Luca di Tommè, « La Presentazione al Tempio »

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Office de la Gabella

Luca di Tommè

La Presentazione al Tempio (La présentation au Temple)

1357, janvier-juin

43,4 X 29,4 cm.

Archivio di Stato di Siena, n° 18

Inscription :

« QUESTO E’ LIBRO DE L’ENTRATA E DE L’ESCITA/DELLA GIENERALE CHABELLA DEL COMUNO DI SIE/NA AL TENPO DE’ SAVI UOMINI GIOVANNI DI PETRO/MIGNANELI CAMARLENGO E DI LORENÇO DI MINO UG/HETI E DI VENTURA D’ANDREA E CIANPOLETO DI M/ISERE VANNI UGURUGIERI E DI MISERE GIOVANNI DI NERI DEL FOR/GIA DE’ SALINBENI SINGNORI ASEGUITORI DE LA DETA CABELA INCO/MINCANDO IN CALENDE GENAIO ANNO MCCCLVI FINENDO IN C/ALENDE LUGLIO ANNO MCCCLVII ISCRITO PER FREDI DI P[…] DI CHIATI ISCRITORE D’ESA CABELA NEL DETO TENPO »

Provenance : archives de l’ancien Etat siennois

La scène principale, pure réminiscence des scènes de présentation au Temple caractéristiques du Trecento[1], occupe tout le haut de la tablette. Contrairement aux indications figurant sur le cartel du musée, elle ne représente pas l’épisode biblique de la Circoncision mais bien celui de la Présentation de Jésus au Temple. [2]

La composition est fortement influencée par l’œuvre qu’Ambrogio Lorenzetti peignit, sur le même thème, en 1342 pour la cathédrale de Sienne.[3] Cependant, la riche et complexe architecture de Lorenzetti fait place, ici, à un édifice relativement simple, de plan octogonal, permettant une répartition des personnages selon une hiérarchie parfaitement lisible.

On identifie, au centre, la Vierge, les bras tendus vers son Fils, et saint Siméon [4] portant dans ses bras l’Enfant Jésus qu’elle vient de lui confier. On notera la précision de la figure de Siméon qui, par respect pour l’Enfant, ne le porte pas à même ses bras mais dans un pli de son manteau, ainsi que le précisent les textes. Dans un geste d’une grande expressivité, l’Enfant apeuré tend les bras[5] vers sa Mère comme pour l’appeler. Celle-ci lui répond en lui ouvrant les bras.

Joseph se tient en retrait de la scène, derrière la Vierge. Contrairement à la plupart des scènes de Présentation au Temple, il ne tient plus entre ses mains les deux colombes rituelles qu’il a déjà offertes au prêtre que nous apercevons derrière l’autel. Celui-ci tient en main un outil tranchant et s’apprête à accomplir le sacrifice rituel des colombes et à les jeter dans le feu allumé sur la table des sacrifices.

Sur les bords de l’édifice qui contient la scène, d’autres personnages assistent à l’événement. Parmi eux, on reconnaît à droite, grâce au rouleau d’écriture contenant ses prophéties, qu’elle tient de la main gauche, la profétesse Anne.

Pour comprendre le sens du thème iconographique, il faut savoir que la loi de Moïse[6] faisait obligation à tous les juifs d’offrir une redevance en argent et de faire le sacrifice d’un agneau (ou de deux tourterelles pour les plus pauvres …) lors de la naissance du fils ainé, ceci pour le consacrer à Dieu en souvenir de la sortie d’Egypte.

En outre, d’après le rituel [7] judaïque, toute femme venant d’accoucher était réputée impure et devait attendre quarante jours pour être purifiée et pouvoir à nouveau entrer au sanctuaire et y déposer une offrande.

Au dessous, la frise d’emblèmes évoque les familles des provveditori également mentionnées dans l’inscription qui occupe le bas de la tablette : Ughetti, Venturi, Ugurgieri, Salimbeni.

[1] Voir, en particulier, la Présentation au Temple, d’un artiste giottesque, peinte dans la basilique inférieure d’Assise.

[2] La Présentation de Jésus au Temple, la Purification de la Vierge et la Chandeleur sont autant de noms pour désigner une seule et même fête, célébrée le 2 février, soit quarante jour après Noël et la naissance de Jésus.

Parmi les quatre évangélistes, seul Luc raconte l’épisode de la Présentation au Temple. Les trois autres n’en disent mot.

« Lorsque le temps prescrit pour la purification fut arrivé, Marie et Joseph, selon la loi de Moïse, portèrent l’Enfant à Jérusalem pour le consacrer au Seigneur et pour offir en sacrifice un couple de tourterelles.

Or, il y avait à Jérusalem un homme appelé Siméon. Il avait été averti par le Saint Esprit qu’il ne mourrait point avant d’avoir vu le Messie. Il vînt donc au Temple poussé par l’Esprit et, comme les parents apportaient l’Enfant Jésus, il le prit entre ses bras et dit : « Maintenant, Seigneur, tu peux laisser aller ton serviteur en paix : car mes yeux ont vu le Sauveur. » Et s’adressant à Marie, il ajouta, faisant allusion à la mort de Jésus : « Une épée te transpercera l’âme. »

Il y avait aussi une prophétesse, Anne, fort avancée en âge, qui servait Dieu nuit et jour dans le jeûne et la prière. Elle aussi rendit grâce à Dieu.

Après qu’ils eurent tout accompli selon la loi du Seigneur, Marie et Joseph retournèrent à Nazareth. »

Luc 2, 22-40.

[3] Aujourd’hui conservée aux Offices de Florence.

[4] Et non Joseph, comme on peut le lire de manière eronnée dans certains commentaires (TOMEI, 2002, p. 158).

[5] Dans la Légende dorée, il est précisé que, par respect, Siméon pris l’Enfant dans ses bras en l’enveloppant dans un pli de son vêtement. Voir la représentation de l’épisode de la Présentation de Jésus au Temple peinte par Ambrogio Lorenzetti pour l’autel de San Crescenzo dans la cathédrale de Sienne (aujourd’hui au Musée des Offices, Florence).

[6] « Tout mâle ouvrant un sein sera consacré au Seigneur », Exode, 13-2.

[7] Lévitique 12, 1-8.