Cristoforo di Bindoccio e Meo di Pero, « Eroe anonimo 2 »

Cristoforo di Bindoccio (Sienne, documenté de 1361 à 1407) e Meo di Pero (Sienne, documenté de 1370 à 1407), attr.

Eroe anonimo 2 (Héros anonyme 2), vers 1350-1375.

Fresque

Inscriptions : /

Provenance : In situ.

Asciano, Museo Civico Archeologico e d’Arte Sacra, Palazzo Corboli, Sala di Aristotele.

Le personnage situé dans le quadrilobe à gauche d’Aristote est privé de sa tête, mais un examen attentif laisse entrevoir que celle-ci était ceinte d’une couronne de lauriers. Le jeu des deux mains visibles (la sienne et une seconde, anonyme) est plus éloquent que dans le portait figuré sous Aristote : tendue depuis le bord droit, une nouvelle main anonyme porte une sorte de calice. En face, la main gauche tendue du personnage serre le poing comme pour repousser le calice, tandis que sa main droite pointe l’index vers le sol, désignant ainsi sans équivoque la Force située immédiatement au-dessous de lui.

L’objet qu’une main semble offrir au héros représenté ici n’est pas aussi aisé à associer à une vertu que ne l’est l’épée de l’empereur Trajan représenté juste en face. A l’origine, il est probable que cet objet, un calice ou une coupe ait été doré, et que, de ce fait, il devienne un symbole de richesse. L’énigme serait dès lors percée. Ce personnage, le poing gauche serré en direction de la coupe d’or, refuse la richesse qui lui est offerte, illustrant ainsi le distique qui accompagne la Forteça représentée juste au-dessous de lui, et que, d’ailleurs, il désigne de l’index droit. Dans les premières illustrations de l’Éthique d’Aristote, les biens dispensés par la Justice distributive sont des monnaies mais aussi des pièces de vaisselle et des coupes précieuses.

En fait, nous pourrions nous trouver ici devant une tentative de corruption que son destinataire repousse d’un geste explicite. Plusieurs exemples de héros de la Rome antique ont donné la preuve de leur force d’âme dans des conditions avoisinantes. C’est le cas, en particulier de Caius Fabricius Luscinus (Fabrice), et de Manius Curius Dentatus, deux héros de la Rome républicaine réputés pour leur parfaite probité et leur désintéressement, que l’on retrouve aussi dans l’anté-chapelle du Palazzo Pubblico (Sienne). L’un et l’autre sont, depuis l’Antiquité, considérés comme les plus exemplaires des « Hommes illustres » par leur caractère incorruptible, l’un et l’autre incarnent les plus hautes vertus morales et civiques préconisées par la république siennoise.

Caius Fabricius ou Curius Dentatus, lequel de ces deux héros de la Force d’âme est invoqué ? Aux yeux de l’histoire de l’art actuelle [1], le choix doit se porter sur le second.

[1] Voir Maria Monica Donato, « Un ciclo pittorico ad Asciano (Siena), Palazzo Pubblico e l’iconografia ‘politica’ alla fine del medioevo », Annali della Scuola Normale Superiore di Pisa. Classe di Lettere e Filosofia. Serie III, Vol. 18, No. 3 (1988), pp. 1162-1167.