‘Maestro degli Abertini’ (ou ‘Maestro di Città di Castello’ ?), « Madonna in trono col Bambino »

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‘Maestro degli Albertini’ [1] (peintre apparenté auMaestro di Città di Castello’ [2] ?)

Madonna in trono col Bambino (Vierge à l’Enfant en majesté)

Tempéra sur bois, 141 x 103 cm. (en comptant le cadre original).

Provenance : Église du Santo Pellegrino, Sienne

Sienne, Pinacoteca Nazionale.

L’absence d’anges autour du trône focalise toute l’attention sur le couple formé par la Vierge et l’Enfant. La Vierge est assise sur un trône on ne peut plus caractéristique du style de Duccio. Dans un geste tout aussi mystérieux que le regard en coin qu’elle dirige vers sa droite, l’index de sa main droite dirigé vers le haut semble indiquer l’origine divine, ou, si l’on préfère, les causes liées à la situation que nous observons. Nous voici donc à nouveau placés devant une image dont l’apparente banalité voile le contenu signifiant le plus profond, un sens propice à la méditation du spectateur qui serait, non pas le visiteur plus ou moins pressé du musée où nous nous trouvons mais le fidèle agenouillé devant l’autel auquel cette image pieuse était destinée. Il y a là un message, discrètement signifié à l’aide des quelques indices qui nous sont donnés à voir ; il nous appartient de tenter de les déchiffrer afin de percevoir le sens profond qui contribue à faire d’une simple image, une œuvre.

Le style en est parfaitement siennois par la délicatesse des coloris, les harmonies chromatiques recherchées ou encore les plis ondoyants et les lignes fluides des revers des vêtements que met en valeur, par contraste, la rigidité des formes du trône de marbre. Paraissant bien informé des avancées picturales les plus modernes de son époque, l’auteur anonyme peint les corps, en particulier celui de la Vierge, de manière fortement architecturée : campée à l’instar d’une Madonne imaginée par Giotto, celle du ‘Maître des Albertini’ produit un effet visuel d’autant plus saisissant qu’il est associé à l’aspect frontal du trône sur lequel elle est assise ainsi qu’à l’envergure de sa silhouette (laquelle emplit jusqu’à la saturation l’espace disponible), qu’il confère à l’ensemble un statisme solennel qui convient absolument au thème de la Maestà. L’ensemble fait état d’une parfaite compréhension des innovations proposées par les grands prédécesseurs que sont Giotto et Duccio. Le ‘Maître des Albertini’ se distingue cependant par les visages très expressifs des figures qu’il peint : au visage fermé, solennel et d’une insondable tristesse de la Vierge, s’oppose ici celui de l’Enfant ainsi que sa gestuelle d’une tendresse digne de Duccio. Le Christ tient à la main un morceau de parchemin couvert d’écriture, manière d’indiquer que l’Enfant sait lire (fig. 1).

L’élégante Vierge à l’Enfant en majesté, par son équilibre et sa monumentalité, offre une synthèse remarquable de diverses solutions picturales anciennes ou plus récentes, aussi bien siennoises que florentines : on peut y noter la persistance d’éléments iconographiques byzantins propres au Duecento (le maphorion rouge) ; le penchant vers des rythmes sinueux d’un gothique élégant (cf. le manteau et le voile de la Vierge) suivant à la fois la leçon de Duccio et celle de Giotto ; la complexité architecturale du trône marmoréen ; enfin, le motif fleuri à l’avant du trône qui semble nettement se référer aux décorations de Cimabue au plafond de la quatrième travée de la Basilique Saint-François d’Assise.

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[1] ‘Maestro degli Albertini’ (’Maître des Albertini’) : peintre anonyme actif à Sienne entre 1290 et 1320 environ ; il est considéré comme l’un des premiers émules de Duccio aux côtés, notamment, du ‘Maître de Badia a Isola’ et du ‘Maître de Città di Castello’ dont, selon des auteurs moins récents, l’un des élèves ou disciples pourrait également être l’auteur de ce retable. Ce peintre anonyme prend son nom actuel des frères Albertini, commanditaires d’un ensemble de fresques décorant la chapelle funéraire éponyme de la Collégiale de Casole d’Elsa. Il a cependant connu d’autres dénominations :

  • ’Pseudo-Gilio di Pietro’ (ou  ‘Pseudo Maestro Gilio’) : la Vierge à l’Enfant  ci-dessus (Sienne, Pinacoteca Nazionale. n°18) était à l’époque (1924) attribuée à Gilio di Pietro, peintre siennois du milieu du XIIIe siècle. Au vu de l’influence  manifeste de Duccio, Raymond Van Marle ne pouvait que réfuter cette attribution, si bien qu’il nomma le peintre ‘Pseudo-Gilio di Pietro’
  • ‘Maestro della Maestà di Londra’ : l’appellation est due à Cesare Brandi qui voyait en la Maestà de Londres son œuvre la plus significative
  • ‘Casole Fresco Master’ (‘Master of Casole Fresco’, ’Maestro delle Maestà di Casole’, ’Maître de (la Fresque de) Casole’) : dénomination que l’on doit à James H. Stubblebine dans son importante monographie sur Duccio (Duccio di Buoninsegna and his school, Princeton, 1979), qui reste encore répandue, en particulier dans les pays anglo-saxons
  • ‘Maestro degli Aringhieri’ : avant la découverte de documents en 2010, on pensait que le patronyme des commanditaires était Aringhieri

[2]  ‘Maestro di Città di Castello’ (‘Maître de Città di Castello’) : ce titre générique renvoie également à un artiste anonyme, actif à Sienne de 1290 à 1320 environ.