‘Maestro degli Abertini’ (ou ‘Maestro di Città di Castello’ ?), « Madonna in trono col Bambino »

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‘Maestro degli Albertini’ [1]Voir : ‘Maestro degli Albertini’.

Madonna in trono col Bambino (Vierge à l’Enfant en majesté), v. 1295.

Tempéra et argent sur panneau, 141 x 103 cm. (en comptant le cadre original).

Provenance : Église du Santo Pellegrino, Sienne

Sienne, Pinacoteca Nazionale, inv. 18.

L’absence d’anges autour du trône focalise toute l’attention sur le couple formé par la Vierge et l’Enfant. La Vierge est assise sur un trône on ne peut plus caractéristique du style de Duccio. Dans un geste tout aussi mystérieux que le regard en coin qu’elle dirige vers sa droite, l’index de sa main droite dirigé vers le haut semble indiquer l’origine divine, ou, si l’on préfère, les causes liées à la situation que nous observons. Nous voici donc à nouveau placés devant une image dont l’apparente banalité voile le contenu signifiant le plus profond, un sens propice à la méditation du spectateur qui serait, non pas le visiteur plus ou moins pressé du musée où nous nous trouvons mais le fidèle agenouillé devant l’autel auquel cette image pieuse était destinée. Il y a là un message, discrètement signifié à l’aide des quelques indices qui nous sont donnés à voir ; il nous appartient de tenter de les déchiffrer afin de percevoir le sens profond qui contribue à faire d’une simple image, une œuvre.

Le style en est parfaitement siennois par la délicatesse des coloris, les harmonies chromatiques recherchées ou encore les plis ondoyants et les lignes fluides des revers des vêtements que met en valeur, par contraste, la rigidité des formes du trône de marbre. Paraissant bien informé des avancées picturales les plus modernes de son époque, l’auteur anonyme peint les corps, en particulier celui de la Vierge, de manière fortement architecturée : campée à l’instar d’une Madonne imaginée par Giotto, celle du ‘Maître des Albertini’ produit un effet visuel d’autant plus saisissant qu’il est associé à l’aspect frontal du trône sur lequel elle est assise ainsi qu’à l’envergure de sa silhouette (« Cette silhouette emplit jusqu’à la saturation l’espace disponible.)) et qu’il confère à l’ensemble un statisme solennel qui convient absolument au thème de la Maestà. L’ensemble fait état d’une parfaite compréhension des innovations proposées par les grands prédécesseurs que sont Giotto et Duccio. Le ‘Maître des Albertini’ se distingue cependant par les visages très expressifs des figures qu’il peint : au visage fermé, solennel et d’une insondable tristesse de la Vierge, s’oppose ici celui de l’Enfant ainsi que sa gestuelle d’une tendresse digne de Duccio.

L’élégante Vierge à l’Enfant en majesté, par son équilibre et sa monumentalité, offre une synthèse remarquable de diverses solutions picturales anciennes ou plus récentes, aussi bien siennoises que florentines : on peut y noter la persistance d’éléments iconographiques byzantins propres au Duecento (le maphorion rouge) ; le penchant vers les rythmes sinueux d’un gothique élégant (le manteau et le voile de la Vierge) suivant à la fois la leçon de Duccio et celle de Giotto ; la complexité architecturale du trône marmoréen ; enfin, le motif fleuri à l’avant du trône qui semble nettement se référer aux décorations de Cimabue au plafond de la quatrième travée de la Basilique Saint-François d’Assise.

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Le Christ tient à la main un morceau de parchemin couvert d’écriture, manière d’indiquer que l’Enfant sait lire (fig. 1), et peut-être plus encore que cela : l’extrémité du rouleau laisse apparaître, non pas une inscription destinée à être également lue par le spectateur, comme on pourrait s’y attendre, mais une alternance de lignes rouge et de signes noirs, en d’autre termes, de portées et de paroles comme on en trouve dans les codex enluminés, laissant entendre que le Christ pourrait tout aussi bien entonner quelque mélodie sur les paroles d’un psaume.

Notes

Notes
1 Voir : ‘Maestro degli Albertini’.
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