
Girolamo di Benvenuto (Sienne, 1470 – 1525)
Assunzione della Vergine con i Santi Francesco ed Antonio da Padova (Assomption de la Vierge avec les saints François et Antoine de Padoue), v. 1510.
Tempéra sur panneaux, 317 x 243,5 cm.
Provenance : Église de la Natività di Maria all’Osservanza, Montalcino.
Montalcino, Museo Civico e Diocesano di Arte Sacra, inv. n° 17MD.
L’origine du modèle iconographique de cette Vierge montant vers les cieux se trouve dans la mythique Assomption dessinée par Simone Martini sur la paroi de l’Antiporto di Camollia, dont elle constitue une variante revisitée par son époque. Avec un effet de réalisme encore nouveau en ce tout début XVIe s., Girolamo di Benvenuto reprend la géniale invention de Simone grâce à laquelle, par le jeu des cercles concentriques qui organisent la présence des anges, des saints et des prophètes assistant depuis le ciel à l’arrivée parmi eux de la Vierge Marie, l’espace semble à la fois contenir les participants et aspirer vers le haut celle qui est la protagoniste principale de l’événement.
Au sol, outre les saints François d’Assise (fig. 1) et Antoine de Padoue (fig. 2) que l’on voit de part et d’autre du tombeau abandonné qui, déjà, s’est empli de fleurs, un troisième témoin assiste, au premier plan, à la scène, tout en en étant involontairement l’un des acteurs : il s’agit de Thomas (fig. 3) dont l’incrédulité légendaire est également connue de la Vierge. C’est pourquoi, afin de lui apporter la preuve, en quelque sorte, qu’elle est bien montée aux cieux, Marie vient de laisser tomber la ceinture dont elle s’est défaite et qu’il s’apprête à recueillir. La scène est fréquente en Toscane et à Sienne où l’église de () conservait un fragment de cette ceinture.
Reconstitution du retable
En vue de reconstituer l’aspect du retable dans sa forme primitive, Dóra Sallay [1]Dóra SALLAY, Corpus of Sienese Paintings in Hungary. 1420-1510. Florence, Centro Di, 2015, p. 291. a proposé d’associer au panneau principal visible à Montalcino une prédelle dont les divers compartiments sont aujourd’hui dispersés.

La prédelle démembrée
Il subsiste quatre des six compartiments de la prédelle du retable de Montalcino. Trois sont conservés dans des collections privées, la quatrième au Szépművészeti múzeum (Musée des Beaux-Arts) de Budapest.
- Girolamo di Benvenuto, Saint Louis de Toulouse
- Girolamo di Benvenuto, Présentation de la Vierge au Temple
- Girolamo di Benvenuto, Sainte Elisabeth de Hongrie
Uppsala Auktionskammare’s Important Sale Week 13 – 16 June 2023. Lot 517 Girolamo di Benvenuto (Italy 1470‑1524). Two predella panels: Saint Louis of Toulouse and Saint Elizabeth of Hungary. Tempera and gold on panel, 33 x 44 cm (each).
Executed ca. 1510.
With red wax seals on the reverse: ”J.A. Ramboux”.
Ces panneaux, qui représentaient autrefois des éléments d’un retable, figurent saint Louis de Toulouse et sainte Élisabeth de Hongrie. Ils constituent, avec trois autres panneaux analogues, une prédelle qui ornait vraisemblablement le retable de L’Assomption de la Vierge avec saint François d’Assise et saint Antoine de Padoue, œuvre de Girolamo di Benvenuto (conservé aujourd’hui au Museo Civico e Diocesano di Arte Sacra de Montalcino, inv. n° 17MD). Ce retable provient de l’église d’un couvent franciscain observantin situé près de Montalcino. Le couvent fut détruit en 1553 par l’armée impériale de Charles Quint ; seule l’église échappa à la démolition. On ignore à quel moment L’Assomption de la Vierge a été installée dans cette église. Sa présence y est attestée pour la première fois au début du XVIIIe siècle, mais un inventaire ultérieur, daté de 1808, ne mentionne plus le retable. L’origine du panneau de L’Assomption demeure quelque peu mystérieuse ; toutefois, sa datation, autour de 1510, concorde avec l’hypothèse selon laquelle il ferait partie du décor originel de l’édifice, dont la construction s’est achevée en 1512. Le premier propriétaire connu, le peintre et lithographe allemand Johann Anton Ramboux, possédait quatre fragments issus de cette même prédelle : deux d’entre eux correspondent aux panneaux présentés ici, un troisième représente La Présentation de la Vierge au Temple (aujourd’hui en collection privée), et le quatrième, intitulé La Vierge apparaissant à saint Bernardin de Sienne, est conservé au musée des Beaux-Arts de Budapest (inv. n° 38). Ces panneaux ont été dispersés après la vente de la collection Ramboux en 1867. Le lot actuel a refait surface en 1984, à l’occasion d’une vente aux enchères (Christie’s, New York, 8 novembre 1984, lot 93). Ces panneaux frappent par la vivacité de leur palette chromatique et par le soin apporté aux détails. Les drapés, aux plis sinueux, sont disposés avec élégance autour des saints agenouillés. Bien que la composition puisse paraître rigide, elle est traitée avec une touche picturale remarquablement libre et spontanée. Les paysages, caractérisés par des falaises rocheuses et des arbres disséminés, témoignent probablement de l’influence d’autres peintres siennois, tels que Pinturicchio et Sodoma. Girolamo di Benvenuto (1470‑1524) est né à Sienne, où il a assimilé le style siennois traditionnel sous la direction de son père. Il a travaillé dans l’atelier paternel, réalisant des fresques et des retables. Le retable de L’Assomption de la Vierge est considéré comme l’une de ses premières œuvres réalisées en toute autonomie ; par conséquent, l’œuvre présentée ici est elle aussi classée parmi ses créations de jeunesse. Au début du XVIe siècle, Benvenuto jouissait de la faveur des franciscains observantins, ce qui confère une légitimité accrue à la commande qu’il a reçue pour ce couvent. - Girolamo di Benvenuto, La Vierge apparaît à Saint Bernardin de Sienne. Budapest, Szépművészeti múzeum.
« Le retable et la prédelle reconstituée s’accordent parfaitement en termes de dimensions, de datation (vers 1510) et d’iconographie. Sous chacun des saints François et Antoine on peut placer deux saints franciscains (dont un a été perdu) et sous l’Assomption deux scènes mariales. Ces derniers, l’un (également perdu) représentait peut-être la Naissance de la Vierge – la provenance du retable est en fait l’église de la Nativité de la Vergine de l’église de l’Osservanza, à Montalcino – et l’autre la Présentation. » [2]Dóra SALLAY, op. cit., pp. 11-12.








