Giovanni di Paolo, « Giudizio universale, Il Paradiso, L’Inferno »

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Giovanni di Paolo (Sienne, vers 1400 – 1482)

Giudizio universale, Il Paradiso, L’Inferno (Jugement universel, Le Paradis, L’Enfer), vers 1460.

Tempéra et or sur panneau, 42 x 253 cm.

Inscriptions : /

Provenance : Don de l’abbé Ciaccheri.

Sienne, Pinacoteca Nazionale.

Cette œuvre, « intellectuellement, est l’une des productions les plus fascinantes de tout le Quattrocento italien » (« […] intellectually one of the most fascinating productions of the whole italian Quattrocento » [1]). Tel est le verdict asséné par John Pope-Hennessy, lui qui disait aussi préférer nettement les bizarreries de Giovanni à « la complaisance et la tendresse parfois exaspérante d’un Sano di Pietro »), et qui ne lésine pas non plus en exprimant son admiration à l’endroit de l’œuvre devant laquelle nous nous trouvons [2]. Le point de vue de Pietro Torriti va dans le même sens : « Cette admirable peinture semble résumer, mais avec un goût tout siennois, les expériences picturales qui, à partir du gothique international d’un Gentile da Fabriano se prolongent jusqu’à la Renaissance du Beato Angelico. Que le Christ-Juge, issus d’une fresque perdue de Masaccio, anticipe ici le geste qu’il aura plus tard dans la fresque du Jugement Dernier de Michel-Ange à la chapelle Sixtine, ou que toute la composition répète une précédente peinture de Giovanni di Paolo lui-même pour la Chapelle Guelfi de San Domenico, à Sienne, tout cela importe peu face à la beauté de cette peinture dans laquelle les figures semblent immergées dans une atmosphère céleste si argentée qu’un éclair lumineux la traverse en entier » [2]. L’essentiel à propos de ce chef-d’œuvre est dit ; reste à tenter de démêler les choses pour comprendre en quoi réside sa grandeur. 

Le panneau au format oblong, une prédelle, provient sans nul doute d’un grand retable et présente les caractéristiques des œuvres de maturité de Giovanni di Paolo. Le souci du récit, ici celui de la fin du monde, est visiblement ce qui intéresse une nouvelle fois le peintre, en digne héritier qu’il est de la tradition picturale siennoise friande  d’une narration poussée jusque dans les détails les plus pointilleux.

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À l’opposé du Jugement dernier de Fra Angelico (Florence, Museo di San Marco, fig. ci-dessus), peint en 1425, qu’il a pu voir à Florence, Giovanni di Paolo ne semble pas intéressé par les questions, primordiales dans la culture florentine de l’époque, liées à la représentation de l’espace. Ce qui intéresse notre siennois, ce n’est pas tant le réalisme de l’image qu’il crée ni la manière dont elle s’inscrit dans un espace profond, que la capacité de celle-ci à traduire par le menu les scènes constitutives de l’événement, et à rendre ces dernières parfaitement visibles. À cet effet, il choisit de privilégier le plan parallèle au support de l’œuvre plutôt que les effets réalistes de la perspective.

Trois scènes distinctes sont représentées au sein d’un paysage qui se déploie dans la continuité. Au centre, le Jugement dernier est déjà en cours. La décision qui va déterminer leurs conditions de vie pour l’éternité doit inéluctablement conduire chacun des ressuscités d’un côté ou de l’autre de la scène : vers la gauche, où se trouve le Paradis sous l’apparence d’un jardin  luxuriant, où vers la droite, à l’endroit où s’élève un rocher percé de sombre cavernes, qui fait pendant au jardin paradisiaque et dans lequel se trouve l’Enfer :

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[1] POPE-HENNESSY 1937, p. 15. 

[2] Il est vrai que l’on ne peut que partager ce sentiment. 

[3] TORRITI 1977, p. 323.

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