
‘Maestro della Maestà Gondi’ (Sienne, documenté de 1317 à 1327)
Madonna col Bambino e i Santi Marcellino, Lorenzo, Leonardo e Agostino martire (Vierge à l’Enfant et les saints Marcelin, Laurent, Léonard, Augustin martyr), vers 1320.
Tempéra sur panneau, 84 x 189 cm.
Inscriptions : /
Provenance : Église de San Lorenzo, Monterongriffoli.
Pienza, Museo Diocesano.
Registre principal
De gauche à droite :
- San Marcellino (Marcelin)
- San Laurent (Laurent)
- Madonna col Bambino (Vierge à l’Enfant)
- San Leonardo (Léonard)
- Sant’Agostino Martire
Le pentaptyque, destiné à l’église San Lorenzo de Monterongriffoli, représente la Vierge à l’Enfant accompagnée des saints Marcellin, Laurent, Léonard et Augustin martyr. Dans le registre principal, il honore à la fois le saint patron et les saints Marcellin et Augustin, martyrisés dans la vallée de Sanzia voisine. Il se distingue par l’utilisation d’un fond argenté au lieu du fond argenté beaucoup plus courant (mais aussi plus coûteux).
Pinacles
De gauche à droite :
- Angelo (Ange)
- San Pietro (Pierre)
- Cristo Redentore (Christ Rédempteur)
- San Paolo (Paul)
- Angelo (Ange)
Il s’agit d’un document de la peinture siennoise de l’époque de Duccio qui présente un grand intérêt, notamment parce qu’il s’agit de l’un des rares exemples de polyptyques qui conserve encore presque toute sa menuiserie d’origine (et suggère donc qu’un cadre similaire devait également entourer le polyptyque n. 28 de Duccio à la Pinacothèque nationale de Sienne, généralement considéré comme le prototype de ce type de retable). Il s’agit évidemment d’un tableau bien connu dans l’historiographie de Duccio et, au musée de Pienza, il était, jusqu’au début des années 2000, attribué à l’atelier d’Ugolino di Nerio, le plus fidèle disciple de Duccio [1]Museo Diocesano di Pienza, op. cit., pp. 25, 26-27 fig. 3.. Cependant, depuis l’exposition de 2003 consacrée au fondateur de l’école siennoise, on peut affirmer que le polyptyque de Monterongriffoli est sans aucun doute inclus au catalogue du peintre baptisé par Alessandro Bagnoli de l’épithète de ‘Maître de la Maestà de Gondi » : un artisan actif dans les premières décennies du XIVe siècle, qui est à Duccio ce que Giovan Francesco Penni est à Raphaël, déclarant dans ses œuvres une fidélité extrême aux méthodes du chef d’atelier et ne se distinguant que par un degré de qualité inférieur [2]Sur le ‘Maestro della Maestà Gondi’, voir : Alessandro BAGNOLI, « Maestro della Maestà Gondi », dans Alessandro BAGNLLI, Roberto BARTALINI Bartalini, Luciano BELLOSI et Michel LACLOTTE, Duccio. Alle origini della pittura senese (cat. d’exp. Sienne, 2003-2004), Cinisello Balsamo (Milan), Silvana Editoriale. 2003, pp. 334-342. Le polyptyque de Monterongriffoli a déjà été … Poursuivre. De plus, l’inclusion du polyptyque de Monterongriffoli dans le corpus du ‘Maître de la Maestà de Gondi’ confirme cette attribution. La juxtaposition des images est en quelque sorte automatique si l’on se souvient que ce même corpus hérite en grande partie de celui du pseudo ‘Maître Goodhart ducciesque’, auquel notre retable fut jadis attribué par Getrude Coor et James Stubblebine [3]Gertrude COOR-ACHENBACH, « Contributions to the study of the Ugolino di Nerio’s art », Art Bulletin, XXXVII, 1955, pp. 163-164 ; James H. STUBBLEBINE, Duccio di Buoninsegna and his school, Princeton, Princeton University Press, 1979, pp. 109-110. Un second pentaptyque du ‘Maestro della Maestà Gondi’, à