Giovanni Pisano, « Carità »

Giovanni Pisano (Pise, env. 1245/1248 – Sienne, 1318 ou un peu avant)

Carità (La Charité), 1268.

Statue de marbre de l’ambon,

Inscriptions :

  • (sur le cartel à demi replié sur le bras gauche de l’allégorie) : Caritas est piro c… « Karitas dei mecū.est » [1]« Caritas Dei mecum est » : « La charité de Dieu est avec moi. »

Provenance : In situ.

Sienne, Cathédrale de Santa Maria Assunta.

La figure de la Charité (Caritas) est représentée de manière particulièrement novatrice : elle tient une corne d’abondance d’où jaillissent des flammes (symbole du feu de l’amour divin, l’ignis caritatis).

La Caritas incarne à la fois l’amour de Dieu et l’amour du prochain, jusqu’au XIVe siècle, époque où l’iconographie se dédouble : l’amour du prochain s’exprime alors par la représentation d’une femme allaitant des enfants, tandis que l’amour de Dieu devient « incendium amoris Dei » (le feu de l’amour de Dieu), thème introduit par Nicola Pisano sur la chaire du Duomo de Sienne en 1268, ou est rendu par le motif du cœur offert à Dieu ; il s’agit là de l’une des innovations nées du génie de Giotto et visibles dans la chapelle des Scrovegni.

La chaire est une structure octogonale monumentale en marbre de Carrare. Entre la base (les colonnes posées sur des lions stylophores) et les panneaux narratifs du haut (qui racontent la Vie du Christ), Nicola Pisano a sculpté de grandes figures d’angles en ronde-bosse représentant des allégories des Vertus chrétiennes et théologales. 

La statue de la Charité occupe une place centrale dans ce programme théologique complexe. Contrairement aux représentations ultérieures de la Charité allaitant plusieurs nourrissons (que l’on verra émerger plus tard au XIVe siècle), la Charité de Nicola Pisano à Sienne est représentée sous les traits d’une femme d’une grande noblesse tenant une corne d’abondance ou une bourse, symbolisant le don de soi et l’amour divin. Elle exprime parfaitement la rupture artistique de l’école pisane. Le drapé lourd, le visage serein et la posture majestueuse s’inspirent directement de la sculpture romaine antique (que Nicola étudiait sur les sarcophages romains de Pise), tout en y injectant une expressivité et un dynamisme propres au gothique français. 

Elle sert de pont visuel et spirituel : elle soutient physiquement le garde-corps où sont sculptées les scènes du Salut (comme la Nativité ou la Crucifixion), rappelant aux fidèles que la Charité est le fondement de la foi chrétienne.

Aux angles de la cuve octogonale de la Chaire de la cathédrale de Sienne, la Charité n’est pas seule. Nicola Pisano y a représenté l’ensemble des vertus chrétiennes traditionnelles, complété par une figure allégorique supplémentaire pour s’adapter aux huit angles de la structure. 

Aux côtés de la Charité, on trouve les deux autres Vertus théologales : 

  • La Foi (Fides)
  • L’Espérance (Spes) 

Ainsi que les quatre Vertus cardinales :

  • La Prudence (Prudentia)
  • La Justice (Justitia)
  • La Force (Fortitudo)
  • La Tempérance (Temperantia) 

La chaire étant octogonale et comportant huit angles occupés par de grandes statues en pied. Les sept vertus canoniques (les trois théologales et les quatre cardinales) laissaient un emplacement vide.  Pour compléter l’octogone, Nicola Pisano a sculpté une huitième figure allégorique : la Logique (ou la Philosophie). Sa présence au même niveau que les vertus divines symbolise la pensée médiévale selon laquelle l’intellect, la raison et la philosophie humaine sont des outils légitimes pour s’élever vers la connaissance de Dieu.

Notes

Notes
1↑ « Caritas Dei mecum est » : « La charité de Dieu est avec moi. »

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