes oraculaires ou d’imprécation, pour des offrandes liquides (de fondation ou de marquage) et des cippes (comme dans le sanctuaire méridional de Pyrgi), ainsi que pour l’archivage — par exemple, l’enregistrement d’une transaction commerciale, comme en témoigne la plaque de plomb bilingue de Pech Maho. (ET Na 0.1). » L. Bouke van der MEER, op. cit., pp. 323-324.
5 Il ne subsiste que quelques rares témoignages écrits en langue étrusque sur des plaques métalliques.
6 Søren Peter CORTSEN, « Der Inhalt der Bleiplatte von Magliano », dans Glotta. Nr. 27, 1939, pp. 271–276 ; L. BONFANTE, Reading the Past, Etruscan University of California Press, 1990, p. 28 ; L. Bouke van der MEER, op. cit., pp. 323-341.
7 Il constitue la cinquième inscription étrusque la plus longue connue à ce jour, surpassée uniquement par le Livre de lin de la momie de Zagreb, la Tuile de Capoue, la Tablette de Cortone et le Cippe de Pérouse.
8 L. Bouke van der MEER, op. cit., pp. 323-341.
9 Le disque de Phaistos est un disque en terre cuite provenant de l’île de Crète (Grèce) — datant probablement du Minoen moyen ou récent (Âge du bronze, IIe millénaire av. J.-C.) — qui porte un texte rédigé dans une écriture et une langue inconnues. Sa fonction ainsi que son lieu de fabrication d’origine font l’objet de débats. Il est actuellement exposé au musée archéologique d’Héraklion (Crète). Son nom connaît parfois des variantes orthographiques, telles que « Phaestos » ou « Festos ».
10 Lammert Bouke Van der Meer (né à Leeuwarden [Frise] en 1945) : archéologue et étruscologue néerlandais, spécialiste de la religion étrusque, membre de l’Istituto Nazionale di Studi Etruschi ed Italici et rédacteur de la revue archéologique  BABesch.
11 Un théonyme (gr. Θεός (theos), « dieu », attaché à ὄνομα (onoma), « nom » ) est un nom propre d’une divinité.
« La théonymie, étude des noms propres divins, est une branche de l’onomastique qui étudie l’étymologie, l’histoire et l’usage des noms propres. La théonymie contribue à la compréhension de la fonction et de la place qu’occupaient certains dieux dans la société et peut aider à élucider les origines de la langue d’une société (*). »

(*) Peter Hugoe MATTHEWS, « Theonym », The Concise Oxford Dictionary of Linguistics (3e éd.), Oxford University Press, 2014.

12 Carolis PAULI, Corpus Inscriptionem Etruscarum. Barth, Leipzig, 1923, pp. 134-138.
13 Helmut RIX, Etruskische Texte: editio minor I-II, Tübingen, G. Narr, 1991.
14 L. Bouke van der MEER, op. cit., p. 337.
15 Carolis PAULI, Corpus Inscriptionem Etruscarum. Barth, Leipzig, 1923, pp. 134-138.
16 L. Bouke van der MEER, op. cit., p. 337.

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