‘Il Pintoricchio’, « Canonizzazione di Santa Caterina da Siena »

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Bernardino di Betto, dit ‘Il Pintoricchio’ (Perugia, vers 1452 – Siena, 1513)

Canonisation de sainte Catherine de Sienne

Fresque

Inscriptions : « PIUS. II. PONT. MAX. CATERINAM SENEN. OB INNUMERA EJUS MIRACULA INTER DIVAS RETTULIT » [1]

Sienne, Duomo, Libreria Piccolomini.

Une nouvelle fois, l’image rend visible le texte des Comentarii : « Il [Pie II s’exprime toujours à la troisième personne du singulier lorsqu’il parle de lui dans les Comentarii] convoqua un synode de tous les évêques qui se trouvaient à Rome à ce moment ; et après que trois cardinaux chargés d’examiner la vie et les miracles de la vierge eurent référé publiquement leurs conclusions, il demanda leur avis aux participants au synode ; et comme tous répondirent que la vierge devait être canonisée, il fit ériger une tribune dans la Basilique de saint Pierre sur laquelle il célébra la messe de louanges de l’antique vierge […]. À la fin, avec le consentement unanime des cardinaux, des évêques, des abbés et des autres prélats qui étaient présents, il termina les cérémonies habituelles et ordonna d’ajouter Catherine au catalogue des saintes vierges. »

Il y a tout lieu de penser que la présence du corps de Catherine Benincasa (celle-ci est morte un siècle plus tôt) placé devant le souverain pontife correspond à une figure de style transposée en peinture, et que personne ne s’était préoccupé de l’extraire de son tombeau pour cette circonstance, si solennelle soit-elle.

Parmi le public assistant à la scène qui se déroule sur la haute estrade que mentionne Pie II dans son texte, outre les deux personnages qui comme nous, assistent à la scène, deux figures dénotent par leur attitude et par leur habillement, et se détachent sur la foule des moines des principaux ordres (franciscains, dominicains et bénédictins) représentés : dans la figure du plus jeune des deux, on reconnaît le visage encore juvénile de Raphaël que bientôt son seul prénom permettra d’identifier, ainsi que celui du Pinturicchio lui-même. Bel hommage rendu par le maître à son élève qui ne tardera plus à le surpasser pour devenir, avec ses alter egos Michel-Ange et Léonard de Vinci (dont tout le monde parle en cette fin d’année 2019), l’un des plus grands génies de la Haute Renaissance, ainsi que l’on qualifie bizarrement le XVIe siècle. [2]

[1] « Pie II, souverain pontife, éleva parmi les saintes la siennoise Catherine en raison du grand nombre de miracles par elle opérés. »

[2] Il n’existe pas plus de « Haute » que de « Basse » Renaissance qu’il n’existe de « Grande » et de « Petite » musique, comme on l’entend souvent dire. Soit il s’agit de musique, soit il s’agit d’un genre différent que nulle comparaison hasardeuse ne peut contredire. De même que la notion de Moyen Âge a fait un tort difficilement réparable à une période de floraison inouïe depuis la Grèce et Rome, dans toutes les formes de l’art occidental, notamment à Sienne ainsi que le présent guide s’efforce de le faire paraître, il existe surtout une lente période d’évolution qui, en Italie, s’est étalée sur une durée tout aussi longue, et qui depuis les précurseur souvent anonymes, en passant par Cimabue, Giotto Duccio et Ambrogio, jusqu’à la fin du XVIe siècle, a produit une quantité innombrable de chefs-d’œuvre insurpassable. Ceux-ci font encore la gloire de l’Italie mais, d’une certaine manière, ils rendent également compte d’une capacité particulière du génie humains par lequel l’humanité pense, s’émeut, s’élève. Nul besoin, donc, de catégories.