Libreria Piccolomini

Bibliothèque Piccolomini

Autour de 1492, le cardinal Francesco Todeschini Piccolomini, alors archevêque de Sienne, a fait construire la bibliothèque afin d’honorer la mémoire de son oncle maternel Enea Silvio Piccolomini (le pape Pie II), et pour y conserver l’importante collection d’ouvrages que le pape et humaniste avait constituée à Rome. La bibliothèque occupe l’ancienne salle du chapitre des chanoines qui se trouvait sur le flanc nord-ouest de la Cathédrale. Francesco Todeschini fut inspiré par la tradition française qui prévoyait des bibliothèques en annexe des cathédrales ainsi que par l’ouverture, au cours des années précédentes, de la premiére Biblioteca Vaticana voulue par Sixte IV, laquelle résumait les intentions de la Renaissance de créer un lieu qui soit à la fois un centre d’études et l’une des expressions artistiques de l’Ère Moderne.

On accède à la Librairie Piccolomini par une entrée monumentale située dans le collatéral gauche de la nef de la Cathédrale après avoir franchi une porte de bronze, œuvre d’Antonio Ormanni datée de 1497.

FAÇADE d’Entrée de la librairie

La façade du monument, qui s’apparente à un arc de triomphe, est composée de deux arcades sculptées par Lorenzo di Mariano en 1497. Au sommet, une fresque imposante représente le Couronnement pontifical de Pie III [1]Pie III, neveu de Pie II à qui est dédié le cycle pictural de la librairie, a été nommé cardinal par son oncle avant de devenir pape lui-même. Son règne n’aura duré qu’un petit mois (vingt-six jours exactement), du 22 septembre au 18 octobre 1503, date de sa mort. En rendant honneur à un membre éminent de la famille Piccolomini dont il est membre lui-même, Pie … Poursuivre, œuvre du Pinturicchio (1504). Au bas de l’arcade de droite se trouve un autel orné d’un bas-relief (un tondo) représentant Saint Jean l’Évangéliste, attribué à Giovanni di Stefano. Sous l’autel se trouve un groupe de personnages en bois sculpté et polychrome représentant une Pietà. Une grille en fer forgé d’Antonio Ormanni protège l’ouverture pratiquée dans la paroi où le groupe sculpté est installé.

Décor de la voûte de l’espace donnant accès à la Libreria Piccolomini.
INTERIEUR DE LA LIBRAIRIE
décor des parois

Dix fresques couvrent la partie supérieure des parois qui surmonte une série de vitrines où sont exposés de précieux manuscrits enluminés. Réparties à raison de quatre sur chacune des deux longueurs, et deux au dessus de l’entrée, elles sont consacrées à dix épisodes de l’existence romanesque du grand pape siennois Pie II, et traitées d’une manière qui vise à élaborer, à partir du plus petit événement de la vie réelle du pape, une sorte d’épopée légendaire à la gloire du pontife. La quatrième paroi est percée de deux hautes fenêtres (fig. 1). Les deux rideaux indispensables pour éviter le contact direct du jour sur les œuvres ne sont hélas pas du meilleur effet.

Si le concepteur de cet ensemble qui constitue l’un des plus importants cycles de fresques du début du XVIe siècle italien est bien Pintoricchio, la contribution de son atelier doit nécessairement être prise en compte, comme nous le verrons, et il se pourrait que le tout jeune Raphaël, alors encore dans sa période de formation auprès du Pérugin (mais déjà qualifié du titre de magister) ait également suivi de près le chantier.

Chacune des fresques est accompagnée d’une inscription plus ou moins longue (mais rarement succincte cependant), qui explicite le sujet de la représentation. Chaque inscription provient, parfois avec quelques adaptations, de la Vita di Pio II, de Campano.

fullsizeoutput_23bc.jpeg
2

Sur le mur nord-est de la Libreria se déroulent quatre épisodes consacrés, en substance, à la jeunesse d’Enea Silvio (dans ce contexte, notre héros [2]On notera au passage le fait qu’il est appelé par son seul prénom, comme les héros de l’Antiquité, avec une familiarité qui s’apparente à celle avec laquelle on nommerait Mars, Jules César, ou Auguste … apparaît toujours avec sa coiffure blonde et flottante), depuis le départ pour le concile de Bâle jusqu’à la scène de la réconciliation avec le pape Eugène IV à l’issue de laquelle il sera devenu évêque. Dans les deux travées du mur sud-est, Enea Silvio se manifeste désormais dans l’exercice de ses fonctions épiscopales et ne tarde, dès la séquence suivante, à être nommé, cette fois-ci, cardinal. Les quatre scènes de la paroi sud-ouest exposent le parcours biographique du même, dorénavant en qualité de pape, depuis son couronnement jusqu’à son arrivée à Ancône où il sera cueilli par la mort.

MA2LcajmQXKxXo5Z2LUBqQ
3
  • Autour de la salle, dans les vitrines placées le long des parois :
    • Antiphonaires et graduels enluminés principalement par Liberale da Verona et Girolamo da Cremona, mais aussi par des artistes tels que Sano di Pietro, Pellegrino di Mariano et Guidoccio Cozzarelli. [3]Tous ces manuscrits appartiennent au Chapitre de la Cathédrale et à l’ancien Hôpital de Santa Maria della Scala. Les manuscrits grecs et latins provenant de la collection personnelle de Pie II, pour lesquels a été construite cette bibliothèque, ne sont en effet jamais parvenus jusqu’à Sienne. Les manuscrits exposés sur les présentoirs compensent donc cette absence.
  • Au-dessus de la porte d’entrée :
La voûte

