Pittore senese attivo nel ultimo quarto del XIIIe s., « Natività di Gesù »

 

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Pittore senese attivo nel ultimo quarto del XIIIe s. (Peintre siennois actif au cours du dernier quart du XIIIe s. [Dietisalvi di Speme ?])

Natività di Gesù (Nativité)

Fresque

Provenance : In situ

Sienne, « crypte » sous la Cathédrale.

Parler de Natività « di Gesù » (Nativité « de Jésus ») constitue une forme de pléonasme si l’on considère un usage dorénavant ancien selon lequel le vocable : Nativité, écrit avec un « N » majuscule, désigne nécessairement – et seulement – la naissance de Jésus.

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L’état de la fresque est très lacunaire mais ce sont bien les éléments de la représentation d’une Nativité, telle qu’elle est issue d’une tradition byzantine, qui demeurent visibles (fig. 1). Au centre d’un paysage rocheux, dans l’ouverture d’une grotte, se détache encore le groupe constitué de l’enfant Jésus, couché dans la mangeoire et veillé par l’âne et le bœuf, ainsi que de Marie, que nous voyons étendue sur une couche d’un rouge écarlate (s’agit-il d’un tapis ? ou d’une couverture ?). Sa taille, hors d’échelle par rapport au contexte qui l’environne, rappelle qu’elle est le protagoniste de la scène le plus important après l’Enfant Jésus. Celui-ci est représenté deux fois : une fois allongé dans l’auge qui lui sert de berceau, une seconde fois dans les bras des servantes affairées à lui donner un bain. Cette double représentation que permet la peinture au sein d’une même image doit être interrogée. L’Enfant est représenté couché dans une auge que les artistes, à partir du XVe siècle, n’hésiteront pas à représenter comme un tombeau de style antique, explicitant ainsi une signification sous-jacente déjà à l’oeuvre ici, et que le lange évoquant le linceul du tombeau vient confirmer : ce Christ couché dans ce qui fait ici office de berceau annonce déjà celui qui sera allongé dans le sépulcre avant la Résurrection. En revanche, le bain de l’Enfant doit aussi, selon une tradition iconographique héritée de l’Antiquité, être compris comme un symbole de vie. Ainsi, la représentation dédoublée de l’Enfant Jésus vise-t-elle à évoquer l’annonce de sa mort ainsi que celle de sa Résurrection à venir ou, pour dire la même chose en d’autres termes, donne-t-elle à voir le sens de la destinée terrestre du Christ.

Au-dessous, à droite, deux sages-femmes s’apprêtent à mettre fin au premier bain qu’elles viennent de donner au nouveau-né, sous le regard attentif de la Vierge ; celle-ci semble n’avoir pas quitté la scène des yeux. A gauche, est assis Joseph (fig. 2), probablement en proie au doute [1] qui continue à le submerger et qui ne prendra fin que plus tard dans la chronologie des événements, quand un ange lui apparaîtra pour lui confirmer que l’enfant qui vient de naître est bien le fruit d’une volonté divine, et de cela seulement. Pour l’heure, il est recroquevillé sur lui-même, la tête basse, il observe sans complaisance apparente le mouvement des servantes, indifférent au chœur des anges qui dansent au-dessus de la colline abritant la grotte.

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Le chœur des anges qui apparaissent à l’arrière de la colline, ou du rocher, si l’on préfère, est mentionné dans l’Évangile de Luc en relation avec l’Annonce faite aux bergers (Lc 2, 13-14) : « Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : ‘Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime.’ » Compte tenu de la présence de ce chœur d’anges, il serait logique que les bergers arrivant aux abords de la grotte aient été représentés dans la fresque, au moment où les premiers d’entre eux parviennent sur le lieu de la Nativité. C’est bien ce que l’on aperçoit dans le bas à droite : un berger dont seule une une partie du corps est visible, accompagné d’un petit cochon noir à ses pieds, entre dans l’espace de la narration (fig. 3). C’est aussi ce que l’on peut voir dans deux Nativités peintes à la même période (fig. 4 et 5), œuvres qui entretiennent d’étroites affinités avec la fresque de la « crypte ».

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3

On observera, enfin, que si l’Évangile de Luc évoque une crèche (et donc une Nativité qui se déroule dans un cadre plutôt pastoral), les artistes byzantins ont préféré reprendre l’Évangile apocryphe de Jean ou celui du Pseudo-Matthieu [2] qui situent tous deux la scène de la Nativité dans une grotte.

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4

Dietisalvi di Speme, Nativité (volet d’armoire reliquaire). Sienne, Pinacothèque Nationale.

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5

Duccio di Buoninsegna (Sienne, vers 1260 – vers 1318/19), Nativité et Adoration des Bergers. Tempera et or sur bois, 43 × 43.9 cm. Washington, National Gallery of Art, Andrew W. Mellon Collection.

 

[1] On apprend par les textes que Joseph a douté un temps de la fidélité et de la virginité de la Vierge, avant qu’ange ne lui apparaisse et ne vienne lui ôter tout motif de contrariété.

[2] Evangile du pseudo-Matthieu, XIII, 2 :

2 Et, après avoir dit cela, il [Joseph] fit arrêter la monture et invita Marie à descendre de la bête et à entrer dans une grotte où régnait une obscurité complète, car elle était totalement privée de la lumière du jour. Mais, à l’entrée de Marie, toute la grotte se mit à briller d’une grande clarté, et, comme si le soleil y eût été, ainsi elle commença tout entière à produire une lumière éclatante, et, comme s’il eût été midi, ainsi une lumière divine éclairait cette grotte […].