Il Pellegrinaio

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Salle d’accueil des pèlerins

On entre dans la salle après avoir parcouru un long couloir depuis l’entrée actuelle du Musée [1]. La salle d’accueil des pèlerins a servi, à l’origine, d’infirmerie de l’Hôpital et, comme le montre la photographie en noir et blanc (fig. 1), elle a également été utilisée comme salle accueillant les malades jusqu’aux années soixante-dix du XXe s.

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Le décor des parois

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La salle est divisée dans sa longueur en six travées.

Les parois sont recouvertes de fresques qui constituent l’un des cycles les plus importants du Quattrocento siennois. Celui-ci n’a été redécouvert qu’au XXe siècle, après avoir été masqué durant près de trois cents ans, en raison d’un blanchiment des murs réalisé au XVIIIe s.

Il ne reste quasiment rien des fresques qui ornaient les parois de la première travée. Réalisée par le Vecchietta [2] avant 1440, la décoration avait pour sujet les Storie di Tobia (Épisodes de l’histoire de Tobie) dont les rares traces encore visibles sur les murs de cette première travée demeurent les témoins. Cependant, le thème fut rapidement considéré comme impropre à rendre suffisamment compte de l’image de prestige et de pouvoir que l’Hôpital souhaitait communiquer de lui-même. C’est le recteur Giovanni di Francesco Buzzichelli qui, lors de son mandat (1434-1444), lança un nouveau programme, celui-là même que l’on peut voir aujourd’hui encore. L’ensemble du décor peint est imprégné d’une dimension humaniste encore inconnue jusque-là, et met eu œuvre de façon systématique un mode de représentation fondé sur la perspective centrale telle que découverte et théorisée vingt ans plus tôt par Brunelleschi et Alberti. Ici, la science de la perspective est parfaitement maîtrisée et la profondeur de l’espace est construite de façon géométriquement rigoureuse. Le système de représentation qui se déploie sur les murs du Pellegrinaio doit être considéré comme révolutionnaire compte tenu de l’époque de sa réalisation, mais aussi en raison de l’extrême virtuosité avec laquelle il est exploité, de manière systématique et à une aussi grande échelle, alors même qu’il  n’était pas encore totalement maîtrisé, y compris à Florence.

Le décor a été réalisé entre 1439 et 1444. Dans l’esprit de son commanditaire, il devait constituer l’équivalent du Bon et du Mauvais Gouvernement peint par Ambrogio Lorenzetti au Palazzo Pubblico. À la différence du Jugement dernier peint par Roger van der Weyden [3] à la même époque, et dans un contexte comparable, celui des Hospices de Beaune, le cycle peint à Santa Maria della Scala n’induit pas le patient malade qui repose ou souffre dans la salle à se projeter dans le monde meilleur qui l’attend après sa mort mais lui confirme, dans une perspective incomparablement plus réjouissante et optimiste « les bons soins que Sienne [lui] prodigue ici même » [4].

Les parois de droite et de gauche ont été divisées selon l’ordonnance des travées de la voûte et ornées de scènes représentant soit des épisodes contemporains et des événements historiques, soit des scènes quotidiennes de la vie de l’Hôpital. Toutes sont cependant traitées d’une manière qui vise à leur conférer une valeur allégorique.

Sur la paroi de gauche (fig. 2), en commençant par la fresque située au dessus de la porte que l’on vient de passer, puis en poursuivant l’ordre des aiguilles d’une montre, on peut successivement contempler les scènes  suivantes :

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Sur la paroi de droite (fig. 3) :

Le décor de la voûte

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Dans les dernières années de la décennie 1430, le décor de la voûte a été confié à plusieurs artistes chargés de peindre des figures de saints. Il a très vite été considéré que le style archaïque et un peu sec du travail réalisé ne conviendrait pas pour l’ensemble du décor des murs, lequel, pour cette raison, fut confié à des artistes alors réputés progressistes tels que Lorenzo di Pietro (‘Il Vecchietta’) et Domenico di Bartolo.

[1] L’entrée actuelle du musée était anciennement appelée Pellegrinaio delle donne ; elle constituait l’équivalent, pour les femmes à qui elle était réservée, de la salle des pèlerins.

[2] On sait que pour réaliser ces fresques, un peintre nommé Luciano di Giovanni da Velletri collabora avec Il Vecchietta.

[3]

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Rogier van der Weyden (Tournai, 1399 /1400 –  Bruxelles, Jugement dernier, entre 1443 et 1452. Huile sur bois, ‎220 × 548 cm. Beaune, Hôtel-Dieu.

[4] Keith CHRISTIANSEN, in CHRISTIANSEN – KANTER – STREHLKE 1988, p. 47.