Mosé

Moïse, Patriarche.

Il est difficile de savoir si la réalité historique de la « figure colossale » [1] de Moïse est fondée, ce qui importe peu du point de vue iconographique : dans la mesure où ce point ne faisait pas question pour les chrétiens au Moyen-âge, Moïse était historiquement réel au même titre que les saints dont l’existence n’était pas susceptibles du moindre doute, telle Catherine Benincasa, future Catherine de Sienne, ou Bernardin. Par voie de conséquence, ses représentations, qu’elles soient peintes ou sculptées, ne manquent pas.

D’autre part, de nombreux parallèles réalisés entre la vie de Moïse et celle du Christ ayant concouru à faire de l’un la préfigure de l’autre, l’Église n’a pas vu d’un mauvais œil la multiplication des images considérées encouragement à réaliser des comparaisons

Iconographie

Jusqu’à la fin de la période carolingienne, Moïse est représenté sous les traits d’un jeune homme

  • imberbe
  • tenant à la main une verge (magique)

La caractéristique physique propre à la figure de Moïse est une barbe bifide qu’il porte l’âge étant venu.

On le reconnaît également grâce aux deux cornes qui ornent son front, attributs étrange « qui lui donnent l’air d’un faune ou d’un dieu Pan » [2], dont l’origine est probablement liée à un contresens de la traduction latine de la Bible [3] imputable à la version de saint Jérôme que tout le monde a copié aveuglément.

Cependant, c’est le plus souvent grâce aux Tables de la Loi rapportées du Sinaï, qu’il arbore où qui l’accompagnent, qu’il est immanquablement identifié.

Scènes de la vie du Patriarche :

  • Moïse enfant est exposé sur le Nil (Ex. 2, 3-5).
  • Moïse sauvé des eaux et adopté par la fille du Pharaon (Ex. 2, 5-10).
  • La sortie d’Égypte.
  • Le buisson ardent ou la vocation de Moïse (Ex. 3, 1-14).
  • Moïse retourne en Égypte pour arracher les Israélites à l’esclavage (Ex. 4, 20) : « 20 Moïse prit sa femme et ses fils, les installa sur l’âne et retourna au pays d’Égypte. Il avait pris en main le bâton de Dieu. »
  • Le Pharaon est mis en demeure de laisser partir les Israélites : le miracle des verges changées en serpents (Ex. 7, 9-12).
  • Les dix plaies d’Égypte (Ex. 7-10). Pour briser l’obstination du Pharaon, Yavhé déchaîne sur l’Égypte dix fléaux :
    1. L’eau du Nil est changée en sang
    2. Des grenouilles innombrables viennent manger jusque dans l’assiette du Pharaon
    3. La poussière est changée en poux qui s’abattent sur les hommes et les animaux
    4. Invasion de taons
    5. Peste bovine
    6. Ulcères déclenchés par des éruptions de pustules
    7. Grêle
    8. Sauterelles
    9. Ténèbres
    10. Extermination des premiers-nés
  • L’exode d’Égypte et le passage de la mer Rouge (Ex. 13, 17-22 ; 14, 15-31)
    • La fuite guidée par les colonnes de nuées et de feu (Ex. 13, 19-20)
    • La submersion de l’armée du Pharaon (Ex. 14, 23-27)
    • Le Cantique d’action de grâces et la dans de Miriam (Ex. 15)
    • La pluie de cailles (Ex. 16, 13) : « 13 Le soir même, surgit un vol de cailles qui recouvrirent le camp ; et, le lendemain matin, il y avait une couche de rosée autour du camp. »
    • La pluie de manne [3] (Ex. 16, 15) : « 14 Lorsque la couche de rosée s’évapora, il y avait, à la surface du désert, une fine croûte, quelque chose de fin comme du givre, sur le sol. 15 Quand ils virent cela, les fils d’Israël se dirent l’un à l’autre : « Mann hou ? » (ce qui veut dire : Qu’est-ce que c’est ?), car ils ne savaient pas ce que c’était. Moïse leur dit : « C’est le pain que le Seigneur vous donne à manger. »
  • Le frappement du rocher (Ex. 17, 1-7 ; Nombres 20, 1-13)
  • Moïse obtient la victoire sur les Amalécites (Ex17, 8-16). Les Pères de l’église (Augustin, Grégoire de Nazianze) considère comme une préfigure du Christ crucifié l’attitude de Moïse exigée par Dieu.
  • Sur le Sinaï, Moïse reçoit la Loi (Ex. 20, 1-17 ; Deut. 4, 5-14) : c’est le point culminant de la vie de Moïse à qui Dieu apparaît pour la seconde fois pour lui remettre les Tables de la Loi.
  • L’adoration du veau d’or (Ex. 32, 1-6).
  • Moïse fracasse le veau d’or (Ex. 32, 20). Il le réduit en poudre et le fait boire au peuple.
  • Il brise les Tables de la Loi. (Ex. 32, 19).
  • Il redescend du Sinaï avec les nouvelles Tables de la Loi. (Ex. 34, 29).
  • L’Arche d’Alliance (Ex. 37). Comprenant que le peuple a besoin d’un objet de culte, Moïse fait construire l’Arche d’Alliance, sorte de reliquaire où il dépose le second exemplaire des Tables de la Loi.
  • Le serpent d’airain (Nombres 21, 6-9). Le serpent n’est qu’un ex voto et non un objet de culte comme le veau d’or.
  • Mort de Moïse, son ensevelissement (Deut. 34, 1-9). Michel dispute son corps à Satan.

