Librairie Piccolomini

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Entrée de la librairie

On accède à la Librairie Piccolomini par une entrée monumentale située dans la nef gauche de la Cathédrale. L’imposante façade du monument, qui s’apparente à un arc de triomphe, est composée de deux arcades sculptées par Lorenzo di Mariano en 1497. Au sommet, une fresque imposante représente le Couronnement pontifical de Pie III. [1] Elle est l’œuvre du Pinturicchio (1504). Au bas de l’arcade de droite se trouve un autel orné d’un bas-relief (un tondo) représentant Saint Jean Baptiste, attribué à Giovanni di Stefano. Sous l’autel se trouve un groupe de personnages en bois sculpté et polychrome représentant une Pietà. Une grille en fer forgé d’Antonio Ormanni protège l’ouverture pratiquée dans la paroi où le groupe sculpté est installé.

Le décor des parois de la librairie

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Dix fresques couvrent la partie supérieure des parois. Réparties à raison de quatre sur chacune des deux longueurs, et deux au dessus de l’entrée, elles sont consacrées à dix épisodes de l’existence romanesque du grand pape siennois Pie II, et traitées d’une manière qui vise à élaborer, à partir du plus petit événement de la vie réelle du pape, une sorte d’épopée légendaire à la gloire du pontife. La quatrième paroi est percée de deux hautes fenêtres (fig. 1). Les deux rideaux indispensables pour éviter le contact direct du jour sur les œuvres ne sont hélas pas du meilleur effet.

Si le concepteur de cet ensemble qui constitue l’un des plus importants cycles de fresques du début du XVIe siècle italien est bien Pintoricchio, la contribution de son atelier doit nécessairement être prise en compte, comme nous le verrons, et il se pourrait que le tout jeune Raphaël, alors encore dans sa période de formation auprès du Pérugin (mais déjà qualifié du titre de magister) ait également suivi de près le chantier.

Chacune des fresques est accompagnée d’une inscription plus ou moins longue (mais rarement succincte cependant), qui explicite le sujet de la représentation. Chaque inscription provient, parfois avec quelques adaptations, de la Vita di Pio II, de Campano.

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2

Sur le mur nord-est de la Libreria se déroulent quatre épisodes consacrés, en substance, la jeunesse d’Enea Silvio (dans ce contexte, notre héros [2] apparaît toujours avec sa coiffure blonde et flottante), depuis le départ pour le concile de Bâle jusqu’à la scène de la réconciliation avec le pape Eugène IV à l’issue de laquelle il sera devenu évêque. Dans les deux travées du mur sud-est, Enea Silvio se manifeste désormais dans l’exercice de ses fonctions épiscopales et ne tarde, dès la séquence suivante, à être nommé, cette fois-ci, cardinal. Les quatre scènes de la paroi sud-ouest exposent le parcours biographique du même, dorénavant en qualité de pape, depuis son couronnement jusqu’à son arrivée à Ancône où il sera cueilli par la mort.

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3

La voûte

L’iconographie complexe de la voûte, d’une sophistication qui rend aussi compte du goût de l’époque pour les images « à tiroirs » prêtant à diverses interprétations, sans qu’aucune, jamais, ne puisse prévaloir, est entièrement consacrée à une célébration dynastique des Piccolomini :

Le sol

Le sol, du plus bel effet, est couvert d’un carrelage fait de losanges à fond bleu cerné de blanc, ornés d’un croissant chargé de rappeler le blason de la famille Piccolomini qui est lui-même visible au centre de la voûte : d’argent, à la croix d’azur chargée de cinq croissants d’or.

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[1] Pie III, neveu de Pie II à qui est dédié le cycle pictural de la librairie, a été nommé cardinal par son oncle avant de devenir pape lui-même. Son règne n’aura duré qu’un petit mois (vingt-six jours exactement), du 22 septembre au 18 octobre 1503, date de sa mort. En rendant honneur à un membre éminent de la famille Piccolomini dont il est membre lui-même, Pie III (ou ses héritiers) n’omet pas de se signaler à la postérité en se faisant représenter, dans la Cathédrale et à l’entrée même de la librairie, lors de son propre couronnement pontifical.

[2] On notera au passage le fait qu’il est appelé par son seul prénom, comme les héros de l’Antiquité, avec une familiarité qui s’apparente à celle avec laquelle on nommerait Mars, Jules César, ou Auguste …

[3] Tous ces manuscrits appartiennent au Chapitre de la Cathédrale et à l’ancien Hôpital de Santa Maria della Scala. Les manuscrits grecs et latins provenant de la collection personnelle de Pie II, pour lesquels a été construite cette bibliothèque, ne sont en effet jamais parvenus jusqu’à Sienne. Les manuscrits exposés sur les présentoirs compensent donc cette absence.