Cappella Piccolomini nel Duomo di Siena

La Chapelle Piccolomini (Cathédrale de Sienne)

Située dans le collatéral gauche de la Cathédrale de Sienne dont elle occupe toute la largeur d’une travée, l’imposant monument de marbre blanc de la chapelle Piccolomini, accolée à la paroi, est composée de l’autel proprement dit et d’une architecture en forme d’arc de triomphe dans laquelle ce dernier est enchâssé. L’ensemble se présente tout à la fois comme une formidable démonstration de magnificence, de splendeur artistique et de faste liturgique mais aussi comme une véritable auto-célébration, au sein du principal édifice religieux de la ville, de la puissance de la dynastie siennoise des Piccolomini voulue par Francesco Todeschini Piccolomini [1]L’inscription « FRANC(ISCUS) PICCOLOM(INUS) CARD(INALEM) SENEN(SIS) / PIUS II PONT(IFEX) MAX(IMUS) NEPOS » (Francesco Piccolomini, cardinal de Sienne, neveux du souverain pontife Pie II), lisible au sommet de l’arc de triomphe, rappelle le nom et les qualités du commanditaire., cardinal archevêque ici-même pendant presque un demi-siècle (1460-1503).

La chapelle a été conçue vers la fin du Quattrocento par le lombard Andrea Bregno qui y travailla à partir 1481. Le 15 mai 1481, selon Johann Wilhelm Gaye [2]Johann Wilhelm Gaye, Carteggio inedito d’artisti dei secoli XIV, XV, XVI,I. Florence, 1839, p. 273. le cardinal Platina [3]Bartolomeo Sacchi, dit ‘il Platina’ du nom latinisé de son lieu de naissance (Piadena [Crémone], 1421 – Rome, 1481) : cardinal et humaniste italien. D’abord précepteur des fils de Ludovico Gonzaga, à Mantoue, il achète un poste de secrétaire papal sous le pape Pie II à Rome. Parvenu à Florence en 1457, il y devient l’un des familiers de la famille des … Poursuivre demandait à Laurent le Magnifique de laisser passer des marbres provenant de Ligurie et destinés à Sienne où « Andreas marmorarius, sculptor egregius [4]« Andrea le marbrier, sculpteur fameux. » » devait construire le monument situé dans la cathédrale pour le compte du cardinal Francesco. L’œuvre, essentiellement exécutée par l’atelier, est datée de 1485 et signée « Opus Andreae Mediolanensis [5]« Œuvre d’Andrea de  ». Cette signature ainsi que la date inscrite dans un cartouche (« MCCCCLXXXV ») sont lisibles sous la grande niche centrale de l’attique dans laquelle est installée, depuis le XVIIe siècle, la Madonna col Bambino de Giovanni di Cecco. ». L’autel devait accueillir dès l’origine la Madonna del Latte peinte par Paolo di Giovanni Fei un siècle plus tôt [6]L’usage, courant à l’époque, consistait à incorporer une image ancienne dans une structure architectonique plus récente destinée, en principe, à offrir à cette dernière un cadre digne de la vénération dont elle faisait généralement l’objet.. Selon Francesco Caglioti [7]Francesco Caglioti, « La Cappella Piccolomini nel Duomo di Siena, da Andrea Bregno a Michelangelo », dans Alessandro Angelini (a cura di), Pio II e le arti. La riscoperta dell’antico da Federighi a Michelangelo. Banca Monte dei Paschi di Siena, Silvana, 2006, pp. 174-184., la commande d’un autel, faite à Bregno, avait précisément pour objectif d’y placer l’icône mariale dont le propriétaire n’était autre que le cardinal Francesco Piccolomini Todeschini, dont l’intention initiale, en commandant l’édification de la chapelle, était également de faire de l’ensemble son propre monument funéraire [8]Son élection au trône de saint Pierre ne permit pas au pape Pie III Piccolomini d’être enseveli à Sienne. Tout comme son oncle Pie II, sa sépulture fut établie dans l’ancienne basilique vaticane. Voir Francesco Caglioti, « Andrea Bregno, Pietro Torrigiani e Michelangelo, cappella Piccolomini e Giovanni di Cecco, Madonna col Bambino », dans Mario Lorenzoni (a cura … Poursuivre. Cette œuvre est aujourd’hui remplacée par une copie [9]L’original est dorénavant visible au Museo dell’Opera del Duomo..

