Pie II

Né en 1405, ce rejeton d’une noble famille siennoise étudia le droit mais aussi, avec passion, la littérature antique. Considéré comme l’un des hommes les plus cultivés de son temps, Enea Silvio Piccolomini fut, comme secrétaire de prélats, un brillant défenseur de la thèse selon laquelle le pouvoir du pape était inférieur à celui du concile. Il changea bientôt de camp, mais il y a là un épisode que, devenu pape, il ne pouvait que rejeter.

Tout comme il souhaitait probablement faire oublier un autre aspect de ses écrits : Enea aurait écrit dans sa jeunesse des œuvres licencieuses ! Terme excessif, à en juger par Les Deux Amants (1444). Ce bref récit des amours contrariés d’une jeune Siennoise et d’un chevalier allemand n’en a pas moins des accents fort sensuels : « Gorge profonde, tétins faits pour être délicatement pincés, je vous touche, je vous tiens, je vous presse entre mes mains. » Piccolomini, notons-le, ne devint prêtre qu’en 1446.

La suite fut très rapide : évêque en 1447, cardinal en 1456, pape en 1458. Son bref pontificat fut dominé par une seule idée : lancer une croisade contre les Turcs, afin de reconquérir Constantinople, tombée en 1453. En juin 1464, espérant entraîner les souverains d’Europe, il voulut prendre la tête de l’expédition. Il échoua à Ancône, épuisé, et y mourut.

Pendant son pontificat, il ne cessa cependant pas d’écrire. Ainsi une curieuse Lettre à Mahomet II – peut-être apocryphe – où, avec une véhémence incroyable, il invite le sultan à se convertir pour devenir un nouveau Constantin. Mais, de son œuvre écrite, il subsiste surtout ses Commentarii, dans lesquels il raconte sa vie avec une franchise confondante.

Son grand œuvre est la réalisation de la ville de Pienza (dont le nom est construit à partir de celui du pape Pie), cité idéale devenue réalité par sa seule volonté, et grâce au talent de Rossellino avec qui il transforma son village natal de Corsignano en un prototype urbain qui n’avait pas de précédent et n’eut pas davantage d’héritier.

Attenante à la Cathédrale de Sienne, la Libreria Piccolomini, haute salle destinée à accueillir et conserver l’importante collection personnelle de manuscrits et autres antiphonaires héritée par son neveu, lui-même futur pape Pie III, est ornée de dix fresques peintes par Pinturicchio pour célébrer avec gloire la vie mouvementée de celui qui demeure considéré comme l’un des grands humanistes de la Renaissance.

D’après https://www.la-croix.com/Archives/2007-05-24/Pie-II-savant-humaniste-auteur-eclectique.-_NP_-2007-05-24-292025, consulté le 18.09.2019.