SALA 12 (SALA DELLE STAGIONI)

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Salle des Saisons (salle 10), Palazzo Corboli

Cette salle conserve un beau décor allégorique peint à fresque au cours de la seconde moitié du XIVe s. par les artistes siennois Cristoforo di Bindoccio (Sienne, 1361 – 1407) et Meo di Pero (Sienne, 1370 – 1407) selon l’attribution la plus probable actuellement. Elle est percée de deux portes permettant la circulation intérieure et de trois petites ouvertures sur l’extérieur afin de donner du jour, un jour que leurs dimensions devaient rendre bien faible.

Le décor peint envahi jusqu’au plus petit recoin et souligne avec élégance la structure architectonique de l’espace intérieur : c’est ainsi que les arêtes de la voûte, les fûts de piliers de pierre placés aux angles pour supporter le poids de cette dernière, ou encore les embrasures des portes (fig. 11, 12 et 13) et des fenêtres (fig. 5 et 6) ont été dotées d’une ornementation historiée, ou parfois constituée de motifs géométriques, selon le cas.

La voûte

La structure en voûte d’arête qui couvre la salle détermine quatre voûtains. Le fond de chacune de ces portions de la voûte est peint d’une couleur d’un bleu nuit uniforme, et parsemé de fleurs de lys faites de feuille d’or. Sur chacun des voûtains, se détache un médaillon, ainsi que, plus haut, près du sommet de la voûte, un blason, probablement celui de la famille propriétaire des lieux.

Chacun des quatre médaillons représente une figure humaine personnifiant, grâce à ses attributs, l’une des quatre saisons de l’année. Tous les quatre sont tous cernés par une série de cercles concentriques où alternent les couleurs rouge, orangée et blanche, parfois ornés de motifs géométriques, à la manière d’une frise, et au sein desquels se trouve systématiquement une inscription demeurée aisément lisible. Celle-ci indique le moment où débute la saison dont elle accompagne l’allégorie, ainsi que celui de sa fin. Chemin faisant, elle déplace l’accent sur la temporalité. Sous des airs faussement anodins, sinon naïfs, le texte rappelle constamment la réalité d’un temps qui passe inexorablement, et dont les mois donnent la mesure. On sait d’ailleurs que derrière les quatre allégories des saisons, se dissimule souvent une signification seconde, plus discrète, et qui, sur le mode d’un memento mori, renvoie non seulement au temps qui passe mais aussi aux âges de la vie, de la naissance à la mort, ainsi que le confirme avec insistance la forme répétitive de la formule que l’on peut lire dans chacune des inscriptions fonctionnant sur le mode des didascalies.

Compte tenu de leur parfaite ressemblance, les modèles très probables de ces figures allégoriques sont à rechercher au Palazzo Pubblico de Sienne, où Ambrogio Lorenzetti a peint, dans la salle dite “des Neufs”, quatre des trente médaillons quadrilobés, réalisés sur le même thème, en les articulant au sujet du décor peint (le renouveau [printemps] et la plénitude [été] du côté du Bon Gouvernement, la décadence [automne] et la mort [hivers] du côté du Mauvais).

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    • Le Printemps (fig. 1} : une jeune femme couronnée de fleurs, vêtue d’une robe brodée de motifs floraux et d’oiseaux, et tenant dans chaque main un bouquet ; les inscriptions précisent ceci : “LA PRIMAVERA È CALDA [ET] UMIDA – COMI[N]CIA A MEÇÇO FE[B]BRAIO [ET] FINISCE A MEÇÇO MAGGIO » [1]

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    • L’Eté (fig. 2) : une femme d’âge mûr, une faucille de moissonneur dans la main droite et une gerbe de blé dans l’autre) ; inscriptions : “LA STATE È CALDA [ET] SECCA – COMINCIA A MEÇÇO MAGGIO ET FINISCE A MEÇÇO AGOSTO » [2]

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3

    • L’Automne (fig. 3) : Bacchus, vieillard à demi-nu, ventripotent, tenant deux grappes de raisin, l’une blanc et l’autre noir, ainsi que des branches d’un arbuste non identifié (un olivier ?) ; inscriptions : « L’AUTUNNO È FREDDO [ET] SECCHO – COMI[N]CIA A MEÇÇO AGOSTO ET FINISCE A MEÇÇO NOVEMBRE » [3]

