
Bernardino degli Albizzi ou Bernardin de Sienne (Massa Marittima, 1380 – L’Aquila, 1444) : célèbre orateur franciscain, canonisé six ans après sa mort, en 1450, par le pape Nicolas V.
En 1427, accusé d’introduire une nouvelle dévotion de caractère profane exposant le peuple au danger de l’idolâtrie, Bernardin est convoqué à Rome devant le pape Martin V en 1427. Ce dernier le reçoit froidement et lui ordonne de ne plus prêcher avant que son cas ne soit examiné. Son procès a lieu le 8 juin ; Jean de Capistran est chargé de sa défense. La malveillance et la futilité de ces charges contre Bernardin sont entièrement démontrées, et le pape, non content de justifier l’homme et de recommander son enseignement, l’invite à prêcher à Rome. Le pape approuve ensuite l’élection de Bernardin à l’évêché de Sienne. Le saint décline cependant cet honneur, ainsi que les évêchés de Ferrare et Urbino, qui lui seront donnés respectivement en 1431 et 1435, en déclarant joyeusement que l’Italie est déjà son diocèse. Après l’élection du pape Eugène IV, les adversaires de Bernardin renouvellent leurs attaques, mais une bulle pontificale réduit ses calomniateurs au silence en 1432 [5].
Dans ses prêches, Bernardin de Sienne fait très souvent référence aux œuvres alors visibles dans la ville et, en ces occasions, se révèle un véritable exégète des peintures les plus en vue de la cité, en même temps qu’un exceptionnel interprète de la dévotion populaire suscitée pendant des siècles par ces images. [1]Les prêches de Bernardin ne sont pas tous aussi positifs ; certains thèmes, irrecevables pour un lecteur du XXIe siècle, y reviennent de manière obsessionnelle. Fort heureusement, selon Mario Ascheri, « [ses] ferventes demandes de lois contre l’usure, les sorcières (une des ses obsessions) et la sodomie ne semblent pas avoir eu beaucoup d’écho à Sienne. » Mario ASCHERI, Storia di … Poursuivre Avec Catherine Benincasa, il est l’un des deux saints les plus vénérés de Sienne.
Iconographie [2]Dans le contexte de l’évangélisation populaire à la fin du Moyen Age, la fortune artistique du franciscain saint Bernardin de Sienne s’est avérée exceptionnelle. Cette fortune arti croise des questions liées à la fonction sociale et religieuse de la peinture dans les années 1420-1430 qui voient l’éclosion d’une peinture moderne en Italie.
Le saint prédicateur, célèbre pour sa tablette conçue pour l’adoration du nom de Jésus, et bien qu’inquiété à trois reprises par les autorités religieuses, a fait l’objet d’innombrables représentations dès sa mort et donc bien avant sa canonisation six ans après. Dressant l’iconographie de la glorification du saint, Daniel Arasse [3]Daniel ARASSE, « Ferevat pietate populus. Art, dévotion et société autour de la glorification de S. Bernardin de Sienne », dans Mélanges de l’Ecole française de Rome. Moyen-Age, Temps modernes, tome 89, n. 1. 1977, pp. 189-263 (rééd. dans : Daniel ARASSE, Saint-Bernardin de Sienne. Entre dévotion et culture : fonction de l’image religieuse au XVe siècle, Paris, … Poursuivre a souligné qu’il s’agit du premier saint dont l’image peinte ressemble sans conteste au personnage réel ainsi que l’atteste le masque mortuaire conservé à l’Aquila. Ce trait de « ressemblance », ou de « vérité dans l’imitation », contemporain du développement du portrait à la Renaissance, connaît de telles variantes que, dans son recensement, l’auteur est amené à opposer au concept de portrait celui de figure relevant de types de figures inspirées par des modèles originels plutôt que par le modèle original, ces modèles étant associés par séries à l’intérieur desquelles se joue la ressemblance des représentations entre elles. Loin de l’iconographie traditionnelle des saints fondée sur les attributs, le visage de saint Bernardin est ainsi décrit comme le lieu d’un « extraordinaire travail figuratif » et idéologique, constitutif de la mise au point du type du saint ascétique et spirituel dont les signes particuliers permettent de restituer ainsi le « portrait-robot ».