Autour de 1486, Andrea Bregno, désormais âgé de soixante-huit ans, fut victime d’une forme d’épuisement physique auquel s’ajouta peut-être une crise d’inspiration. Rentré à Rome en laissant son œuvre inachevée, il y mourut en 1506. [10]Après le départ du maître, ses collaborateurs demeurés à Sienne mirent encore la main au retable de marbre. Ce sont eux qui y ont exécuté les quatre statues des saints que l’on peut encore voir de nos jours.

Le cardinal Piccolomini confia alors la réalisation des statues manquantes au sculpteur Pietro Torrigiani [11]Pietro Torrigiani ou Torrigiano (Florence, 1472 – Séville [Espagne], 1528) : sculpteur florentin, principalement actif à Rome (1492-1506), dans plusieurs autres villes italiennes ainsi que dans le sud de la France. En Angleterre où il séjourna entre 1511 et 1522 (ou 1525), il réalisa dans l’abbaye de Westminster ses œuvres les plus célèbres (tombe de Margaret … Poursuivre. De l’entreprise de celui-ci ne subsiste que le Saint François d’Assise placé à gauche dans le registre supérieur. Le travail de Torrigiani s’interrompît pour d’obscures raisons, imposant une nouvelle fois au cardinal de rechercher un artiste en mesure d’achever le monument. Piccolomini ne choisit pas l’un des moindres en faisant appel à Michel-Ange Buonarotti.

Michel Ange, « Sant’Agostino »
Michel Ange, « San Pietro »
Michel Ange, « San Gregorio »
Michel Ange, « San Paolo »

Quatre des cinq statues présentes dans les niches de l’arc de triomphe qui encadre l’autel sont des œuvres de jeunesse de Michel-Ange. L’artiste les exécuta à Florence en 1504 mais ne livra jamais l’ensemble de quatorze statues (une par niche alors disponible dans la structure de marbre) prévues par contrat. Malgré cela, la chapelle Piccolomini constitue un ensemble de la plus grande splendeur. Relativement peu connues, les quatre sculptures de Michel-Ange demandent à être évaluées dans le contexte global et à l’échelle du monument.

Structure DU MONUMENT et bas-reliefs ornementaux

La structure architecturale de l’autel est inspirée de celle construite par Bregno à Santa Maria del Popolo à Rome : une niche contenant l’autel est entourée d’un arc de triomphe monumental. Le décor de bas-reliefs regorge de motifs d’une infinie diversité, tels que festons, spirales, corbeilles de fruits, vases, cornes d’abondance, palmettes, candélabres, torches, têtes ailées, dauphins, boucliers tridents, tables, rubans, etc. Les motifs en demi-lune, faisant référence aux armoiries Piccolomini, sont innombrables. Si le soin apporté à la décoration diminue avec la hauteur, les parties inférieures sont de grande qualité.

Sur les côtés, au-dessus des armoiries des commanditaires, se trouve un double registre composé de niches encadrées de pilastres, où se trouvent les statues. Deux autres niches similaires sont situées dans le couronnement (ou attique). La plus grande, au centre, est sommée d’un fronton et accueille aujourd’hui la Vierge à l’Enfant de Giovanni di Cecco (plus ancienne que l’autel, celle-ci date de 1371).

