Taddeo di Bartolo, « Crocifissione »

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Taddeo di Bartolo (actif à Sienne entre 1363 et 1422)

Crocifissione, date ?

Cuspide d’un grand polyptyque, tempera sur panneau, 99 x 56 cm.

Inscriptions : /

Provenance : ?

Sienne, Pinacoteca Nazionale.

Il faut réaliser que nous avons sous les yeux une peinture provenant du sommet de l’un de ces immenses retables gothiques, à une hauteur qui ne permettait vraisemblablement pas de discerner le détail de l’image. Dans le cas présent, la lisibilité de la composition devait aisément compenser la difficulté de l’observer à distance. Du fait de la dispersion des panneaux du retable dont provient cette cuspide, nous avons tout loisir de la regarder de près, dans son émouvante simplicité. Deux personnages, dans lesquels nous reconnaissons Marie et Jean (l’Evangéliste), assistent douloureusement au spectacle de l’agonie du Christ. Les trois arches du cadre doré semblent déterminer la place de chacun des protagonistes de la scène. L’économie de moyens qui la caractérise et qui, nous l’avons vu, est aussi la solution adoptée par Taddo di Bartolo pour rendre la scène lisible de loin, concentre l’attention du spectateur sur l’essentiel avec, pour résultat immédiat, de rendre l’effet plus poignant encore. Les deux silhouettes aux côtés de la croix disent admirablement l’intensité de la douleur éprouvée : Marie, les coudes serrés contre son corps esquisse vers son Fils un geste qu’elle semble ne pas avoir la force d’accomplir entièrement ; à droite, Jean, la tête renfoncée dans son manteau, semble pétrifié à la vue du spectacle et son visage, qu’aucun fidèle n’a sans doute pu observer lorsque le polyptyque était érigé au fond d’une chapelle probablement sombre, exprime à son tour l’effroi. Le corps du Christ pend lamentablement de la croix. Dans une ultime recherche de réalisme et d’exactitude historique, Taddeo di Bartolo n’omet pas de faire figurer la croix fixée au sommet d’un monticule chargé d’évoquer à lui seul le Golgotha [1], ni les pièces de bois fichées dans le sol au pied de cette même croix pour en assurer la stabilité.

Comme souvent, l’usure du temps a fait apparaître les contours de chacun des subtils fragments de feuille d’or déposés sur la surface du panneau, et l’on remarquera ainsi, à travers sa géométrie révélée, le travail impeccable du doreur.

[1] Golgotha : colline située à l’extérieur de Jérusalem, sur laquelle les Romains attachaient les condamnés au supplice de la croix. C’est le lieu où, selon les Evangiles, Jésus a été mis à mort.