Lorenzo di Pietro, dit ‘Il Vecchietta’, « Resurrezione »

Lorenzo di Pietro, dit ‘Il Vecchietta’ (Premières années du XVe siècle – 1480)

Resurrezione (Résurrection)

Caisson de la face antérieure de l’Arliquiera de Santa maria alla Scala, tempera sur panneaux.

Sienne, Museo dello Spedale di Santa Maria della Scala.

Dans un contexte visuel abstrait et parfaitement intemporel, le Christ semble en lévitation au-dessus de son tombeau qu’il quitte tout aussi miraculeusement qu’il vient de ressusciter. Léger comme l’air qui le soulève et donne un mouvement au voile couvrant son corps gracile, il flotte de manière surnaturelle dans l’atmosphère translucide et dorée. A ses pieds, trois soldats sont encore endormis contre le tombeau rose dont la pierre a été bougée : dormant d’un sommeil que rien ne semble pouvoir déranger, ils n’ont rien vu et ne verront rien. Leur attitude évoque immanquablement la même scène peinte par Piero della Francesca (fig.1).

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Mais la comparaison s’arrête là. Alors que le Christ au corps puissant et solide comme une colonne, peint par Piero, plonge en pleine face son regard dans celui du spectateur et le prend à témoin de l’acte qu’il va accomplir par lui-même, dans un effort physique, au creux d’un paysage qui confère à l’ensemble un effet puissant de réalité, Vecchietta traite la scène comme un conte, sur le mode du merveilleux. Là est toute l’infinie singularité de deux projets artistiques que tout éloigne : l’un, propre à Florence, porté par un principe de progrès, s’efforçant de traduire en termes de réalisme les événements rapportés par la légende pour leur donner, en peinture, un poids et un sens du tragique qu’ils n’avaient jusqu’ici jamais atteints, l’autre, spécifiquement siennois, fidèle à une ancienne tradition qui n’est cependant jamais insensible à la nouveauté, mais désireuse de demeurer fidèle à l’esprit du lieu, gommant la réalité pour mieux exprimer le caractère surnaturel, ou merveilleux, de la narration, assumant pleinement une forme d’archaïsme pour en sauvegarder l’indicible grâce, laquelle advient toujours grâce à la poésie.