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    • L’Hiver (fig. 4) : un homme vêtu de rouge serré au cou, coiffé d’un chapeau à longue visière pointue, et portant une boule de neige, se détache sur un fond maculé de taches blanches, comme autant de flocons simulant une importante chute de neige ; inscriptions : « L’OVERNO  È FREDDO ET HUMIDO – COMINCIA A MEÇÇO NOVEMBRE [ET] FINISCE A MEÇÇO FREB[B]RAIO » [4]. On remarque une ouverture percée dans la voûte et mordant sur le quart de cercle inférieur droit du médaillon. Comme souvent dans les édifices du Moyen âge, ce type de orifice permettait de communiquer d’un étage à l’autre.

Les parois

À l’instar de celle des autres parois de la salle, la forme en plein cintre de la lunette sud-ouest (fig. 5) est soulignée par une frise alternant des formes géométriques noires et blanches peintes sur l’arc de pierre qui contribue à la structure de soutien de la voûte. Les piliers d’angle sur lesquels reposent les arêtes de cette voûte sont ornés de bandes noires et blanches alternant avec une frise de carrés sur la pointe, d’un bel effet décoratif.

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Cette lunette est percée d’une ouverture donnant sur la rue, dont les embrasures sont historiées : sur l’arc sommital, figure l’agneau, symbole du Christ dont l’idée, si l’on en croit les Évangiles, a été formulée par Jean Baptiste à la vue du Rédempteur s’approchant de lui alors qu’il procédait aux baptêmes sur les rives du Jourdain. Le Baptiste est lui-même physiquement représenté dans l’embrasure de gauche, le doigt pointé vers le haut, c’est-à-dire, ici, vers l’agneau dont il a annoncé la venue, et que l’on voit accompagné du drapeau de la Résurrection. Les deux autres fragments peints dans l’épaisseur du mur simulent un décor de marbre.

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La paroi nord-est possède la même structure décorative et montre encore une partie du décor de fausses pierres appareillées dont sa base était ornée.

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Le troisième mur (fig. 8) a fait l’objet, comme l’ensemble de la salle, d’une importante restauration. La surface la plus importante consiste essentiellement en des repeints qui permettent de se faire une idée plus précise de l’aspect d’origine du lieu où nous nous trouvons.

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La quatrième paroi de la salle {fig. 9) possède deux ouvertures : une porte, permettant de rejoindre la pièce contigüe, et une fenêtre donnant sur cette même pièce qui donne accès aux salles du premier étage du palais. Dans l’angle gauche du mur subsistaient des fragments du décor peint qui ont permis de le reconstituer, non pas complètement, ce qui aurait été excessif et, d’une certaine manière, mensonger, mais suffisamment pour en évoquer les qualités d’origine.

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Le détail ci-dessous (fig. 10) montre comment les rares fragments du décor d’origine encore visibles dans l’embrasure de la fenêtre ont fait l’objet d’une intégration, afin de donner à voir une image de celui-ci plus proche de l’apparence qui devait être la sienne au temps de sa splendeur.

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Lorsque l’on franchit la porte qui conduit vers le grand salon d’entrée de l’étage, on traverse un mur d’une certaine épaisseur. Sur l’épaisseur de l’embrasure de cette porte on peut voir deux figures de saints, également peintes par Cristoforo di Bindoccio et Meo di Pero.

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À gauche, lorsque l’on sort de la salle des saisons, apparaît sans doute (fig. 12), du fait de sa jeunesse, la figure de saint Ansano (?), tandis qu’à droite, on peut vraisemblablement reconnaître (fig. 13) sainte Agnès (?) à son épée.

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[1] « Le printemps est chaud et humide. Il commence à la mi-février et finit à la mi-mai. » Chacune des didascalie  divise la saison à laquelle elle se réfère en plusieurs mois. Il y a lieu de remarquer qu’au Trecento, le début des saisons arrivait environ un mois plus tôt qu’aujourd’hui : ainsi, le printemps, sujet de la présente fresque, commençait dès la mi-février et finissait mi-mai.

[2] « L’été est chaud et sec. Il commence à la mi-mai et finit à la mi-août. »

[3] « L’automne est froid et sec. Il commence à la mi-août et finit à la mi-novembre. »

[4] « L’hivers est froid et humide. Il commence à la mi-novembre et finit à la mi-février. »

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