Giovanni di Paolo, « Il Giudizio Universale » (« Il Giudizio universale, Il Paradiso, L’Inferno », détail de la prédelle)

Giovanni di Paolo (Sienne, vers 1400 – 1482)

Il Giudizio universale (Le Jugement Dernier), vers 1460.

Partie centrale de la prédelle d’un retable, tempéra et or sur panneau, 42 x 253 cm.

Inscriptions : /

Provenance : Don de l’abbé Ciaccheri.

Sienne, Pinacoteca Nazionale.

Au centre, dans les nuées, le Christ-Juge trône dans une gloire de séraphins et de chérubins à l’heure du Jugement Dernier. Son geste de fulmination résonne, comme autant de cercles concentriques formés dans l’eau, au sein de l’auréole dorée dans laquelle il s’inscrit, et d’où rayonnent, comme des flammèches tourbillonnantes, les ailes bleues des chérubins.  Il est entouré de Marie, sa Mère, et de Jean Baptiste, le Précurseur, tous deux agenouillés en oraison devant lui. Paraissant émaner de l’immense auréole, les quatre anges du Jugement ont embouché leur trompettes pour réveiller les morts. Plus bas encore, une figure de femme songeuse demeure mystérieuse. S’agit-il de Marie Madeleine, la pécheresse pardonnée ? Ou d’une personnification de l’Église ? La tête appuyée sur une main, les yeux fermés, cette présence ne semble pas avoir de précédent dans les représentations du Jugement Dernier. À la manière d’une figure symbolique, comme si l’événement lui apparaissait en un songe dont nous serions les témoins, serait-elle à l’origine de la vision que nous partageons avec elle ?

De part et d’autre de la figure centrale du Christ, les apôtres sont répartis six par six sur deux bancs flottant étrangement dans l’espace, d’où ils observent, non sans une gestuelle exprimant leurs sentiments, les mouvements qui s’opèrent de chaque côté de la scène, vers la gauche et vers la droite. Ces sentiments sont radicalement différents selon que les apôtres sont assis sur le banc de gauche ou sur celui de droite. Dans ce derniers cas, les sentiments exprimés vont jusqu’à l’effroi devant le spectacle de l’entrée des enfers : à l’extrémité du banc, l’un d’eux ne peut réprimer un sentiment d’horreur tandis que son voisin effaré esquisse un geste de recul. La stupeur s’est emparé des six apôtres assis sur ce banc et se décline dans des attitudes variées et d’une grande éloquence.

Tout à fait en bas, les défunts, dans leur nudité première, à peine sortis de l’ombre sépulcrale, attendent le verdict d’un jugement qui va décider de leur sort pour l’éternité. Dans un instant, ils se rendront à gauche, peut-être, dans le Paradis, guidés par des anges, ou, au contraire, à droite, vers l’Enfer où les conduira sans ménagement l’Archange Michel, à moins que ce ne soit un diable qui vienne les arracher à leurs pensées, comme il advient dans les deux saynètes qui se jouent sous nos yeux.