Bartolo di Fredi et atelier, « San Nicola dota tre fanciulle povere »

nicolas

Bartolo di Fredi (Sienne, vers 1330-1410) et atelier

San Nicola dota tre fanciulle povere (Saint Nicolas dote trois jeunes filles pauvres), vers 1370.

Inscription (sous la figure de Nicolas) : « S. NICHOL[A]IS »

Fresque, 188,5 x 219,7 cm.

Très populaire, le sujet de cette œuvre est lui aussi décrit dans la Légende dorée. La scène se déroule à Patras en Lycie et non en Grèce comme le rapporte par erreur Jacques de Voragine :

« Un de ses voisins était sur le point, faute de moyens d’existence, de livrer ses trois filles à la prostitution. Nicolas eut horreur d’un tel crime et, enveloppant dans un linge une petite masse d’or, il la jeta de nuit dans la maison du pauvre homme. Il dota de la même façon les deux autres filles qui échappèrent ainsi à la débauche [1] ».

La légende des trois pucelles sauvées du déshonneur grâce à la dot de Saint Nicolas est aussi connue que celle de la Charité de Saint Martin partageant son manteau avec un mendiant, selon Louis Réau.

D’après une tradition picturale fortement établie dans la peinture gothique siennoise, Bartolo représente la maison du père des trois jeunes filles de manière telle que le mur parallèle à la surface de la fresque semble été ôté (ou rendu transparent) de manière à permettre au regard du spectateur de pénétrer la pièce.

Bartolo, que l’on sait sensible à l’effet de réalité que peut produire un détail narratif, prend ici une assez grande liberté par rapport au texte de référence. Dans l’esprit de ce texte, le geste du Saint est caractérisé par un souci de discrétion (« il jeta de nuit » les trois bourses d’or) ; c’est pourquoi la plupart des représentations de cette scène nous montrent le père de famille dans une attitude qui exprime le doute, voire le désarroi quant à l’avenir des ses trois filles. Ici, le père, que l’on aperçoit dans l’ouverture de la porte entrebâillée, est témoin du geste du Saint, comme si, intrigué après que celui-ci ait envoyé les deux premières bourses [2] par l’ouverture située au-dessus de la porte, il s’était déplacé afin de connaître l’origine de ce geste inespéré à tous égards.

Conformément à la tradition iconographique, les trois jeunes filles que Saint Nicolas est en train de sauver du pire sont sagement endormies dans le même lit, à l’abri d’un rideau supposé préserver une forme d’intimité au sein du domicile paternel mais qui semble avoir été tiré pour nous permettre d’observer le sommeil innocent des trois pucelles. Dehors, le Saint, hissé sur la pointe des pieds, vient de lancer la troisième bourse d’or à travers le soupirail. C’est précisément dans cet instant suspendu – la troisième bourse va pénétrer l’intérieur du logis – que le père de famille se présente dans l’ouverture de la porte, voit, comme nous, Nicolas en pleine action et, comme nous identifie l’auteur de ce geste de bienfaisance.

Les trois jeunes filles dorment profondément. Deux d’entre elles, dont les cheveux sont modestement enveloppés dans un bonnet blanc, ont déjà reçu l’or que leur a lancé le Saint et semblent sourire dans leur sommeil. La troisième, qui va dans un court moment recevoir sa propre dot, dort le visage encore tourné vers le mur et l’on est tenté d’imaginer que, dans cet instant qui va suivre, elle se retournera alors vers nous et sourira comme le font ses deux sœurs.

Il importe de remarquer que la scène à d’autres témoins : plusieurs visages de saints – tous franciscains – parsemés dans la bordure de la fresque semblent, comme nous, contempler ce charmant épisode.

[1] Noter références

[2] Celles-ci sont visibles sur le lit.