D’une sophistication qui rend aussi compte du goût de l’époque pour les images « à tiroirs » prêtant à diverses interprétations sans qu’aucune, jamais, ne puisse prévaloir, l’iconographie complexe de la voûte pourrait être entièrement consacrée à une célébration dynastique des Piccolomini. En 2005, cependant, dans un article paru dans la revue Renaissance Studies, l’anglaise Susan May a élaboré une thèse particulièrement intéressante : en focalisant avant tout sur les deux plus grands compartiments de la voûte, elle a fait apparaître que les quatre figures qui y sont représentées doivent être interprétées comme symboliques des quatre Tempéraments. En définissant leurs relations avec le bas-relief de l’Expulsion du Paradis et les épisodes narratifs peints sur les parois murales, l’article montre que les scènes mythologiques de la voûte joue un rôle allégorique dans un cadre plus large, et qu’un programme cohérent sous-tend l’ensemble de la décoration, avec les écrits de Saint Augustin et de ses disciples du XVe siècle [4]Susan J. May, « The Piccolomini library in Siena cathedral: a new reading with particular reference to two compartments of the vault decoration », dans Renaissance Studies, 19 (3), June 2005, pp. 287-324). :

LES LIVRES LITURGIQUES

L’Œuvre de la Cathédrale possède un important patrimoine de livres liturgiques réalisés en partie pour les fonctions au sein de la Cathédrale, et en partie provenant d’autres institutions religieuses. Au XIIIe siècle, l’Opera del Duomo s’employa à doter sa « Libraria » d’une série de chorals dont cinq antiphonaires et deux graduels ont survécu [5]Ils sont actuellement exposée au Museo dell’Opera.. Dans la seconde moitié du XVe siècle, on décida de renouveler l’ensemble des recueils de chants. Vingt-neuf livres furent créés : seize antiphonaires et treize graduels, aujourd’hui exposés dans la bibliothèque Piccolomini. À ceux-ci vinrent s’ajouter deux livres du XVe siècle provenant de Santa Maria della Scala [6]Les livres liturgiques de Santa Maria della Scala ont été mis en dépôt dans les archives de la Cathédrale en 1820., en même temps que ceux de la même institution qui sont maintenant conservés dans les archives de l’Œuvre, qui conserve un partie du patrimoine des livres liturgiques des conservatori riuniti femminili (conservatrices féminines réunies). En 1856, les locaux du conservatoire féminin dédié à San Girolamo furent attribués à la Casa centrale delle figlie della carità (Maison centrale des filles de la charité) pour la fondation de leur siège à Sienne. Dans le même temps, l’Opera del Duomo se vit confier la gestion du vaste patrimoine résiduel, y compris les livres liturgiques.

Les vitrines qui entourent les parois, vestiges d’une bibliothèque créée par Antonio Barili pour y ranger la collection de livres ayant appartenu à Pie II [7]Après la mort de Pie II, ces livres sont revenus dans la famille Piccolomini. La collection n’a, semble-il, pas tardé à être dilapidée par ses héritiers., abritent une magnifique série de codex enluminés (graduels et antiphonaires) qui forment un ensemble offrant un aperçu presque complet de l’histoire de l’enluminure italienne au XVe siècle. Outre le travail des artistes siennois, les pages les plus précieuses sont celles enluminées par Girolamo da Cremona et Liberale da Verona, tous deux célèbres illustrateurs appelés du nord de l’Italie à Sienne pour y réaliser ces enluminures à la fin des années 1460.

Un sens de circulation est imposé dans la bibliothèque afin de contenir la foule des visiteurs. Les manuscrits sont présentés ci-dessous dans l’ordre correspondant au circuit :

Le sol

Le sol est recouvert de son carrelage d’origine [9]Refait en, fait de losanges à fond bleu cernés de blanc, et ornés d’un croissant chargé de rappeler le blason de la famille Piccolomini qui est lui-même visible au centre de la voûte : d’argent, à la croix d’azur chargée de cinq croissants d’or. Le tout est du plus bel effet.

Notes

Notes
1 Pie III, neveu de Pie II à qui est dédié le cycle pictural de la librairie, a été nommé cardinal par son oncle avant de devenir pape lui-même. Son règne n’aura duré qu’un petit mois (vingt-six jours exactement), du 22 septembre au 18 octobre 1503, date de sa mort. En rendant honneur à un membre éminent de la famille Piccolomini dont il est membre lui-même, Pie III (ou ses héritiers) n’omet pas de se signaler à la postérité en se faisant représenter, dans la Cathédrale et à l’entrée même de la librairie, lors de son propre couronnement pontifical.
2 On notera au passage le fait qu’il est appelé par son seul prénom, comme les héros de l’Antiquité, avec une familiarité qui s’apparente à celle avec laquelle on nommerait Mars, Jules César, ou Auguste …
3 Tous ces manuscrits appartiennent au Chapitre de la Cathédrale et à l’ancien Hôpital de Santa Maria della Scala. Les manuscrits grecs et latins provenant de la collection personnelle de Pie II, pour lesquels a été construite cette bibliothèque, ne sont en effet jamais parvenus jusqu’à Sienne. Les manuscrits exposés sur les présentoirs compensent donc cette absence.
4 Susan J. May, « The Piccolomini library in Siena cathedral: a new reading with particular reference to two compartments of the vault decoration », dans Renaissance Studies, 19 (3), June 2005, pp. 287-324).
5 Ils sont actuellement exposée au Museo dell’Opera.
6 Les livres liturgiques de Santa Maria della Scala ont été mis en dépôt dans les archives de la Cathédrale en 1820.
7 Après la mort de Pie II, ces livres sont revenus dans la famille Piccolomini. La collection n’a, semble-il, pas tardé à être dilapidée par ses héritiers.
8 Guidoccio et non Giuseppe comme indiqué sur la cartel qui figure dans la vitrine.
9 Refait en