Duccio di Buoninsegna, « Funerali della Vergine »

CD0CCAD3-820C-4856-8B63-BAD4B9EBDD5C.jpeg

Duccio di Buoninsegna (Sienne, vers 1260 – vers 1318/19)

Funérailles de la Vierge

Tempera et or sur bois, 58 x 52,5 cm.

Sienne, Museo dell’Opera Metropolitana del Duomo.

Sortants de la ville blottie derrière ses murailles crénelées (celle-ci n’est pas, une nouvelle fois, sans évoquer l’idée de Sienne), les apôtres portent sur une civière le corps de la Vierge afin de le conduire au lieu de la sépulture, situé « dans la vallée de Josaphat » [1], qui leur a été indiqué par le Christ. La scène est loin de représenter le tranquille cortège du groupe d’apôtre venus participer aux funérailles de la Vierge. Les Écrits apocryphes, toujours emplis de détails visant à satisfaire une curiosité populaire avide d’informations, et grands pourvoyeurs de données exploitées par les artistes, ont visiblement constitué la source utilisée ici par Duccio. Tous les incidents mentionnés par Jacques de Voragine y figurent. On se souvient des craintes exprimées par Marie à l’ange dans la perspectives de ses propres funérailles. Des bruits ont couru qu’elles servirait de prétexte à des actes violents. Et précisément, une violence est en cours d’exécution sous nos yeux : à l’arrière du cortège formé par les apôtres, un homme [2] s’agrippe des deux mains à la civière dans l’intention de la retourner afin de faire chuter le « saint corps » et, lit-on, de « [livrer] au feu le corps qui [avait] porté ce séducteur » (entendre ici le corps ayant enfanté du Christ. « Mais aussitôt ses mains se séchèrent et s’attachèrent au brancard, en sorte qu’il y était suspendu : il poussait des hurlements lamentables, tant ses douleurs étaient atroces. » Pierre se retourne, et constate la situation. La suite se lit également dans le texte de la Légende dorée. Faisant remarquer que l’heure n’est pas à la guérison du coupable mais doit demeurer vouée entièrement aux « funérailles de notre Dame », il incite Jéphonias à croire dans la sainteté de la Vierge et de son Fils. « J’ai lieu d’espérer, ajoute-t-il, que vous pourriez être guéri de suite. » Dans l’instant d’après, les mains de Jéphonias se détachaient du cercueil …

[1] Jacques de Voragine, La Légende dorée, chap. 115, « L’Assomption de la sainte Vierge Marie. »

[2] Le Pseudo-Jean donne le nom de cet homme : Jéphonias, et Jacques de Voragine son statut : il est « prince des prêtres », ou grand-prêtre.