Gilio di Pietro, « Don Ugo, Monaco di San Galgano, Camarlingo »

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Office de la Biccherna

Gilio di Pietro [1]  (documenté à Sienne entre 1247 et 1261)

Don Ugo, Monaco di San Galgano, Camarlingo (Don Ugo, moine de San Galgano, trésorier)

1258, juillet-décembre

Tempera sur panneau, 35,9 x 23,5 cm.

Inscriptions :

  • En lettre jaunes sur fond rouge : « LIBER CAMERARII TENPORE DOMINI BONIFATI DOMINI CASTELLANI DE BONONIA SENENSIS POTESTATIS IN ULTIMIS SEX MENSIBUS SUI REGIMINIS » [2]
  • Sur le livre que tient le camerlingue : « I[N] A[NNO] D[OMINI] MCCLVIII ME[N]SE IULII »

Archivio di Stato di Siena, n°1

Provenance : Accademia di Belle Arti

Sienne, Palazzo Piccolomini. Archivio di Stato.

Cette tablette, si elle n’est pas la première qui fut réalisée [3], est cependant la plus ancienne de celles qui nous sont parvenues. Elle représente le trésorier Don Ugo, moine de l’abbaye cistercienne de San Galgano, qui a occupé la fonction au cours du second semestre de l’année 1258, période que recouvre le registre dont provient cette couverture. [4]

Le camerlingue est vu de profil, assis sur son banc de travail, en train d’examiner le livre qu’il tient entre les mains. L’image, qui se résume à l’essentiel, tendrait vers une abstraction d’une extrême modernité si cette formule trop rapide ne risquait de donner lieu à un contresens. En réalité, elle s’inspire des miniatures peintes dans les codex monastiques contemporains. La composition est réduite à l’essentiel. De même, la gamme chromatique. Traitées en à-plats de couleurs délimités par des contours au dessin net, les formes se profilent sur un plan, ou se rabattent sur celui-ci (voir le pupitre), dans une parfaite cohérence avec la planéité même du support.

Les livres de l’administration des Biccherne étaient nombreux et variés. Cependant, seuls ceux des trésoriers et des quatre recteurs (provveditori] étaient ornés de peintures. Durant le XIIIe s., il demeure possible de distinguer les tablettes provenant des registres des camerlingues de ceux des recteurs grâce aux inscriptions figurant sur la couverture, ainsi qu’aux sujets représentés. A partir des premières années du XIVe s., les officiers de la Biccherna prirent l’habitude, au terme de leur charge semestrielle, de relier en un seul volume le travail réalisé avant de le soumettre à l’approbation du Conseil Général.

Lorsque, au XIXe siècle, elle fut exposée pour la première fois en tant qu’œuvre d’art à l’Accademia di Belle Arti et au Palazzo Pubblico, cette tablette, comme d’autre, fut amputée de sa partie inférieure privée de décor et accrochée sur un mur, comme une peinture. Elle ne retrouva son format d’origine qu’en 1901, lorsque l’ensemble des pièces de la collection de l’Archivio di Stato fut restauré et consolidé.

Dans cette biccherna de 1258, les noms et les blasons des familles des provveditori en fonction manquent. En effet, à cette date mais pour peu de temps encore [5], les provveditori utilisaient un registre différent de celui du camarlingo.

[1] Gilio di Pietro (documenté à Sienne entre 1247 et 1261, date de sa mort) : peintre dont la seule œuvre certaine qui soit parvenue jusqu’à nous est cette illustration ornant la tavoletta di biccherna datée du second semestre 1258. La paternité de l’artiste sur cette œuvre est attestée par le registre de 1258, celui-là même qui est relié entre les deux tablettes, dans lequel le peintre apparaît au titre des dépenses (uscite) d’un montant de cinq sous (« cinque soldi ») qu’un certain « Maestro Gilio di Pietro » reçut cette année-là en paiement de l’illustration.

[2] Contrairement à toutes les tablettes ultérieures, l’inscription principale ne mentionne pas le nom du camarlingo en fonction mais fait référence au semestre au cours duquel Bonifazio di Castellano a occupé la charge de podestat de la ville. C’est en recoupant les informations que le nom du camarlingo en fonction durant le second semestre 1258 a pu être déduit.

[3] L’usage de décorer à l’aide de peintures et d’inscriptions les couvertures de bois des registres date de 1257. Initié à l’instigation du moine Ugo de San Galgano, cet usage a perduré, avec des vicissitudes, jusqu’au XVIIIe siècle.

[4] Don Ugo a été camarlengo à plusieurs reprises, de janvier 1257 à janvier 1259 et de juin 1260 à décembre 1262, soient durant 7 semestres.

[5] L’usage changera au début du XIVe siècle, comme indiqué plus haut.