l’origine également avec une base en argent, mais dans ce cas sans la … Poursuivre. Concernant la peinture du XIVe siècle, une merveilleuse nouvelle a récemment émergé au sujet de la Vierge à l’Enfant de Bartolomeo Bulgarini, qui se trouvait autrefois dans l’église San Francesco de la Pientine. Le chercheur néerlandais Machtelt Israëls a en effet pu identifier les quatre compartiments latéraux qui flanquaient à l’origine l’image mariale pour composer un autre pentaptyque. Il s’agit des saints François, Jean-Baptiste, Augustin (?) et Marie-Madeleine, qui sont actuellement réassemblés avec leurs pointes dans un curieux pastiche (le soi-disant « Polyptyque Toscanelli »), et sont conservés à la Villa I Tatti, près de Florence, dans la collection ayant appartenu à Bernard Berenson. Et notre amie Machtelt pourra apporter la preuve de cette découverte — qui enrichit nos connaissances sur l’un des plus grands peintres siennois « après la peste noire » — dans le catalogue de la collection Berenson, dont nous espérons la publication prochaine [4]Machtelt Israëls a présenté ses recherches sur le polyptyque de Bartolomeo Bulgarini pour San Francesco à Pienza lors de ses communications à la conférence « Bartolo di Fredi et l’art de son temps » (Charlottesville, Musée d’art de l’Université de Virginie, 27 avril 2012) et lors d’une journée d’étude dédiée à la mémoire de Miklós Boskovits (Florence, … Poursuivre.
Il convient également de mentionner le ravissant triptyque de dévotion privée représentant la Vierge à l’Enfant avec saint Jean-Baptiste et sainte Catherine d’Alexandrie, qu’Enzo Carli avait choisi comme pièce maîtresse d’un rare ‘Maître de Pienza’ gravitant autour de Sassetta, et qui trouva plus tard sa juste place dans le catalogue du « Maître de l’Osservanza » [5]Enzo CARLI, Il Sassetta e il Maestro dell’Osservanza, Milan, 1957, pp. 122-123 ; Museo Diocesano di Pienza, op. cit., pp. 40 e 41 fig. 15, pp. 43-44.. En 2010, Maria Falcone a découvert des documents lui permettant d’identifier la Nativité de la Vierge conservée au musée du Palazzo Corboli à Asciano, longtemps considérée comme l’un des sommets du corpus du Maître de l’Osservanza, comme étant l’œuvre de Sano di Pietro, datée d’environ 1438-1439. Ceci nous amène à partager l’avis de nombreux chercheurs qui, à la suite de Cesare Brandi, ont identifié dans les œuvres rassemblées sous le nom de Maestro dell’Osservanza les résultats de l’activité de jeunesse de Sano di Pietro avant 1444 : un peintre siennois du XVe siècle très célèbre, qui a également peint l’un des retables de la cathédrale de Pienza [6]Maria FALCONE, « La giovinezza dorata di Sano di Pietro. Un nuovo documento per la Natività della Vergine di Asciano », 138 (2010), pp. 28-34. Sur Sano di Pietro (et le ‘Maestro dell’Osservanza’), voir : Gabriele FATTORINI, Alessandro ANGELINI, Anna Maria GUIDUCCI et Wolfgang LOSERIES (dir.), Sano di Pietro nel sesto centenario della nascita: qualità, devozione e pratica nella … Poursuivre. Le petit triptyque du musée doit donc également être attribué à Sano di Pietro et l’on peut croire que, compte tenu de son extraordinaire raffinement, il date des toutes premières années de sa carrière, lorsque le peintre, vers 1430, travaillait encore sous l’égide du grand Sassetta (j’ai en effet voulu comparer l’élégance parfaite de la Santa Caterina d’Alessandria avec la Madonna della Neve réalisée par Stefano di Giovanni pour la Cathédrale de Sienne en 1430-1432.
