Paolo di Giovanni Fei, « Madonna del latte »

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Paolo di Giovanni Fei (San Quirico d’Orcia, actif à partir de 1369 – Sienne, 1411)

Madonna del latte (Madone allaitant), v. 1390.

Tempéra et or sur panneau, 75 x 50 cm.

Provenance : Sienne, Cathédrale de Santa Maria Assunta, autel Piccolomini [1]L’original de l’œuvre est conservé au Museo dell’Opera, et remplacé par une copie sur l’autel Piccolomini..

Sienne, Museo dell’Opera del Duomo.

Cette œuvre d’un raffinement extrême, qui figure parmi les plus parfaites exécutées par Paolo di Giovanni Fei, était, au Quattrocento, la propriété du cardinal Francesco Piccolomini Todeschini. C’est pour servir de cadre monumental à cette précieuse peinture de format relativement petit que le cardinal commanda à Andrea Bregno la réalisation de l’autel Piccolomini, situé dans le collatéral gauche de la Cathédrale de Sienne, à proximité de la bibliothèque Piccolomini où devaient être conservés les ouvrages précieux ayant appartenu au pape Pie II. L’original de l’œuvre de Paolo di Giovanni Fei que l’on peut aujourd’hui admirer au Museo dell’Opera del Duomo a été remplacé sur l’autel de la Cathédrale par une copie.

Cette peinture d’une extraordinaire beauté combine deux types iconographiques distincts de la Vierge à l’Enfant : celui de la Madonna del Latte, donnant le sein à l’Enfant-Jésus, et celui de la Madonna dell’Umiltà, humblement assise sur un coussin posé à même le sol. Cette image d’humilité ne va cependant pas sans une utilisation abondante des matériaux les plus précieux, en particulier l’or, ni sans l’emploi de techniques telles que le poinçonnage et l’incision, visant ainsi à accroître la splendeur de l’image (voir la magnificence du traitement des auréoles) par le biais d’une ornementation qui s’apparente aux pièces créées par les plus précieux travaux d’orfèvrerie.

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Barbara Tavolari [2]Barbara Tavolari, Siena, Museo dell’Opera. Dipinti. Cinisello Balsamo [Milano], Silvana Editoriale, 2007, p. 62. a décrit cette œuvre avec minutie, en indiquant que son caractère principal, outre la perfection et la beauté de son exécution, est sa « veine typique du gothique tardif ». Cette élégance gothique se manifeste dans la « douceur des visages », l’abondance des « détails précieux » et la « délicate bizarrerie des poses » des personnages figurés, en particulier celle de l’Enfant au petit corps d’une souplesse élastique, s’agrippant de la main droite au manteau de Marie tandis que de la gauche, il maintient le sein maternel entre ses lèvres. De son petit pied droit, l’Enfant-Jésus « effleure le bras de la Vierge, produisant une légère ondulation du drapé », dans une attitude qui vise tout entière à créer une « délicate recherche de naturel ». On ne saurait échapper aux regards que les deux personnages tournent vers le spectateur soudainement pris à témoin. Le regard perçant entre les paupières mi-closes, frappée de mutisme, la Vierge à la tête penchée porte la marque d’un chagrin presque réprobateur dont la cause, qui nous est aussi connue, est liée, à la tragédie inéluctablement inscrite dans la destinée du fils qu’elle porte contre son sein. Protégé parmi les plis de l’ample manteau maternel « qui constitue le centre de l’entière composition », celui-ci, dans l’imperceptible sourire adressé au spectateur qui le regarde, semble, pour l’heure, s’abandonner dans l’insouciance à la douceur charnelle d’une enfance innocente.

Comme toujours, Paolo di Giovanni Fei « fait montre d’une prédilection particulière pour les couleurs vives et brillantes ». Ici, « même les ombres sont rendues dans les tonalités pastel de la gamme chromatique adoptée dans l’entière composition, et dans une adhésion complète aux rythmes formels » réinventés à l’occasion du long crépuscule qui a précédé, à Sienne, l’extinction de la saison gothique de la peinture.

Notes

Notes
1 L’original de l’œuvre est conservé au Museo dell’Opera, et remplacé par une copie sur l’autel Piccolomini.
2 Barbara Tavolari, Siena, Museo dell’Opera. Dipinti. Cinisello Balsamo [Milano], Silvana Editoriale, 2007, p. 62.
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