Moïse (Mosé)

Moïse, Patriarche.

Il est difficile de savoir si la réalité historique de la « figure colossale » [1] de Moïse est fondée, ce qui importe peu du point de vue iconographique : dans la mesure où ce point ne faisait pas question pour les chrétiens au Moyen-âge, Moïse était historiquement réel au même titre que les saints dont l’existence n’était pas susceptibles du moindre doute, telle Catherine Benincasa, future Catherine de Sienne, ou encore Bernardino degli Albizzeschi. Par voie de conséquence, ses représentations, qu’elles soient peintes ou sculptées, ne manquent pas.

D’autre part, de nombreux parallèles réalisés entre la vie de Moïse et celle du Christ ayant concouru à faire de l’un la préfigure de l’autre, l’Église n’a pas vu d’un mauvais œil la multiplication des images considérées comme un encouragement à effectuer les indispensables relations de causalité entre l’Ancien et le Nouveau Testament.

Giovanni di Paolo, “Grande Maestà” (détail). Sienne, Pinacoteca Nazionale.
Iconographie

Jusqu’à la fin de la période carolingienne, Moïse est représenté sous les traits d’un jeune homme imberbe, tenant à la main un bâton (magique).

Le Moyen âge le représente plus volontiers sous les trait d’un vieillard aux allures de sage. La caractéristique physique propre à la figure de Moïse est une barbe bifide qu’il porte l’âge étant venu.

On peut parfois le reconnaître également grâce aux deux cornes qui ornent son front, attributs étrange « qui lui donnent l’air d’un faune ou d’un dieu Pan » [2], dont l’origine est probablement liée à un contresens de la traduction latine de la Bible [3] imputable à la version de saint Jérôme aveuglément recopiée.

Cependant, c’est le plus souvent grâce aux Tables de la Loi rapportées du Sinaï, qu’il arbore où qui l’accompagnent, qu’il est immanquablement identifié.

Scènes de la vie du Patriarche :

[1] Louis REAU, Iconographie de l’art chrétien, II, 1, p. 76.

[2] Id. p. 77.

[3] Le texte de l’Exode évoque « Moïse descendant de la montagne [sans se douter] que la peau de son front était devenue rayonnante pendant qu’il parlait avec Dieu. Les enfants d’Israël regardaient Moïse et voyaient rayonner la peau de son visage. » Assimilant le rayonnement lumineux à des cornes d’or, la Vulgate traduit la dernière phrase ainsi : « Videbant faciem Moysi esse cornutam. » C’est depuis cette traduction fautive que Moïse s’est vu affubler de deux cornes embarrassantes. Thomas d’Aquin, expliquant qu’il fallait prendre le mot cornu dans le sens de rayonnant, s’éleva contre une interprétation trop littérale : « Non intelligendum est habuisse cornua ad litteram, sicut quidam eum pingunt, sed dicitur cornutus propter radios qui videbantur esse quasi cornua », rectification qui n’eut aucune audience, d’où il a résulté que, dans l’iconographie chrétienne, Moïse est demeuré rigoureusement cornu. Dans le commentaire qu’il a rédigé au sujet du célèbre Moïse de Michel-Ange (Rome, Église de san Pietro in Vincoli), Vasari ne parle pas des fameuses cornes, bien que ce type de représentation ait été formellement condamné. Mais le plus étonnant est sans doute de constater que plusieurs siècles plus tard, Freud dans son propre commentaire sur l’œuvre (Imago, vol. III, 1914, repris dans Essais de psychanalyse appliquée, Paris Gallimard, « Idées », p. 9-44.) occulte complètement les dites cornes. Il faut croire qu’elles constituent, en effet, la seule représentation possible du crâne glorieux du Patriarche qui demeurera donc ainsi coiffé, quoi qu’il advienne des restitutions de texte.

[4] « Nourriture que Dieu fit tomber du ciel pour les enfants d’Israël dans le désert. Les enfants d’Israël mangèrent de la manne pendant quarante ans, jusqu’à ce qu’ils vinssent dans la terre où ils devaient habiter. [Exode, XVI, 35] » (Littré). La manne est le symbole de l’Eucharistie.