[7]Gabriele FATTORINI, « Aggiornamenti dal Museo Diocesano », Canonica. Rivista di Studi Pientini, 3 (2013), pp. 19-28.
Notes
| 1↑ | Museo Diocesano di Pienza, op. cit., pp. 25, 26-27 fig. 3. |
|---|---|
| 2↑ | Sur le ‘Maestro della Maestà Gondi’, voir : Alessandro BAGNOLI, « Maestro della Maestà Gondi », dans Alessandro BAGNLLI, Roberto BARTALINI Bartalini, Luciano BELLOSI et Michel LACLOTTE, Duccio. Alle origini della pittura senese (cat. d’exp. Sienne, 2003-2004), Cinisello Balsamo (Milan), Silvana Editoriale. 2003, pp. 334-342. Le polyptyque de Monterongriffoli a déjà été publié avec l’attribution au ‘Maître de la Maestà Gondi’ par Michel Laclotte, dans Luciano BELLOSI, Gabriele FATTORINI e G. PAOLUCCI (dir.), Capolavori ritrovati in terra di Siena. Itinerari d’autunno nei Musei Senesi (cat. d’exp. della Asciano […] Sienne, 2005-2006), Cinisello Balsamo, Silvana Edutoriale, 2005, pp. 64, 65 fig. 4, p. 71 note 7. |
| 3↑ | Gertrude COOR-ACHENBACH, « Contributions to the study of the Ugolino di Nerio’s art », Art Bulletin, XXXVII, 1955, pp. 163-164 ; James H. STUBBLEBINE, Duccio di Buoninsegna and his school, Princeton, Princeton University Press, 1979, pp. 109-110. Un second pentaptyque du ‘Maestro della Maestà Gondi’, à l’origine également avec une base en argent, mais dans ce cas sans la menuiserie, est conservé au Museum of Art de Birmingham (Alabama) où il comporte une attribution au ‘Goodhart Ducciesque Master’ ; voir Jennifer SHERMAN, « A New Leaf: Recent Technical Discoveries in the Goodhart Ducciesque Master’s Madonna and Child with Four Saints », dans Studying and Conserving Paintings. Occasional Papers on the Samuel H. Kress Collection, Londres, 2006, pp. 64-76. |
| 4↑ | Machtelt Israëls a présenté ses recherches sur le polyptyque de Bartolomeo Bulgarini pour San Francesco à Pienza lors de ses communications à la conférence « Bartolo di Fredi et l’art de son temps » (Charlottesville, Musée d’art de l’Université de Virginie, 27 avril 2012) et lors d’une journée d’étude dédiée à la mémoire de Miklós Boskovits (Florence, Fondation Longhi, 18 décembre 2012) avant de les publier dans le catalogue de la collection Berenson. |
| 5↑ | Enzo CARLI, Il Sassetta e il Maestro dell’Osservanza, Milan, 1957, pp. 122-123 ; Museo Diocesano di Pienza, op. cit., pp. 40 e 41 fig. 15, pp. 43-44. |
| 6↑ | Maria FALCONE, « La giovinezza dorata di Sano di Pietro. Un nuovo documento per la Natività della Vergine di Asciano », 138 (2010), pp. 28-34. Sur Sano di Pietro (et le ‘Maestro dell’Osservanza’), voir : Gabriele FATTORINI, Alessandro ANGELINI, Anna Maria GUIDUCCI et Wolfgang LOSERIES (dir.), Sano di Pietro nel sesto centenario della nascita: qualità, devozione e pratica nella pittura senese del Quattrocento, actes du colloque (Sienne – Asciano 2005), Cinisello Balsamo, 2012. |
| 7↑ | Gabriele FATTORINI, « Aggiornamenti dal Museo Diocesano », Canonica. Rivista di Studi Pientini, 3 (2013), pp. 19-28. |