Très abondamment représenté en Toscane et particulièrement à Sienne, Bernardin est dépeint sous les traits d’un moine franciscain plutôt âgé, immédiatement identifiable par son visage toujours parfaitement rasé et, surtout, son aspect particulièrement ascétique. [4]Après la mort de Bernardin en 1444, Sano di Pietro a conçu l’iconographie du saint et, ce faisant, s’est avéré être un promoteur de première importance dans la diffusion d’images représentant celui-ci. Il a produit de nombreuses représentations du missionnaire franciscain prêchant ou accomplissant des miracles, comme celles de la prédelle éponyme du saint, … Poursuivre
Vêtu d’une simple robe de bure serrée à la taille, le visage amaigri par le jeûne et la bouche édentée sont les traits distinctifs de son iconographie, outre naturellement la plaquette de bois marquée du Nom de Jésus dans un soleil rayonnant. Il n’est pas rare que l’on voit pendre à sa cordelière un petit étui noir dans lequel il range des bésicles qui lui sont indispensables.
Hormis le célèbre disque portant la marque IHS, monogramme du Christ qu’il a lui-même promu, plusieurs symboles iconographiques peuvent l’accompagner :
- trois mitres d’évêque à ses pieds
- une colombe murmurant à son oreille
- un crucifix dans la main
Il est parfois vu en gloire, debout sur un globe terrestre, accompagné d’anges.

Principales scènes de la vie du saint :
- Il prêche sur la Piazza del Campo, à Sienne en 1427.
- Dans la même ville, il prêche, cette fois sur la Piazza di San Francesco, en 1434.
- Il détruit un sanctuaire païen.
- Il prêche une nouvelle fois à Sienne, devant la Confraternité des Disciplinati della Scala à l’Hôpital du même nom ; une colombe murmure à son oreille.
- Dans l’église d’Aracoeli, à Rome, il guérit le petit-fils d’une femme nommée Andrea.
- Sur son lit de mort.
Episodes posthumes :
- Pendant ses funérailles, une femme possédée par le démon est libérée à l’approche du corps du saint.
- Carinus, âgé de dix ans, tombe dans un étang alors qu’il transporte du grain au moulin. Il invoque Bernardino qui lui apparaît et le sauve.
- A L’Aquila, il apparaît et ressuscite un jeune enfant tombé dans un baquet où il s’était noyé.
- Flora de Cassia est guérie après avoir prié sur la tombe du saint.
Notes
| 1↑ | Les prêches de Bernardin ne sont pas tous aussi positifs ; certains thèmes, irrecevables pour un lecteur du XXIe siècle, y reviennent de manière obsessionnelle. Fort heureusement, selon Mario Ascheri, « [ses] ferventes demandes de lois contre l’usure, les sorcières (une des ses obsessions) et la sodomie ne semblent pas avoir eu beaucoup d’écho à Sienne. » Mario ASCHERI, Storia di Siena. Dalle origini ai giorni nostri, Pordenone, Edizioni Biblioteca dell’immagine, 2013, p. 109. |
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| 2↑ | Dans le contexte de l’évangélisation populaire à la fin du Moyen Age, la fortune artistique du franciscain saint Bernardin de Sienne s’est avérée exceptionnelle. Cette fortune arti croise des questions liées à la fonction sociale et religieuse de la peinture dans les années 1420-1430 qui voient l’éclosion d’une peinture moderne en Italie. |
| 3↑ | Daniel ARASSE, « Ferevat pietate populus. Art, dévotion et société autour de la glorification de S. Bernardin de Sienne », dans Mélanges de l’Ecole française de Rome. Moyen-Age, Temps modernes, tome 89, n. 1. 1977, pp. 189-263 (rééd. dans : Daniel ARASSE, Saint-Bernardin de Sienne. Entre dévotion et culture : fonction de l’image religieuse au XVe siècle, Paris, Hazan, 2014). |
| 4↑ | Après la mort de Bernardin en 1444, Sano di Pietro a conçu l’iconographie du saint et, ce faisant, s’est avéré être un promoteur de première importance dans la diffusion d’images représentant celui-ci. Il a produit de nombreuses représentations du missionnaire franciscain prêchant ou accomplissant des miracles, comme celles de la prédelle éponyme du saint, aujourd’hui dans une collection privée (*). En 1448, deux ans avant la canonisation de Bernardin, Jean de Capistran (**), ami du saint, se tourna vers Sano di Pietro pour l’exécution d’un portrait du défunt prédicateur. Le visage caractéristique de saint Bernardin, aux joues creuses et aux lèvres fines, est omniprésent dans les peintures dévotionnelles de Sano qui a largement contribué à diffuser ce type iconographique particulier.
(*) CHRISTIANSEN-KANTER-STREHLKE 1988, pp. 164-166, n. 24 a et b, illustré p. 165). |
