Bartolomeo Bulgarini, “Madonna col Bambino e i Santi Ansano e Galgano”

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Bartolomeo Bulgarini (documenté à Sienne de 1337 à 1378)

Madonna col Bambino e i Santi Ansano e Galgano (Vierge à l’Enfant et les saints Ansano et Galgano)1335-1350 env.

Tempéra sur panneaux, 91,5 x 144,5 cm.

Inscriptions : /

Provenance : Après le démembrement du triptyque, les deux saints siennois ont gagné le Palazzo Pubblico, tandis qu’un inventaire de 1859 mentionne la présence de la Madone a l’Enfant dans l’église de SanGiovanni Battista à Fogliano (Sienne), d’où elle passa dans l’église de San Francesco all’Alberino avant de gagner le Museo dell’Opera de Sienne.

Sienne, Pinacoteca Nazionale. Inv. 42-43.

Le triptyque à été restauré et reconstitué à l’occasion de l’exposition Duccio, alle origini della pittura senese [1]. Fort heureusement, il est dorénavant visible en l’état à la Pinacoteca Nazionale. Auparavant, le panneau central était exposé ici-même et les deux volets au Museo dell’Opera (Sienne). Un document de la Biccherna de 1339 atteste d’un remboursement au camarlingo (trésorier) qui avait fait une avance pour “una tavola dipinta colla figura di nostra dona et di santto ansano e di san galgano“ qui pourrait être notre triptyque.

Le panneau central (fig. 1) montre la Vierge, et l’Enfant qui, dans les bras de sa Mère, fait mine de se saisir du léger voile dont elle est coiffée, selon une configuration que nous avons déjà rencontrée à maintes reprises et dont la signification, une évocation de la Passion du Christ, nous est dorénavant connue. Cette évocation par anticipation est d’ailleurs redoublée par le curieux pendentif que porte Jésus autour du cou : celui-ci est composé d’un corail, autre symbole de la Passion en raison de sa couleur rouge, et d’une petite croix, signe par excellence de la mort du Christ crucifié, indice à la fois anachronique et indubitable de la Passion, si toutefois il subsistait un doute.

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Le « vrai » sujet semble devoir être recherché dans chacun des deux panneaux latéraux représentant deux saints qui, à Sienne, sont chez eux et que nous continuerons à appeler par leur nom italien pour éviter le côté dérisoire et assez ridicule de leur traduction en français : Ansano, l’introducteur du Christianisme à Sienne et Galgano, le chevalier devenu défenseur de la foi chrétienne, l’un d’eux (Gargano) né à Chiusdino, dans la région de Sienne, tous deux morts dans cette même région, et tous deux objets d’une vénération toute particulière comme cela peut se produire à Sienne (et ailleurs !) lorsque la sainteté se déclare chez un individu dont le lieu de naissance ou de mort se situe dans un périmètre de proximité.

On l’aura compris, le triptyque permet une sorte de mise en scène de deux des saints Patrons de la ville particulièrement vénérés, en présence de la Vierge et de l’Enfant.

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Ansano, dont le diminutif affectueux est Sano (fig. 2), est représenté sous les traits d’un homme jeune ; il porte un étendard, la balzana noire et blanche, symbole de la ville de Sienne dont il est le Patron et arbore de la main gauche la palme du martyre [2]. Son extrême jeunesse est soulignée par un visage imberbe et presque enfantin et par l’échancrure très large de son col propre aux vêtements portés par les jeunes garçons.

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A droite, lui fait face Galgano (fig. 3), le saint chevalier du nom de Galgano Guidotti, originaire de Chiusdino (Sienne), autre grande figure de la dévotion siennoise. Jeune homme lui aussi, il tient dans la main la paume de l’épée qu’il vient de ficher dans le rocher au sommet de la colline de Montesiepi en signe de renoncement à la guerre, créant ainsi au moyen de son arme l’image de la croix. Contrairement à son alter ego, il ne porte pas la palme puisqu’il n’est pas mort martyrisé [3].

[1] Sienne, Santa Maria della Scala et Museo dell’Opera (4 octobre 2003 – 11 Janvier 2004).

[2] La foi d’Ansano lui a valu d’être plongé dans un chaudron d’huile bouillante avant, finalement, d’être décapité.

[3] Mort de Galgano