Caterina d’Alessandria (Caterina delle Ruote)

« Le culte de Catherine d’Alexandrie, sans doute la plus célèbre sainte de l’Occident médiéval, provient d’Orient pour parvenir en Italie dès le VIIIe siècle, époque à laquelle remonte l’image présente dans les catacombes de San Gennaro. Sa diffusion s’est faite via les grandes routes de commerce, ainsi que le démontre l’exemple napolitain, témoin du lien antique, direct et consolidé, entretenu avec le grand port égyptien d’Alexandrie : une solide colonie alexandrine s’était implantée dans la cité parthénopéenne. Dans les catacombes, en même temps que Catherine, sont représentées les martyres orientales Julienne, Agathe, Margherite ainsi que la romaina Eugenie, cinq vierges représentées vêtues d’une longue tunique et d’un manteau de foggia bizantine, la tête nue et nimbée, et une expression du visage parfaitement figée. Catherine tient à la main les symboles du martyre, une petite croix dans la droite et la couronne de la victoire dans la gauche. D’autres images apparaissent à Rome, dans la petite église de San Sebastiano sul Palatino (VIIIe-IX le s.), à San Clemente (IXe s.) et à San Lorenzo Fuori le Mura (IXe-Xe s.) et dans la chapelle des Santi Martiri a Cimitile (IXe-Xe s.), près de Nola. Les premières mentions de Catherine apparaissent dans les martyrologes byzantins ainsi que dans celui, carolingien, de Raban Maur, au IXe siècle [1]Maria Luisa Ceccarelli Lemut, Gabriella Garzella, « Santa Caterina d’Alessandria: un culto venuto dal mare », dans Santa Caterina d’Alessandria a Pisa. Le tre età di una chiesa (a cura di Marco Collareta). Pise, Pacini editore, 2019. ».

En Toscane, Catherine d’Alexandrie est aussi appelée Caterina della Ruota, ou delle Ruote (Catherine à la roue, ou aux roues) par allusion à l’instrument de son supplice.

Fille de la reine d’Égypte Sabinella et de Costis, le demi-frère de Constantin le Grand, Catherine d’Alexandrie est une sainte si légendaire qu’elle a été ôtée du calendrier romain par le pape Paul VI en 1969, « en raison du caractère fabuleux de sa passion » et du doute qui pèse sur l’existence même de la sainte [2]Elle y a été réintégrée durant le pontificat de Jean-Paul II.. Quoi qu’il en soit, sa réputation a été immense, et durable, notamment en Italie où elle est encore omniprésente tant la dévotion fut grande au cours des siècles passés, probablement encouragée grandement par la quantité innombrable de ses représentations dans les arts visuels.

Sa fête, qui tombe le 25 novembre, donne encore lieu de nos jours à diverses célébrations populaires, dont celles des jeunes femmes à marier de plus de vingt-cinq ans, appelées Catherinettes.

Bartolomeo Bulgarini, « Saint Catherine of Alexandria », v. 1335/1340. Tempéra et or sur panneau, 73,5 × 40,5 cm. Washington, National Gallery of Art, Samuel H. Kress Collection.
Iconographie

Catherine d’Alexandrie est représentée sous les traits d’une jeune et élégante princesse portant

  • une couronne (presque toujours)
  • un livre (souvent)
  • une roue hérissée de crocs de fer, instrument de son martyre, parfois entière, parfois brisée, parfois menue et parfois énorme
  • céphalophore, c’est-à-dire portant (parfois) sa tête sur un plateau car elle aurait été mise à mort par décapitation
  • une fleur de lis

Elle peut également être représentée entourée de la Foi, de l’Espoir et de la Charité, ou encore assise sur un trône.

Bartolomeo Bulgarini, « Saint Catherine of Alexandria », v. 1335/1340 (détail). Tempéra et or sur panneau, 73,5 × 40,5 cm. Washington, National Gallery of Art, Samuel H. Kress Collection.

Épisodes de la légende de Catherine d’Alexandrie :

  • Elle se rend un jour avec sa mère dans la grotte d’un ermite à qui elle dit qu’elle ne sera jamais l’épouse d’un autre que le Christ, et donne une image d’elle à l’ermite.
  • La nuit suivante, elle rêve que la Vierge l’emmène à la rencontre de son Divin Enfant mais elle s’en retourne en disant qu’elle n’est pas assez belle pour Lui.
  • Elle se réveille en pleurant et retourne voir l’ermite en compagnie de sa mère pour lui demander son avis quant au rêve qu’elle vient de faire.
  • L’ermite la baptise sur le champ et des anges apparaissent.
  • Son mariage mystique : alors qu’elle est en prière, la Vierge lui apparaît accompagnée de l’Enfant qui l’accepte comme épouse.
  • Amenée devant l’empereur romain Maximin II  qui souhaite l’épouser, elle refuse de sacrifier aux idoles.
  • Elle discute avec des philosophes et les convertit.
  • L’empereur fait brûler les philosophes sur un bucher ; elle les encourage dans leur foi.
  • Elle est flagellée avec des tiges de fer.
  • En prison, elle est réconfortée par des anges et l’Esprit-Saint lui apparaît sous la forme d’une colombe.
  • L’impératrice accompagnée du général Porphyre, son amant, lui rend visite en prison où elle les convertit, ainsi qu’un grand nombre de soldats.
  • L’Impératrice et deux cents soldats sont décapités ; des anges transportent leurs âmes au ciel.
  • Catherine est présentée aux juges.
  • Le Christ et les anges lui apparaissent en prison et la réconfortent.
  • Elle est placée entre deux roues hérissées de crocs de fer pour y être mise en charpie ; mais l’intervention d’un ange (ou de plusieurs anges) met fin au supplice : avant même qu’il ait commencé, les roues volent en éclat.
  • Elle est finalement décapitée sur ordre de l’empereur.

Notes

Notes
1 Maria Luisa Ceccarelli Lemut, Gabriella Garzella, « Santa Caterina d’Alessandria: un culto venuto dal mare », dans Santa Caterina d’Alessandria a Pisa. Le tre età di una chiesa (a cura di Marco Collareta). Pise, Pacini editore, 2019.
2 Elle y a été réintégrée durant le pontificat de Jean-Paul II.
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