Pietro di Francesco degli Orioli (Sienne, 1458 – 1496)
Adorazione dei Pastori con San Giovanni Battista (Adoration des bergers avec saint Jean Baptiste), v. 1480 (?).
Tempera sur panneau, 79, 5 x 54,3 cm (avec son cadre original).
Inscriptions :
- (au bas de l’image) : « SUOR BARBARA RAGNIONI »
- (sur le phylactère tenu par Jean Baptiste) : « ECCE A[GNUS DEI] »
Provenance : ?
Sienne, Pinacoteca Nazionale.
En raison de l’inscription « SUOR BARBARA RAGNIONI » qu’on peut y voir en bonne place, il est arrivé que l’œuvre soit attribuée à une « Sœur Barbara Ragnioni » remarquablement douée pour la peinture, sans qu’il soit tenu compte du fait que cette mention est très postérieure à la date d’exécution de l’œuvre et que, bien évidemment, elle évoque non pas le nom d’une mystérieuse artiste méconnue, mais, plus simplement, celui de sa propriétaire du moment. Un temps attribuée par Enzo Carli à Pacchiarotti [1]TORRITI 1978, p. 90., elle est aujourd’hui rendue à Pietro di Francesco degli Orioli.
Nous sommes à l’intérieur d’une curieuse [2]Cette ruine est curieuse par sa forme aux allures à la fois romaines et typiques de la Renaissance. Sa présence, d’un point de vue iconographique, n’a, en revanche, rien de surprenant : la ruine ouverte sur l’infini doit être comprise comme la métaphore de l’ère nouvelle qui s’ouvre avec la naissance du Christ. ruine de style Renaissance donnant sur un paysage grand ouvert sur le lointain que l’on peut apercevoir au-delà des grandes baies percées dans l’architecture. Marie est en prière, agenouillée devant le Fils de Dieu qu’elle vient de mettre au monde. Son visage de la couleur de l’albâtre contraste avec celui de Joseph qui, à l’inverse, semble buriné par le soleil et les longues stations en extérieur. On pourrait le prendre pour l’un des bergers qui viennent d’entrée en scène s’il ne portait l’auréole qui le différencie du reste du genre humain. Dans une attitude qui manifeste un mélange de concentration et de sérénité, Joseph n’a pas l’air troublé qu’on lui voit généralement, dans d’autres scènes peintes sur le même sujet, où il apparaît, conformément aux Évangiles, saisi d’inquiétude et d’interrogations quant à la manière dont cet Enfant a été conçu. Serait-ce l’approche inopinée de Jean Baptiste qui vient de rassurer Joseph ? Le Baptiste arbore la croix et le phylactère qui désignent le Fils de Marie comme le Sauveur, affirmant par là même la nature divine du nouveau-né. Dans ce contexte pictural, la signification que prend cette présence [3]Cousin du Christ, Jean Baptiste a été conçu à la même période que le Christ, et les deux enfants ont été mis au monde au même moment. Son âge apparent redouble donc la dimension anachronique de sa présence. que l’on n’attendait pas rendrait difficilement explicable le moindre doute exprimé par Joseph. Les bergers, quant à eux, premiers des hommes vers qui la nouvelle de cette naissance a été portée, et par un ange !, observent la scène avec une expression dans laquelle on lit un mélange de joie contenue, d’émotion, mais aussi de certitude.
Allongé au sol sur une fine litière de paille posée à même la terre battue, le haut du corps relevé grâce à la présence bienvenue d’un relief rocheux qui semble agir comme un coussin, l’Enfant divin expose aux regards une nudité qui dit sans ambiguïté sa nature également humaine. Séparés de lui par une sorte d’énorme corbeille au contenu (de l’avoine ?) rendu mystérieux par sa position centrale très en vue, l’âne et le bœuf veillent ainsi qu’il est attendu d’eux. Dans cette scène où tout n’est qu’apparente quiétude, seul l’air grave de Jean Baptiste et celui, qui ne l’est pas moins, de la Vierge au teint d’albâtre viennent discrètement répandre une lueur de trouble.

Il existe plusieurs variantes de cette œuvre. L’une est conservée à Florence (fig. 1). La principale différence iconographique observée dans la version de Florence est la disparition de Jean Baptiste au profit de Jérôme. Celui-ci tient à la main une pierre, avec laquelle il se frappe en signe de pénitence, alors que Jean Baptiste tient la partie enroulée d’une banderole. La seconde, l’Adorazione dei pastori visible à Sienne (Collection Monte dei Paschi, fig. 3), est de format rectangulaire et aucune figure anachronique n’y apparaît. Une troisième version (fig. 2) est conservée au Museo San Pietro (Massa Marittima), dans laquelle les bergers, qui n’apparaissent pas, sont remplacés par Bernardin de Sienne et Antoine de Padoue.
Notes
| 1↑ | TORRITI 1978, p. 90. |
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| 2↑ | Cette ruine est curieuse par sa forme aux allures à la fois romaines et typiques de la Renaissance. Sa présence, d’un point de vue iconographique, n’a, en revanche, rien de surprenant : la ruine ouverte sur l’infini doit être comprise comme la métaphore de l’ère nouvelle qui s’ouvre avec la naissance du Christ. |
| 3↑ | Cousin du Christ, Jean Baptiste a été conçu à la même période que le Christ, et les deux enfants ont été mis au monde au même moment. Son âge apparent redouble donc la dimension anachronique de sa présence. |



