
Chapelle des Scrovegni
Piazza Eremitani, 8. Padoue (Vénétie).
Dédiée à la Vierge de l’Annonciation, la chapelle fut construite à la demande d’Enrico Scrovegni, un très riche usurier padouan qui, au début du XIVe siècle, avait acquis auprès d’un noble déchu, Manfredo Dalesmanini, le terrain de l’ancienne arène romaine de Padoue. Il y fit édifier un somptueux palais, dont la chapelle constituait l’oratoire privé et le futur mausolée familial. Pour en réaliser les fresques, il fit appel à Giotto, et sollicita Giovanni Pisano pour la sculpture du maître-autel.
Intérieur de l’édifice

Après avoir travaillé pour les franciscains d’Assise et de Rimini, Giotto avait été appelé à Padoue par les Frères mineurs conventuels afin de décorer la salle du Chapitre, la chapelle des Bénédictions et peut-être d’autres espaces de la basilique Saint-Antoine. L’idée selon laquelle Enrico Scrovegni aurait fait construire cet édifice sacré pour expier le péché d’usure commis par son père, Reginaldo (auquel Dante Alighieri fait allusion dans le chant XVII de l’Enfer [1]Dante vient de rencontrer deux autres personnages qu’il n’a pas nommé mais qui sont identifiables grâce à leurs blasons, tout comme Reginaldo degli Scrovegni, « che d’una scrofa azzurra e grossa segnato avea lo suo sacchetto bianco » (« qui avait un sac blanc marqué d’une grosse truie couleur d’azur ») : E un che d’una scrofa azzurra e … Poursuivre, est infondée. Des mentions anciennes datant du XIVe siècle attestent la présence de Giotto sur le chantier. La datation des fresques peut être établie avec une assez grande précision grâce à plusieurs informations : l’achat du terrain eut lieu en février 1300 ; l’évêque de Padoue, Ottobono dei Razzi, autorisa la construction avant 1302 ; la première consécration eut lieu le jour de la fête de l’Annonciation, le 25 mars 1303 ; le 1er mars 1304, le pape Benoît XI accorda une indulgence à quiconque visiterait la chapelle et, un an plus tard, toujours à la date du 25 mars (1305), la chapelle fut consacrée. C’est donc entre le 25 mars 1303 et le 25 mars 1305 que se situe le travail de Giotto. L’artiste peignit toute la surface intérieure de l’oratoire selon un programme iconographique et décoratif cohérent, inspiré par un théologien augustin d’une grande érudition — bien que Bellinati (1989) ait identifié cette figure comme étant Altigrado Cattaneo, alors archiprêtre de la cathédrale, éminent représentant de la culture padouane de l’époque et membre important de la Curie romaine. Parmi les sources utilisées figurent de nombreux textes augustiniens, les évangiles apocryphes du Pseudo-Matthieu et de Nicodème, La Légende dorée de Jacques de Voragine et, pour quelques détails iconographiques, les Méditations sur la vie de Jésus du Pseudo-Bonaventure, ainsi que des textes de la tradition chrétienne médiévale, en particulier le Physiologus [2]Le Physiologus (Physiologus de naturis animalium et bestiarum), initialement écrit en grec avant la fin du IIIe siècle, est l’une des œuvres les plus anciennes proposant une interprétation chrétienne de la création et utilisant le comportement animal (souvent imaginaire) comme modèle du comportement humain. Probablement composée en Égypte, cette œuvre anonyme a connu une diffusion … Poursuivre (le Naturaliste).
Notes
| 1↑ | Dante vient de rencontrer deux autres personnages qu’il n’a pas nommé mais qui sont identifiables grâce à leurs blasons, tout comme Reginaldo degli Scrovegni, « che d’una scrofa azzurra e grossa segnato avea lo suo sacchetto bianco » (« qui avait un sac blanc marqué d’une grosse truie couleur d’azur ») : E un che d’una scrofa azzurra e grossa Et un autre, qui avait un sac blanc Dante ALIGHIERI, La divine comédie [v. 1304-1321] (éd. sous la direction de Carlo Ossola, trad. de Jacqueline Risset), Paris, Gallimard (coll. « Bibliothèque de la Pléiade »), 2021 « Enfer », XVII, 64-79.) (*) « La « truie » (v. 67) est présente sur le blason des Scrovegni de Padoue (voir v. 70). L’activité usurière de Reginaldo degli Scrovegni est amplement documentée. Son fils Enrico chargea Giotto, entre 1303 et 1305, de réaliser les célèbres fresques de la chapelle des Scrovegni. » |
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| 2↑ | Le Physiologus (Physiologus de naturis animalium et bestiarum), initialement écrit en grec avant la fin du IIIe siècle, est l’une des œuvres les plus anciennes proposant une interprétation chrétienne de la création et utilisant le comportement animal (souvent imaginaire) comme modèle du comportement humain. Probablement composée en Égypte, cette œuvre anonyme a connu une diffusion exceptionnelle. Avant la fin du premier millénaire, elle a été traduite deux fois en latin, en syriaque et en arabe, une fois en arménien (et de là en géorgien) et en éthiopien, et il en existe également des traces en copte. Au cours du deuxième millénaire, le Physiologus a été traduit à plusieurs reprises dans diverses langues slaves et du latin en islandais, vieil anglais et vieux haut allemand, puis adapté dans presque toutes les langues vernaculaires d’Europe occidentale jusqu’à la Renaissance. Le Physiologus est l’un de ces textes dont l’influence sur l’imagination, la culture et l’art médiévaux et modernes est incommensurable.
L’ouvrage contenait quarante-huit ou quarante-neuf chapitres ; chacun de ces chapitres était consacré à un animal spécifique et incluait une illustration, une description de ses caractéristiques et une histoire, à la fois observation naturelle et anecdote imaginaire, concernant son comportement. Le lion est par exemple le sujet de l’une de ces histoires. On disait que les lionceaux naissaient sans vie et que leur mère veillait sur eux jusqu’à ce que le père, le roi des animaux, arrive et leur insuffle la vie. Cette image donna lieu à une lecture allégorique empreinte de symbolisme chrétien : le lionceau ranimé par le père devint la figure du Christ ressuscité le troisième jour. Tandis que le lion incarnait des vertus nobles, d’autres créatures servaient d’avertissement. Ainsi le hérisson qui, croyait-on, grimpait dans les vignes, en faisait tomber les raisins, puis les empalait sur ses pics pour les rapporter à ses petits. Selon le Physiologus, ce récit avait une valeur édifiante : il invitait les chrétiens à veiller sur la vigne de leur âme. « Toi, Ô chrétien, abstiens-toi de t’occuper de tout, et veille sur ta vigne spirituelle, car c’est d’elle que tu remplis ta cave intérieure […] Ne laisse pas le souci du monde et le plaisir des biens temporels t’absorber, car alors le diable hérissé de piquants, dispersant tous tes fruits spirituels, les transpercera de ses aiguillons et fera de toi la pâture des bêtes. » |

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