[1] Louis REAU, Iconographie de l’art chrétien, II, 1, p. 76.

[2] Id. p. 77.

[3] Le texte de l’Exode évoque « Moïse descendant de la montagne [sans se douter] que la peau de son front était devenue rayonnante pendant qu’il parlait avec Dieu. Les enfants d’Israël regardaient Moïse et voyaient rayonner la peau de son visage. » Assimilant le rayonnement lumineux à des cornes d’or, la Vulgate traduit la dernière phrase ainsi : « Videbant faciem Moysi esse cornutam. » C’est depuis cette traduction fautive que Moïse s’est vu affublé de deux cornes embarrassantes. Thomas d’Aquin, expliquant qu’il fallait prendre le mot cornu dans le sens de rayonnant, s’éleva contre une interprétation trop littérale : « Non intelligendum est habuisse cornua ad litteram, sicut quidam eum pingunt, sed dicitur cornutus propter radios qui videbantur esse quasi cornua », rectification qui n’eut aucune audience, d’où il a résulté que, dans l’iconographie chrétienne, Moïse est demeuré rigoureusement cornu. Dans le commentaire qu’il a rédigé au sujet du célèbre Moïse de Michel-Ange (Rome, Église de san Pietro in Vincoli), Vasari ne parle pas des fameuses cornes, bien que ce type de représentation ait été formellement condamné. Mais le plus étonnant est sans doute de constater que plusieurs siècles plus tard, Freud dans son propre commentaire sur l’œuvre (Imago, vol. III, 1914, repris dans Essais de psychanalyse appliquée, Paris Gallimard, « Idées », p. 9-44.) occulte complètement les dites cornes. Il faut croire qu’elles constituent, en effet, la seule représentation possible du crâne glorieux du Patriarche qui demeurera donc ainsi coiffé, quoi qu’il advienne des restitutions de texte.

[3] « Nourriture que Dieu fit tomber du ciel pour les enfants d’Israël dans le désert. Les enfants d’Israël mangèrent de la manne pendant quarante ans, jusqu’à ce qu’ils vinssent dans la terre où ils devaient habiter. [Exode, XVI, 35] (Littré). La manne est le symbole de l’Eucharistie.

Répondre

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s