Taddeo di Bartolo, « Giove e Marte »

Taddeo di Bartolo (Sienne, 1362 ou 1363 – 1422)

  • Giove (Jupiter)
  • Marte (Mars)

Inscriptions :

  • (sous la figure de Jupiter) :
    • « JUPITER »
  • (sous la figure de Mars) :
    • « MARS »

Fresque

Provenance : In situ

Sienne, Palazzo Pubblico, Anticapella.

La division entre héros incarnant les vertus civiques et ceux incarnant les vertus militaires, que l’on a pu observer sur la paroi ouest, est maintenue dans le choix des divinités païennes placées des deux côtés de la carte de RomeApollon et Pallas se rapportent aux “héros civils”, Jupiter et Mars, qui nous intéressent ici, aux héros “militaires”.

“Les dieux païens ne sont pas un thème nouveau au début du XVe siècle. Loin d’avoir été tués par le christianisme pour reparaître à la Renaissance, ils ont survécu à la fin du monde antique et ont pénétré, par des voies variées et sous les apparences les plus diverses dans l’art chrétien. [1] Par les miniatures, ils reviennent à leur lieu d’origine, mais sous un aspect modifié après tant de pérégrinations. L’Europe les récupère, selon l’expression de Michelet, ‘mutilés, gâchés, estropiés de grec en arabe et d’arabe en latin’ ». [2]

Les divinités de Taddeo sont conçues d’après les descriptions du monde classique de Pétrarque et de Boccace, et peut-être, d’après les sources médiévales dont ces derniers s’étaient eux-mêmes servis. Comme pour les hommes illustres, Taddeo n’a pas eu recours à des modèles visuels antiques ou médiévaux.

Le Jupiter [3] de Taddeo est « un peu converti au christianisme [4] » dont il semble avoir adopté certaines des coutumes vestimentaires médiévales. Il porte un manteau, une robe, des bas et des chaussures. Celles-ci sont d’ailleurs pointues, selon la mode gothique. Le dieu des dieux est cependant accompagné de ses symboles divins et royaux : auréole de flammes autour de la tête, couronne lui ceignant le front, foudre dans la main droite. L’aigle que l’on voit à ses pieds est l’emblème animal qui le caractérise depuis l’Antiquité.

Mars, dans le poème Africa [5], est décrit par Pétrarque un fouet à la main et accompagné d’un loup. Le loup consacré à Mars dans l’Antiquité est aussi mentionné par Boccace. « On voyait sans doute une affinité entre le loup et le dieu de la guerre, que Boccace interprète comme divinité destructrice, opposée à son père Jupiter, et non comme symbole de courage [6] ». L’iconographie exploitée par Taddeo est celle de « Mars furieux ». Les deux dieux, père et fils, semblent contrastés : ainsi, Mars serait l’opposé, et non le parallèle, de la Force jupitérienne. « On peine à comprendre, indique Syméonides [7], pourquoi les chevaux rouges ailés sont attachés et non attelés au char de Mars, qui fouette dans le vide, dan sla direction de Jupiter. »

[1] Voir Jean Seznec, La survivance des dieux antiques, Londres, 1946, p. 181. Seznec décrit la lenteur avec laquelle » la réintégration d’un sujet antique dans une forme antique » s’accomplit dans l’art.

[2] Sibilla Symeonides, Taddeo di Bartolo. Sienne, Accademia Senese degli Intronati, 1965, pp. 144-145.

[3] La présence de la figure de Jupiter est ambivalente dans l’art médiéval. Sibilla Syméonides précise que « la signification de Jupiter, dans l’art du Moyen âge, est très variable. Il symbolise tantôt le mal (comme dans les fresques du Mauvais Gouvernement d’Ambrogio Lorenzetti), tantôt le pouvoir ; parfois même le christianisme et les ecclésiastiques vertueux. Andrea Pisano le représente en habit monacal au campanile de Santa Maria del Fiore où des personnification des planètes sont placées au-dessous des héros légendaires » (SYMEONIDES 1965, p. 173.

[4] DIDRON AINÉ, « Sienne, chapelle du Palais de la République », Annales archéologiques, 1856, p. 20. (cité dans SYMEONIDES 1965, p. 145).

[5] Pétrarque, Africa, III, 186-189.

[6] Symeonides, op. cit. p. 145.

[7] ibid.

Le lynx, le loup ou le chien, attributs de Mars.
L’aigle, attribut de Jupiter, père de Mars.