Les statues placées dans les niches

À l’origine les statues des saints représentés, tous chers à la famille Piccolomini comme à la ville de Sienne dans son ensemble, étaient prévues au nombre de quatorze : six dans les niches latérales, trois dans la niche centrale où il ne se trouve aujourd’hui que la Madone à l’Enfant de Giovanni di Cecco, deux sur des socles latéraux au-dessus de l’attique et trois autres posées sur trois piédestaux au-dessus du fronton du même attique. Les nombreuses vicissitudes rencontrées au cours du chantier ont définitivement empêché l’achèvement des travaux.

Notes

Notes
1 L’inscription « FRANC(ISCUS) PICCOLOM(INUS) CARD(INALEM) SENEN(SIS) / PIUS II PONT(IFEX) MAX(IMUS) NEPOS » (Francesco Piccolomini, cardinal de Sienne, neveux du souverain pontife Pie II), lisible au sommet de l’arc de triomphe, rappelle le nom et les qualités du commanditaire.
2 Johann Wilhelm Gaye, Carteggio inedito d’artisti dei secoli XIV, XV, XVI,I. Florence, 1839, p. 273.
3 Bartolomeo Sacchi, dit ‘il Platina’ du nom latinisé de son lieu de naissance (Piadena [Crémone], 1421 – Rome, 1481) : cardinal et humaniste italien. D’abord précepteur des fils de Ludovico Gonzaga, à Mantoue, il achète un poste de secrétaire papal sous le pape Pie II à Rome. Parvenu à Florence en 1457, il y devient l’un des familiers de la famille des Médicis. L’un des paragraphes des Vitæ Pontificum dont il est l’auteur a donné naissance à la légende de l’excommunication de la comète de Halley par le pape Callixte III afin de contrer son influence néfaste sur l’issue du siège de Belgrade (4 juillet – 22 juillet 1456), encerclé par les forces du sultan ottoman Mehmet II.
4 « Andrea le marbrier, sculpteur fameux. »
5 « Œuvre d’Andrea de  ». Cette signature ainsi que la date inscrite dans un cartouche (« MCCCCLXXXV ») sont lisibles sous la grande niche centrale de l’attique dans laquelle est installée, depuis le XVIIe siècle, la Madonna col Bambino de Giovanni di Cecco.
6 L’usage, courant à l’époque, consistait à incorporer une image ancienne dans une structure architectonique plus récente destinée, en principe, à offrir à cette dernière un cadre digne de la vénération dont elle faisait généralement l’objet.
7 Francesco Caglioti, « La Cappella Piccolomini nel Duomo di Siena, da Andrea Bregno a Michelangelo », dans Alessandro Angelini (a cura di), Pio II e le arti. La riscoperta dell’antico da Federighi a Michelangelo. Banca Monte dei Paschi di Siena, Silvana, 2006, pp. 174-184.
8 Son élection au trône de saint Pierre ne permit pas au pape Pie III Piccolomini d’être enseveli à Sienne. Tout comme son oncle Pie II, sa sépulture fut établie dans l’ancienne basilique vaticane. Voir Francesco Caglioti, « Andrea Bregno, Pietro Torrigiani e Michelangelo, cappella Piccolomini e Giovanni di Cecco, Madonna col Bambino », dans Mario Lorenzoni (a cura di), Le sculture del Duomo di Siena. Cinisello Balsano, Milano, Silvana Editoriale, 2009, pp. 174-181.
9 L’original est dorénavant visible au Museo dell’Opera del Duomo.
10 Après le départ du maître, ses collaborateurs demeurés à Sienne mirent encore la main au retable de marbre. Ce sont eux qui y ont exécuté les quatre statues des saints que l’on peut encore voir de nos jours.
11 Pietro Torrigiani ou Torrigiano (Florence, 1472 – Séville [Espagne], 1528) : sculpteur florentin, principalement actif à Rome (1492-1506), dans plusieurs autres villes italiennes ainsi que dans le sud de la France. En Angleterre où il séjourna entre 1511 et 1522 (ou 1525), il réalisa dans l’abbaye de Westminster ses œuvres les plus célèbres (tombe de Margaret Beaufort et surtout, monument funéraire du roi Henri VII et de son épouse Elizabeth d’York).