‘Il Vecchietta’, Seconde lunette de la Sagrestia Vecchia

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Lorenzo di Pietro
, dit ‘Il Vecchietta’ (1410 ? – 1480)

Angelo Annunciante, Natività, Vergine Annunciata, Annuncio della Nascità di Sansone(?)

Fresque.

Inscriptions :

Sienne, Santa Maria della Scala, Sagrestia Vecchia.

Dans la lunette :

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  • Angelo Annunciante, Natività, Vergine Annunciata (Ange Annonciateur, Nativité, Vierge de l’Annonciation)

Ce type de représentation, dans la forme, est exceptionnel, de même que sa complexité iconographique. De fait, la scène de la Nativité, au centre, est encadrée par les deux personnages de gauche et de droite dans lesquels on a reconnu Gabriel, l’Ange Annonciateur et Marie, la Vierge de l’Annonciation. Jusqu’ici, rien qui n’ait pas déjà été vu : le dispositif d’encadrement ré-élaboré ici permet au peintre de faire figurer entre les deux interlocuteurs que sont l’Ange et la Vierge le contenu même de leur colloque, aussi bien le sujet des paroles qu’ils échangent que la conséquence de ce même dialogue. Cette conséquence se révèle toujours prendre forme (et chair) dans le Mystère de l’Incarnation, un mystère qui s’accomplit maintenant dans la mise au monde de l’Enfant que l’on voit ici allongé au premier plan. Pour bien marquer l’importance de cet enfant divin, l’emplacement de sa tête pourrait (presque) faire office de centre à partir duquel construire l’arc de cercle de la lunette qui contient tout un monde.

Ce qui est bien plus extraordinaire encore, c’est la manière dont le Vecchietta inscrit l’ensemble des personnages dans un espace unique et cohérent sur les plans spatial, architectural et narratif, comme si, abolissant ce faisant le principe de temporalité, la réunion des personnages au sein d’un même espace (ici, une sorte de ville idéale à l’allure parfaitement Renaissance, telle que l’on rêvée des générations d’artistes, en particulier au XVe s.), un espace, qui plus est, se développant également dans la profondeur feinte de la peinture, conférant à l’ensemble un effet de réalité accru. Au centre de l’image, Joseph adopte dans cette situation l’attitude songeuse à laquelle il nous a accoutumé, inquiet qu’il est de l’origine surnaturelle de cette paternité [1]. Près de lui, le premier berger venu adorer le nouveau-né vient sans doute de parvenir jusque dans l’étable de la Nativité, lequel est environné d’une cohorte d’anges et surmonté dans les hauteurs célestes, par la figure de Dieu-le-Père en personne. Marie n’est pas absente. Peu soucieuse d’une chronologie des faits qui a été abolie, elle est représentée ici au moment du colloque qu’elle a eu avec l’Archange Gabriel lors d’une visite que celui-ci lui a rendue quelques mois plus tôt.

Poursuivant notre examen attentif, nous constatons une nouvelle fois que la synthèse d’une succession d’événements survenus dans la durée se poursuit sans le moindre souci d’anachronisme, ni même de temporalité, et semble trouver sa réalisation dans une éternelle contemporanéité, ou dans un même instant. Comme il s’agit de mettre en relation ces événement selon leurs causes et leurs effets, nous ne sommes pas surpris de voir maintenant derrière l’Archange la figure du prophète Isaïe identifiable grâce au phylactère qui se déploie devant lui, sur lequel on peut aisément lire l’incipit de la prophétie [2] annonciatrice de la Naissance du Sauveur, dont il est l’auteur. En écho à Isaïe, un apôtre (Luc ?), selon un dispositif symétrique que nous avons déjà deviné à l’œuvre dans la première lunette, déroule à son tour une banderole où l’on peut lire le second article du Credo [3], celui, justement, où il est question de la deuxième personne de la Trinité, le « Fils unique, notre Seigneur » qui vient de naître dans l’étable, accompagné de l’âne et du bœuf.

Au dessous de la lunette :

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  • Annuncio della Nascità di Sansone (Annonce de la naissance de Samson) ?

La scène, difficilement reconnaissable [4] compte tenu de son mauvais état de conservation, a été identifiée par Hendrik Willem van Os comme la représentation de l’Annonce de la naissance de Samson. La relation de proximité instaurée entre cette Annonce et l’Annonciation figurée dans la lunette, juste au-dessus, n’a rien de fortuit. Il s’agit de la mise en œuvre d’un système, instauré entre le commanditaire et l’artiste, visant à faire sens, déjà rencontrée dans la première lunette et au sommet de la présente, qui est la seconde. Le rapprochement entre les deux scènes permet, par des moyens visuels, de revenir sur l’une des préoccupations majeures de l’Eglise depuis les Évangélistes, de l’actualiser, et de réaffirmer le statut du Nouveau testament comme lieu de la réalisation des annonces et autres prophéties énoncées dans le plus ancien des deux textes sacrés : ce que Dieu a réalisé dans les temps anciens, ce qu’il a annoncé par la voix des prophètes et que l’on peut lire dans l’Ancien Testament, se dévoile maintenant dans toute sa plénitude. Dieu achève son œuvre en créant la personne de Jésus Christ que l’on voit ici pour peu, toutefois, qu’on lève les yeux …

[1] Pour être rassuré, il lui faudra attendre l’apparition de l’Ange venu lui enjoindre de fuir en Égypte la persécution décrétée par Hérode contre tous les enfants mâles nouveaux- nés.

[2] « ECCE VIRGO CONCIPIET ET PARIET FILIUM [ET VOCABITUR NOMEN EJUS EMMANUEL] ». (IsaÏe, 7,  14).

[3] « [ET JESUM CHRISTUM, FILIUM EJUS UNICUM, DOMINUM NOSTRUM,] QUI CONCEPTUS EST DE SPIRITU SANCTO, NATUS EX MARIA VIRGINE […] », que l’on traduit : « [Et en Jésus Christ, son Fils unique, notre Seigneur] qui a été conçu du Saint Esprit, est né de la Vierge Marie […]. »

[4] L’identification du sujet est d’autant plus délicate que la scène était, dès l’origine, coupée en deux parties, comme le sont assez fréquemment les Annonciations peintes dans des espaces construits, utilisant celui-ci, et que l’on qualifie « d’encadrement » en raison de la présence d’un intervalle, qui peut être plus ou moins important, entre les deux protagonistes de la scène. Dans la Sagrestia Vecchia, une ouverture dans le mur, destinée à donner un peu de lumière à l’intérieur de la salle, a été bouchée (on en voit encore le contour). La présence de ce pan de brique supplémentaire dans le contexte d’un cycle de fresques passablement dégradé ne sert pas le propos.

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