Pittore senese attivo nel ultimo quarto del XIIIe s., « Cattura di Cristo »

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Pittore senese attivo nel ultimo quarto del XIIIe s. (Peintre siennois actif au cours du dernier quart du XIIIe s.)

Cattura di Cristo (Arrestation du Christ)

Fresque

Provenance : In situ

Sienne, « crypte » sous la Cathédrale.

Comme dans chacune des scènes paroxystiques de la fin de la Passion (l’Arrestation, la Crucifixion et la Descente de croix), la composition d’ensemble est très ramassée autour d’un nombre réduit de figures, elles-mêmes traitées à une échelle monumentale, et qui occupent presque toute la surface disponible. Cette extrême condensation de l’action donne un relief particulier au baiser par lequel Judas, s’élançant littéralement à l’assaut de Jésus, est en train de le trahir : elle en fait le point focal.

En réaction à l’arrestation du Christ, Pierre coupe l’oreille droite [1] de Malchus, l’un des serviteurs du grand prêtre Caïphe, à l’aide de son coutelas. Comparée à la monumentalité qui caractérise la représentation du baiser de Judas, la violence de la réaction de Pierre semble traitée de manière anecdotique, caractère qui n’est pourtant le propre de cet incident que si celui-ci est comparé à la trahison dont le Christ est victime. Outre le fait que soit rappelée la symbolique particulière attribuée à l’oreille droite comparée à celle de gauche [2] dans le contexte de cet épisode, cette scène secondaire permet d’illustrer, presque à la lettre, l’Évangile de Luc (Lc 22, 50-51) où l’on peut lire : « 50 L’un d’eux frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille droite. 51 Mais Jésus dit : « Restez-en là ! » Et, touchant l’oreille de l’homme, il le guérit. » Dans l’image que nous contemplons, à peine Pierre, parfaitement reconnaissable et nimbé d’une auréole, est-il en train de trancher l’oreille de Malchus que le Christ tend la main droite en direction de ce dernier, en faisant un geste de bénédiction qui équivaut ici, sans aucun doute, au contact physique mentionné dans les textes.

Non moins significatif est le détail du rouleau que le Christ tient dans la main gauche et dont il ne se départit pas lorsqu’il est représenté dans la puissance de son statut de Rédempteur. Ce rouleau contient la prophétie d’Isaïe dans laquelle le prophète annonce la venue de celui qui portera la Bonne Nouvelle. Lorsque, à l’occasion de son retour à Nazareth, Jésus a enseigné dans la synagogue, il a lu ce texte à voix haute devant l’assemblée avant de conclure sur les fortes paroles que rapporte Luc (Lc 4, 14-21) : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre. » [3]

D’autres détails mériteraient de retenir l’attention mais l’un mérite particulièrement d’être souligné. Il s’agit cette fois de remarquer avec quelle étonnante efficacité l’auteur de cette fresque parvient (nous sommes à la fin du XIIIe siècle !) à creuser le plan de l’image et à simuler l’espace réel en représentant le sommet des têtes des personnages situés à l’arrière plan échelonnés les uns derrière les autres comme on pourrait les voir dans la profondeur de l’espace réel. Quelques années plus tard, dans la même scène de l’Arrestation peinte au revers de la Maestà, Duccio traduira de la même manière empirique, efficace et d’une étonnante modernité, la foule (ici, des soldats) située au second plan (fig. 2), telle qu’un œil de peintre a pu l’observer dans la réalité.

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[1] Ce détail, on le verra, n’est pas fortuit.

[2] On apprend, grâce à l’abondante exégèse médiévale sur ce sujet, ici, saint Jérôme, que « ce Malchus (c’est-à-dire qui était autrefois roi des Juifs), est devenu esclave de l’impiété et de la cupidité des prêtres, et a perdu l’oreille droite pour ne plus entendre que de l’oreille gauche la pauvreté du sens littéral de la loi. »

[3] Le texte de l’Évangile de Luc (Lc 4, 14-21) raconte cette scène de la manière suivante (on notera que les différentes traductions utilisent indifféremment les vocables livre ou rouleau pour désigner le support sur lequel est écrite la prophétie d’Isaïe lue par le Christ ; celles-ci figurent donc toutes deux dans le texte reproduit ci-dessous) :

14 Lorsque Jésus, dans la puissance de l’Esprit, revint en Galilée, sa renommée se répandit dans toute la région.

15 Il enseignait dans les synagogues, et tout le monde faisait son éloge.

16 Il vint à Nazareth, où il avait été élevé. Selon son habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat, et il se leva pour faire la lecture.

17 On lui remit le livre [le rouleau] du prophète Isaïe. Il ouvrit le livre [Il déroula le parchemin] et trouva le passage où il est écrit :

18 L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés,

19 annoncer une année favorable accordée par le Seigneur.

20 Jésus referma le livre [roula le livre], le rendit au servant et s’assit. Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui.

21 Alors il se mit à leur dire : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre. »

14 Jésus, rempli de la puissance de l’Esprit, retourna en Galilée. Sa réputation se répandit dans toute la région.