Bartolo di Fredi, « Deposizione di Cristo morto »

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Bartolo di Fredi, (Sienne, documenté à partir de 1353 – mort en 1410)

Deposizione di Cristo morto (Déposition du Christ mort) ; au dessus, dans les médaillons des pinacles : Il Redentore fra Elia e Mose (Le Rédempteur entre Elie et Moïse)

Tempéra sur bois, éléments du Polittico della Deposizione dalla Croce (Polyptyque de la Déposition de la Croix), 264 x 88,5 cm.

Inscriptions : (sur le cadre) : «  [BARTO]LUS MAGISTRI : DE SE[NIS] [AN[NO : DOMINI : M : CCC : LXCCIII » [1]

Provenance : Église de San Francesco, Montalcino.

Montalcino, Museo Civico e Diocesano d’Arte Sacra.

La Déposition rend bien compte d’une forme de virtuosité parfois qualifiée de « maniériste [2] » parce que construite en principe dans l’art de Bartolo. Un principe élaboré à partir de l’œuvre raffinée de Simone Martini, dont il semble avoir été l’élève, et la puissance plastique de celle des Lorenzetti, ses grands aînés, eux aussi citoyens de la ville de Sienne, disparus avec la peste de 1348, avec lesquels il a vécu dans une grande proximité, au moins de voisinage, et dont il perpétue, d’une certaine façon, le style par une utilisation impeccable du format de l’œuvre et de la surface disponible, un chromatisme incandescent, la préciosité de la couleur, l’accent mis sur la dimension dramatique de la scène par des attitudes variées et chargées de pouvoir émotionnel contrastant fortement avec la Croix parfaitement parallèle à la surface de l’œuvre (le corps du Christ littéralement cassé en deux, l’effort de la Vierge tendue vers le corps de son Fils, l’expression des visages, tous singuliers) et de son talent extraordinaire, ici encore, de narrateur, capable de construire un langage immédiatement perceptible par une ferveur populaire. La présence, sur la droite, des membres du Sanhédrin reconnaissables à leur voile distinctif, les yeux rivés sur le Christ, est inhabituelle dans la scène de la Déposition. Elle permet à Bartolo de réunir à proximité de la Croix un groupe de visages d’hommes aux visages hostiles qui crée un contraste poignant avec la douleur et la souffrance des proches du Christ. A gauche, plutôt que de faire figurer l’habituel groupe de femmes éplorées, Bartolo opte pour la présence de la seule Marie et d’une sainte femme, ce qui lui permet de rendre plus visible leur gestuelle et d’en souligner le sens dramatique.

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[1] « Bartolo di Fredi, de Sienne, l’année du seigneur 1383. » Il s’agit là de la signature et de la date de réalisation de l’œuvre.

[2] Le terme peut donner lieu à un malentendu s’il est pris dans le sens actuel (et péjoratif) du vocable « maniéré », qui marque le caractère affecté et quelque peu insipide de la chose qu’il qualifie. Le terme de « maniera » italien rend compte, de façon bien plus valorisante, de la manière au sens du style et a fini par qualifié une époque de la peinture, florentine en particulier mais pas seulement, où le style imprimé à l’œuvre – avec une insistance qui peut devenir, dans sa forme ultime, un systématisme gratuit et vide de sens – devient l’une de ses qualités les plus remarquables, jouant généralement de quelques caractéristiques formelles très spécifiques telles que l’allongement des corps, la torsion et la tension de ces mêmes corps dans l’espace, et un coloris acidulé (Pontormo, Rosso, Bronzino, Parmigianino) que même Michel-Ange a exploité dans son œuvre paradigmatique du plafond de la chapelle Sixtine.