Pietro di Francesco Orioli, « Adorazione dei pastori »

Pietro di Francesco Orioli (Sienne, 1458 – 1496)

Adorazione dei pastori (Adoration des bergers), v. 1493.

Tempéra sur panneau, 66,5 x 49,5 cm.

Provenance :

Sienne, Collection Monte dei Paschi.

Ce petit panneau représente fidèlement un passage de l’Évangile selon Luc [1]« Il y avait, dans cette même contrée, des bergers qui passaient dans les champs les veilles de la nuit pour garder leurs troupeaux. Et voici, un ange du Seigneur leur apparut, et la gloire du Seigneur resplendit autour d’eux. Ils furent saisis d’une grande frayeur. Mais l’ange leur dit : Ne craignez point ; car je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera pour tout le … Poursuivre dans lequel l’évangéliste décrit la naissance de Jésus de manière détaillée, propre à fournir les indications nécessaires à la représentation picturale du sujet.

Dans l’œuvre peinte, la narration de l’événement commence à droite, dans la partie supérieure du tableau où l’on peut observer l’apparition de l’ange aux deux bergers. Plus bas, les deux hommes cheminent au pied de la montagne, en direction du lieu de l’événement. Celui se déroule au premier plan, sous une sorte de auvent couvert de paille sensé figurer l’intérieur de l’étable.

Au centre de la composition, l’enfant apparaît allongé dans un berceau d’allure inhabituelle : il s’agit en fait d’un bât [2]On appelle bât une sorte de selle fixée sur le dos des bêtes de somme, sur lequel on place la charge à transporter, en veillant naturellement à ce qu’il ne les blesse pas, comme cela semblait arriver fréquemment si l’on en croit des expressions usuelles telles que « là où le bât blesse » ou encore « c’est là que le bât blesse ».). qui, après avoir été ôté du dos de l’âne, retourné à l’envers et bloqué entre deux pierres noires. Le creux ainsi formé à été empli de foin pour améliorer quelque peu le confort de l’enfant. Celui-ci vient probablement tout juste d’être éveillé par l’arrivée impromptue des deux bergers : hissé en équilibre instable sur le rebord de sa couche de fortune, il observe le personnage qui, sur la gauche, pénètre dans le champ de l’image. De part et d’autre de l’enfant, Marie est agenouillée en prière tandis que Joseph, comme souvent, semble en proie au doute et à la perplexité. Au loin, on distingue à peine deux cavaliers qui viennent de passer la courbe d’une colline et annoncent ainsi l’arrivée prochaine du cortège des rois mages. Plus loin encore, le paysage marécageux s’enfonce vers un infini où le regard se perd.

Formé dans l’atelier de Matteo di Giovanni puis dans celui de Francesco di Giorgio, Pietro di Francesco Orioli a pu y découvrir certaines innovations artistiques étrangères au domaine restreint de son environnement siennois telles que la culture de la perspective et le traitement de la lumière, et en acquérir la maîtrise. Ce sont précisément ces deux aspects qui caractérisent cette composition bien articulée sur le plan spatial, et qui démontre à la fois une certaine connaissance de la culture d’Urbino et d’une certaine préciosité lumineuse d’ascendance flamande réfléchie à travers l’œuvre de Domenico Ghirlandaio.

Pietro di Francesco Orioli (Sienne, 1458 – 1496), « Adorazione dei pastori con San Girolamo », v. 1490-1492. Tempéra sur panneau, 74,3 x 51 cm. Collection privée.
Pietro di Francesco Orioli (Sienne, 1458 – 1496), « Adorazione dei pastori con San Giovanni Battista », v. 1490-1492. Tempéra sur panneau, . Sienne, Pinacoteca Nazionale.

Il existe deux autres versions (fig. ci-dessus) de la même scène, en présence tantôt de saint Jérôme (Adorazione dei pastori con San Girolamo [3]On reconnaît le saint au caillou qu’il porte contre sa poitrine.), tantôt de Jean Baptiste (Adorazione dei Pastori con San Giovanni Battista, Sienne, Pinacoteca Nazionale.) datant des mêmes dernières années de la carrière du maître siennois. Indépendamment des variantes que l’on peut y observer, les deux tableaux, qui résultent du séjour d’Orioli à la cour d’Urbino dans les années quatre-vingt, en compagnie de Francesco di Giorgio, font état d’une même précision dans le traitement de la perspective de la ruine classique, influencée par la forte vocation scénogratique des architectures conçues par le grand maître siennois, et à travers laquelle le regard se perd à nouveau dans un vaste paysage inspiré par ceux de Piero della Francesca.

Notes

Notes
1 « Il y avait, dans cette même contrée, des bergers qui passaient dans les champs les veilles de la nuit pour garder leurs troupeaux. Et voici, un ange du Seigneur leur apparut, et la gloire du Seigneur resplendit autour d’eux. Ils furent saisis d’une grande frayeur. Mais l’ange leur dit : Ne craignez point ; car je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera pour tout le peuple le sujet d’une grande joie : c’est qu’aujourd’hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. Et voici à quel signe vous le reconnaîtrez: vous trouverez un enfant emmailloté et couché dans une crèche. Et soudain il se joignit à l’ange une multitude de l’armée céleste, louant Dieu et disant : Gloire à Dieu dans les lieux très hauts, Et paix sur la terre parmi les hommes qu’il agrée ! Lorsque les anges les eurent quittés pour retourner au ciel, les bergers se dirent les uns aux autres : Allons jusqu’à Bethléhem, et voyons ce qui est arrivé, ce que le Seigneur nous a fait connaître. Ils y allèrent en hâte, et ils trouvèrent Marie et Joseph, et le petit enfant couché dans la crèche. Après l’avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été dit au sujet de ce petit enfant. Tous ceux qui les entendirent furent dans l’étonnement de ce que leur disaient les bergers. Marie gardait toutes ces choses, et les repassait dans son cœur. Et les bergers s’en retournèrent, glorifiant et louant Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, et qui était conforme à ce qui leur avait été annoncé. » (Lc 2, 8-20).
2 On appelle bât une sorte de selle fixée sur le dos des bêtes de somme, sur lequel on place la charge à transporter, en veillant naturellement à ce qu’il ne les blesse pas, comme cela semblait arriver fréquemment si l’on en croit des expressions usuelles telles que « là où le bât blesse » ou encore « c’est là que le bât blesse ».).
3 On reconnaît le saint au caillou qu’il porte contre sa poitrine.
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